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  • Alba
    Dur, dur, d’être un génie

    Scène 2

    Le père de Thomas, la mère de Thomas

    Dans la bibliothèque


    Illustration de la pièce réalisée avec le concours de l'IA

     
    - Chérie, je m’inquiète un peu pour notre fils, Thomas.

    - Oui ? Moi aussi, à vrai dire. Il m’a sorti quelque chose l’autre jour, ça m’a stupéfiée.

    - Que t’a-t-il dit ?

    - Euh… Je ne sais plus, j’ai oublié, mais c’était sidérant.

    - Sans doute. C’est même certain. Ce soir, nous avons eu un échange invraisemblable. Imagine-toi qu’il estime que je n’existe pas, que lui non plus et que toi, tu es une perruche sur sa branche, ou sur son support, plutôt.

    - Il perd la tête ?

    - Oui, j’en ai l’impression.

    - Ah ! Je me souviens maintenant ! Il m’a dit mardi dernier que dans une autre vie, il s’appelait sans doute Mozart. Il est parti dans des démonstrations invraisemblables. Je n’ai rien compris.  Il parle comme un livre.

    - Ou comme un fou.

    - Tu as dialogué avec son institutrice ?

    - Oui, je l’ai vue il y a deux jours, à la réunion des familles. Elle m’a dit qu’elle n’avait aucun problème avec Thomas. Un petit garçon tranquille, joueur, gentil, pas agressif pour un sou, et parfaitement adapté à la vie de classe. Un élément fiable et une référence pour ses camarades. Ses résultats sont dans une bonne moyenne.

    - Le gamin invisible, en quelque sorte. « Pour vivre heureux, vivons caché ».

    - Quoi ?

    - C’est ce qu’il m’a dit tantôt. Sa nouvelle philosophie.

    - Il doit avoir peur de déplaire.

    - Oui, sans doute.

    - Il a certainement un problème caché.

    - Oui, mille fois oui. Il n’est pas normal, même s’il essaie de le paraître.

    - Un fou.

    - Un malade.

    - Un monstre, sans doute.

    - Oui, c’est certain. Il n’est pas comme nous, il me fait peur.

    - À moi aussi.

    - Sans doute un psychopathe.

    - Et un sociopathe.

    - Il faudrait l’enfermer avec ses semblables.

    - Oui, je vais en parler au docteur Lemoine. Je suis sûr qu’il sera d’accord.

    - Pas sûr du tout.

    - De toutes façons, il va quitter notre foyer. Une pension, toute l’année. Très sévère. Il sera bien tenu et ne pourra plus se livrer à ses excentricités.

    - Il se livre à des excentricités ?

    - Non, mais cela viendra, c’est certain. Franchement, ce gamin, je ne peux plus le supporter.

    - Moi non plus.

    - Finalement, nous avons bien fait de parler, ce soir, toi et moi. Nous sommes d’accord sur tout. Il était temps de faire quelque chose pour Thomas.

    - Oui, nous allons l’aider, comme cela. Il en a bien besoin.

    - Il a un problème.

    - Un gros problème. Il doit être terriblement malheureux mais il n’ose pas le dire.

    - Il nous méprise, en fait.

    - Oui, cela se sent.

    - Mais tout cela va s’arranger.

    - Oui, en pension, bien stricte, ou à l’asile psychiatrique pour enfants. Finies les fariboles.

    - Tout à fait d’accord avec toi. Allez, c’est l’heure de passer à table. Appelons Thomas, notre enfant, il est dans sa chambre.

    Ils sortent.


    Scène 3

    Le père de Thomas, la mère de Thomas, le Directeur

    Dans le bureau du Directeur


    Illustration de la pièce réalisée avec le concours de l'IA

     
    - Chère madame, cher monsieur, je suis heureux de vous rencontrer en ce jour. Cela fait trois mois maintenant que vous nous avez confié votre enfant, le petit Thomas Ménager. Il est temps de faire le point. C’est la raison de votre présence ici, comme vous le savez. Je vous remercie infiniment pour votre ponctualité !

