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  • Alba
    La Roue du Diable

     
    Deuxième partie



    Photographie personnelle
     
    Oui, il avait bien croisé le chemin de la « Roue du Diable », sorte de gigantesque roue de charrette accrochée au mur de l’adjoint au maire soi-disant comme décoration. Ce Monsieur Dumoncel, l’adjoint, refusait obstinément de l’enlever. Tout cela n’était que racontars et médisances, selon lui. Il tenait beaucoup à ce qu’il considérait comme un pur objet d’art. Objet d’art ? Objet du Diable, oui, Monsieur, je vous le garantis ! Les anciens étaient intarissables.

    Car ceux du quartier Libernes savaient. Et ils en savaient même beaucoup. Un vieil homme aux cheveux curieusement jaunes prit la parole avec solennité au nom du groupe :

    - Tenez, jeune homme, le saviez-vous ? Pas plus tard que le mois dernier, un touriste est mort écrasé dans la rue de la Vieille-Basse-Laine. Croyez-vous qu’une voiture ait été responsable ? Pas du tout ! C’était cette maudite roue la responsable. Il faudrait la faire flamber. Et faire flamber l’adjoint au maire avec elle. C’est à coup sûr un suppôt de Satan ! C’est lui le responsable !

    Tom haussa les sourcils. Seigneur ! Il était tombé au sein d’une querelle de village. Les jalousies et les rancœurs s’exprimaient au grand jour, prenant cette roue comme prétexte. Il était inutile de rester davantage. Les aînés du bourg ne cesseraient de tourner en rond dans leurs fables, ressassant mille rancœurs, réelles ou imaginaires. Le jeune homme remercia poliment ses interlocuteurs puis s’éloigna. Il se promit néanmoins d’aller examiner ce fameux engin de plus près, dès la nuit tombée. Il n’avait pas rêvé. Il avait bien failli se faire renverser par une roue de charrette lancée à pleine vitesse.

    Ce fut bien ce qu’entreprit Tom, après avoir avalé un dîner léger. Il retrouva avec plaisir l’ambiance nocturne. Les étoiles brillaient allégrement. Il faisait, ce soir encore, un temps magnifique. Il se sentait incroyablement bien, à l’aise, comme chez lui, dans ce vieux quartier Libernes. Il déambula tranquillement tout en regardant les astres nocturnes et en essayant de nommer les constellations apparentes. Puis, autour de minuit, il se rapprocha de l’impasse des Trois-Mulets. Il ne connaissait pas cette ruelle écartée.

    Les anciens lui avaient garanti que c’était là que résidait l’adjoint au maire, Monsieur Dumoncel. Ce renseignement était parfaitement exact. Le jeune homme remarqua la plaque en cuivre apposée sur la façade d’un charmant hôtel particulier. L’adjoint était un homme fortuné, à l’évidence. Cela pouvait expliquer bien des jalousies. Et surtout, sur le mur de façade, était accrochée une gigantesque roue de charrette paysanne, à la mode d’antan.

    Tom se rapprocha de la roue pour l’observer minutieusement. Elle était vraiment magnifique. Le bois était superbement conservé, avec une patine ancienne très luisante. Le jeune homme comprenait l’adjoint au maire : cet objet était un vestige merveilleux de la France paysanne d’antan. Il eut la curiosité de regarder au dos de la roue. Un curieux boitier y était placé. Il semblait gouverner la mobilité de l’engin. Une sorte de trottinette électrique à la mode médiévale ? C’était impossible ! Le garçon sourit, puis il haussa les épaules et s’éloigna sans attendre. Il ne fallait pas laisser l’imagination prendre le pouvoir : elle adorait faire des farces à ceux qui la prenait au sérieux.


    Photographie personnelle

    Mu par un étrange instinct, après quelques pas, Tom se retourna. Ce qu’il vit l’épouvanta : le vieil homme aux cheveux jaunes de l’après-midi, celui qui avait dirigé le concert des médisances contre l’adjoint, appuyait sur le boitier. Mue par un étrange mécanisme, la roue gigantesque se dressa très rapidement en l’air puis, retombant à terre, se précipita vers le jeune homme ébahi, en roulant à toute vitesse. Le garçon s’enfuit au galop pour sauver sa vie. Il réussit à lui échapper en bondissant directement sur le balcon d’un premier étage grâce à un rétablissement périlleux.

