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  • La fatrasie et le fatras

     

    Commentaire d'après l'Encyclopédia Universalis 1999


    "Apparemment dérivé de fatras , le mot fatrasie est pourtant attesté dans l'usage vers 1250, soit plusieurs décennies avant lui. D'étymologie obscure (on a voulu les faire remonter au latin farsura , "remplissage"), l'un et l'autre appartiennent en ancien français au vocabulaire littéraire (peut-être humoristique) et désignent deux variétés formelles d'un même type de poésie. À première vue, celle-ci se réduit à des jeux incohérents de non-sens; elle donne souvent au lecteur moderne une impression de platitude: impression erronée, due à l'éloignement culturel. Fatrasie et fatras, genres techniquement complexes, semblent avoir été pratiqués, à titre de divertissement, dans des cercles de lettrés coutumiers de toute espèce d'expérimentation joyeuse sur le langage.
     
    La construction de ce genre poétique peut se résumer par le schéma suivant : 

    • Un distique composé de deux rimes, l'une masculine, l'une féminine (l'inverse est possible aussi).
    • Reprise du vers 1 au vers 3, et du vers 2 au dernier vers de la deuxième strophe. A ce stade, le fatras est créé. 
    • Si l'on reprend le distique du début en inversant les vers, et en adoptant pour la strophe suivante la même combinaison, on obtient alors le double fatras.

     

    Pour vous y retrouver, repérer les vers en gras dans cet exemple de double fatras : 

           Ma très douce nourriture,
           Quel déplaisir me fais-tu ! 
     
           Ma très douce nourriture !
           Tu avais en ma clôture
           Femme pleine de vertus
           Et précieuse vêture ;
           Mais tu as changé pâture
           Et puis tu es revenu,
           Et je t'ai entretenu
           Comme on fait, à l'aventure,
           Un pèlerin mal vêtu ;
           Mon seul fils, ma géniture,
           Quel déplaisir me fais-tu ! 
     
           Quel déplaisir me fais-tu,
           Ma très douce nourriture ! 
     
           Quel déplaisir me fais-tu !
           Tu n'ajoutes un fétu
           À ma grand déconfiture ;
           Dix et sept ans inconnu,
           Comme étranger pauvre et nu,
           As été en notre cure,
           Voyant le pleur, soin et cure
           Que pour toi ai soutenu,
           Mais de ma douleur obscure,
           Ne t'es guère souvenu,
           Ma très douce nourriture.
     
     
    Guillaume de Machaut

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