    - Monsieur le Directeur, c’est moi qui dois vous dire merci. En qualité de père de Thomas, je m’inquiétais beaucoup pour le devenir de notre fils. Se plairait-il ici ? Y aurait-il des problèmes, des incidents, des crises de larme ou de colère ? Vous avez su nous rassurer par votre correspondance régulière.

    - Oui, cher monsieur Ménager. C’est vrai que les comptes rendus et les rapports n’ont pas manqué tout au long de ces trois mois. Et il est vrai aussi que la présence de votre fils est une joie véritable, à la fois pour nous et pour lui. Oui, c’est parfaitement exact, Thomas s’est épanoui dans le nouvel environnement qui lui était proposé. Vous savez qu’il a deux ans d’avance dans sa scolarité. Il n’a pas démérité sur le plan scolaire, bien au contraire.

    - Monsieur le Directeur, pouvez-vous nous en dire davantage ?

    - Certes, chère madame. Un entretien est toujours préférable aux froides missives administratives. Et je veux vous faire part de mon enthousiasme concernant votre fils. Non seulement il est brillant scolairement, et ce, dans toutes les matières, excepté en éducation physique et sportive, où il se situe seulement dans une bonne moyenne., mais il a su se faire l’animateur de plusieurs ateliers scolaires.

    - Des ateliers ?

    - Oui, cher monsieur. Il gère avec efficacité et sert de modèle à ses camarades dans trois activités scolaires. Le laboratoire scientifique de l’établissement, le club de musique alternative et l’atelier de recherche et de pensée philosophique. C’est vraiment un excellent élément, chaleureux, sympathique, entrainant.

    - C’est incroyable !

    - Pourquoi cela, chère madame ? Nous offrons des activités qui leur conviennent à nos élèves, voilà tout. Cela permet d’exploiter au mieux leur potentiel. Et celui de votre fils n’a quasiment pas de limite, pourrait-on dire. Je me réjouis de le voir briller dans mon établissement.

    - Eh bien, nous nous en réjouissons, cher monsieur. Tout va très bien, dans ce cas. Nous vous laissons. Nous nous reverrons sans doute dans six mois, lors de la prochaine visite à notre fils.

    - Si vous voulez, cher monsieur. Vous serez toujours les bienvenus parmi nous. Bon retour dans les Yvelines !

    Le Directeur de l’établissement scolaire raccompagne ses visiteurs en direction de la porte. Pendant le trajet, le père de Thomas glisse à son épouse, à voix basse :

    - Quel cafard hypocrite, ce gamin, une vraie peste. Il a su tous les berner !

    Son épouse opine vigoureusement du chef, l’air furieux. Ils sortent tous.
     
    Rideau


    Illustration de la pièce réalisée avec le concours de l'IA



    Par Alba, · Posté(e)

  • Alba
    Dur, dur, d’être un génie

    Pièce de théâtre en un acte

    Scène I

    Le père de Thomas, Thomas (10 ans)

    Dans la bibliothèque


     Illustration de la pièce réalisée avec le concours de l'IA

    - Dis, papa ! Tu n’existes pas !

    - Quoi, qu’est-ce que tu racontes, Thomas ? Ce sont vraiment des sottises.

    - Non, papa, c’est la vérité. Tu n’existes pas. Et si cela peut te faire plaisir, moi non plus, je n’existe pas.

    - Allons, allons, tu veux plaisanter, mon grand. Va donc faire tes devoirs, plutôt. Tu dis n’importe quoi.

    - Je ne dis pas n’importe quoi, Papa. Je ne dis jamais n’importe quoi. Et puis d’abord, je suis plus intelligent que toi. Beaucoup plus intelligent.

    - Voilà autre chose ! Décidément, ce soir, tu es en forme, mon garçon.

    - Pas particulièrement, papa. Nous causons de chose et d’autres, voilà tout.

    - Seigneur, un philosophe ! Tu te prends vraiment pour un phénix, Thomas. Pourtant, rappelle-toi, les tests d’intelligence que tu as fait avec ce psychologue il y a un mois…. Voyons, je ne me rappelle plus son nom.

    - Monsieur Jean-Philippe Lepuytren, papa.

    - Oui, c’est ça, mon garçon. Donc, ce psychologue a conclu en ce qui te concerne à une intelligence moyenne, tout au plus.

    - J’ai gommé dans son dos la première unité de son total, papa.

    - Quoi ? 198 de quotient intellectuel ! C’est beaucoup plus qu’Einstein. Mais pourquoi as-tu fait ça ?

    - Je ne veux pas d’une existence de bête de foire, papa. « Pour vivre heureux, vivons cachés », comme dit le proverbe.

    - Euh, oui…

    - Bon, je vais aller faire mes devoirs, ceux de la semaine prochaine, naturellement. J’ai déjà fait ceux de cette semaine.

    - Attends, Thomas ! Tu plaisantes, n’est-ce pas, tu blagues, tu n’as rien trafiqué du tout avec les calculs de Monsieur Lepuytren ?

    - Bien sûr, papa, je plaisantais. Je suis doté d’une intelligence toute juste moyenne, comme beaucoup de gens sur cette planète. La grande majorité, en fait. Bon, je peux aller dans ma chambre ?

    - Une dernière chose, mon garçon. Pourquoi as-tu dit que je n’existais pas ? Et toi non plus.  C’est bizarre, dans la bouche d’un gamin de dix ans. Tu te sens mal, tu es triste ? Tu as des problèmes à l’école ?

    - Pas du tout, papa. Je faisais allusion à la structure de l’univers. Seul Dieu existe. Nous, nous sommes ses rêves.

    - Revoilà ton numéro de philosophe, mon grand ! Ah ! Tu me fais rire !

    - Pourquoi te mets-tu à rire quand tu ne comprends pas quelque chose, papa ? C’est un moyen de te défendre en faisant passer ton interlocuteur pour un farceur ? Le clown n’est pas celui auquel tu penses.

    - Ne me regarde pas ainsi, Thomas, tu me fais presque peur. Bon, on ne va pas se prendre la tête pour si peu. D’accord, seul Dieu existe et nous, nous sommes ses rêves. Mais pourquoi ai-je l’impression d’exister, sacrédié !

    - Tu peux rire, papa, cela ne me gêne pas. Au contraire, cela te rend sympathique, accessible, démuni. Tu as l’impression d’exister, disais-tu. C’est juste une impression, non une certitude. Comment transformer cette impression en certitude ? Tout peut être considéré comme une illusion existentielle. Un monde transformé et des perceptions aléatoires, voilà tout ce qui est à notre portée. Pourquoi ? C’est aisément explicable : Dieu est mais il est Dieu rêvant. Le rêve est son activité unique et préférée. Ses rêves existent donc en qualité de projection mentale. Ils se répercutent en continu sur le miroir de son intériorité. Les rêves existent ainsi réellement, pour un moment du moins, telle l’ombre d’autre chose, semblables à des reflets brillants sur une surface sans tâche. Nous sommes ces rêves de Dieu, murmures du Seigneur tout-puissant. Un seul monde. Un seul Être. L’âme de Dieu, son intériorité, comporte ainsi plusieurs facettes, comme une pierre dure. Le monde présente, chacun le sait, plusieurs dimensions qui coexistent plus ou moins harmonieusement. Il suffit de les concevoir dans leur multiplicité et la vérité dans son unicité apparaît, éclatante. L’image d’un « Dieu » flamboyant. Je mets « Dieu » entre guillemets, naturellement. C’est une façon de nommer l’innommable.

    - Houlala ! Tu me donnes le vertige, mon garçon. Mais pourquoi Dieu rêve-t-il et pourquoi le rêve le définirait-il aussi parfaitement ?

    - Il faut bien qu’il fasse quelque chose, non ? Toi, tu dresses des procès-verbaux, moi, je joue au ballon. « Dieu », lui, rêve.

    - Comme ta mère, elle est en permanence dans les nuages, en train de rêvasser.

    - Non, pas comme maman. Dieu rêve de tout, en même temps. Maman ne pense qu’à peu de choses, et successivement. Comme une perruche sur son support.

    - Tu portes un jugement bien sévère sur ta mère, mon garçon !

    - Non, papa, c’est une femme gentille, mais ordinaire. Comme toi.

    - Allons bon ! Toi, tu n’es pas ordinaire ?

    - Non, je suis un diamant qui a roulé dans un ruisseau.

    - Un peu comme Dieu, alors ? Dieu, la pierre dure, tu l’as dit.

    - Bonne mémoire, papa, bravo ! Oui, l’âme de « Dieu » comporte plusieurs facettes. Moi, je me passerais bien de quelques-unes de mes facettes…

    - Allons, va dans ta chambre, Thomas. Je dois discuter avec ta mère.

    - Volontiers, papa.

    Il sort côté jardin. La mère de Thomas rentre par l’autre porte, côté cour.


    (À suivre...]


    Par Alba, · Posté(e)

  • Alba
    Création graphique personnelle, avec le concours de l'IA pour l'illustration

    La Rose de Cristal

    Quelle légèreté ! La rose imaginaire
    Est fragrance éthérée et nuage du ciel,
    Ce pur esprit de glace à la douceur de miel
    Murmure son silence en rêve millénaire.

    Elle paraît dentelle et plume mercenaire,
    Voletant au hasard sur la neige sans fiel,
    Sa parure est de nacre et l'ange Gabriel
    Doit aimer contempler l'aimable luminaire.

    Mais elle se tourmente, elle sait que bientôt,
    Le printemps chassera tout ce froid de tantôt,
    Elle disparaîtra, rejoignant la rivière.

    Goutte au milieu de l'eau, nul ne l'admirera,
    Elle ne sera plus, anonyme et sincère,
    Dans le flot ruisselant, qu'une ombre tanagra.

    Alba


    Par Alba, · Posté(e)

  • Joailes
    Le genre de texte qui permet toutes sortes d'interprétations pour la lectrice que je suis ; (souvent, il subsiste dans l'imaginaire, des parts de vérité) j'y ai vu l'enfer sur terre ...
    (Sauver la terre devenue une serre ?)
    J'ai peut-être fait fausse route, mais j'ai cru déceler un rapport avec le réchauffement climatique et les mises en garde qui ne sont pas toujours écoutées (hélas, vu l'urgence)
    Je me suis amusée à essayer de traduire les noms magnifiques de Gavoulagoule ou bien Goulatromba. Goulat : proche de goulot, gueule , goulag (pour la rudesse sonore).
    Tromba : racine latine pour trompette (sonore, bruyant), mais aussi trombe (tourbillon, violence soudaine).
    En italien, tromba signifie trompette, mais aussi trombe d’eau . Ce qui confirme mon idée !
    Enfin, tu vois, je ne lis pas les plumes errantes à la légère, c'est pour moi un plaisir non feint de voir jusqu'où elles peuvent entraîner ...
    Quant à Lo¨z ... à la sonorité nordique, avec ce tréma, il reste assez énigmatique, mais ce pourrait être le sauveur, la résolution des problèmes ..?
    Ah, je m'égare sans doute, mais cela prouve que ton récit est bon !
    Merci cher @Thy Jeanin !!





    Par Joailes, · Posté(e)

  • Sophie
    Merci infiniment, chère Joailes.
    Tu as merveilleusement saisi ce que je cherchais à approcher...et cela me touche plus que je ne saurais le dire...💛
    Les yeux caressent..., comme la main effleure une étoffe puis vont au delà... Seule la poésie peut le rendre sensible.

    Par Sophie, · Posté(e)

Le panthéon des poètes disparus

Derniers ajouts au panthéon

  • Sophie ·
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    Nils Exo
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