    La roue poursuivit sa course folle mais Tom ne l’attendit pas. Il se dépêcha de rentrer dans son quartier, bien décidé à alerter les pouvoirs publics au plus tôt sur les curieux agissements de cette roue, non du Diable, mais d’un démon humain, à coup sûr. Il témoignerait sans hésiter. Il fallait protéger ses semblables des visées criminelles de l’homme aux cheveux jaunes. Car c’était bien lui, le responsable des méfaits de la roue, c’était une évidence.

    Le manège du vieil homme apparaissait nettement : il accusait sans vergogne l’adjoint au maire du pire, sans doute pour prendre sa place en s’en débarrassant. La roue qu’il avait trafiquée en cachette lui servirait d’engin de destruction dans sa lutte sans scrupule pour le pouvoir. L’adjoint serait immanquablement rendu responsable des ravages de sa roue. Quant à Tom, il l’avait échappé belle. Heureusement qu’il était un sportif accompli. Allons ! Justice serait rendue. Et plus jamais cette roue splendide ne ferait parler d’elle. Son dispositif maudit lui serait retiré par les pouvoirs publics puis elle serait rendue, désormais inoffensive, à son légitime propriétaire.

    C’est beau, une roue, la nuit, sous les étoiles de l’été, dans un quartier ancien.


     
    FIN
     

    Par Alba, · Posté(e)

  • Alba
    La Roue du Diable

     
    Première partie



    Photographie personnelle
     
    C’est dans un joyeux concert de klaxons que la voiture des jeunes mariés s’éloigna, après la cérémonie du mariage et la réception qui avait suivi. Tom perdait là son meilleur ami, le compagnon de toutes ses sorties nocturnes et le très agréable complice des aventures risquées. Philippe Legent devait désormais se consacrer à sa jeune épouse et à ses obligations maritales. Finie, la vie de garçon ! Tom sourit tout seul dans le noir. En riant de lui-même, il descendit la rue Jean-Louis Herzog puis l’avenue Alfred Lemire. Il devait à présent penser à rentrer chez lui. La fête était finie.

    À dire vrai, il n’en avait guère envie. Dans cette merveilleuse nuit de début juillet, les étoiles brillaient généreusement et le jeune homme ressentait encore un peu les effets du punch délicieux préparé par le père de la mariée. Quel bon moment il avait passé ! Il était seul à présent dans le dédale des rues de sa cité. Il rejoignit sans hâte le centre historique. Sous la lumière pâle de l’astre nocturne, les vieilles façades brillaient étrangement. On aurait dit des joyaux du passé, rivalisant de beauté.

    Il fit une pause devant la très vieille demeure de Dame Martyne. Quel charme avait donc cette bâtisse ancienne ! Elle datait du Moyen Âge mais n’avait pas pris une ride. Soudain, Tom se figea. Un roulement, ou un grondement bizarre, se faisait entendre. Cela se rapprochait. De quoi s’agissait-il ? Dans la rue en pente, cela résonna subitement de façon très claire, comme de la mitraille. C’était tout près. Le jeune homme eut un sursaut de terreur. Il se colla à la façade juste en face de lui pour éviter ce qui se rapprochait à très vive allure dans la rue étroite, tel un boulet de canon.

    Ce ne fut pas un boulet de canon, mais presque. Tournant la tête, le jeune homme eut le temps d’entrapercevoir à la lueur de la Lune ce qui se précipitait dans la rue : c’était une sorte de roue gigantesque qui dévalait la pente avec une ardeur quasi infernale. Quelle surprise ! Et quelle frayeur ! Tom s’éloigna un peu du mur salvateur et suivit l’objet des yeux. L’engin non identifié poursuivit sa course folle dans la ruelle en contrebas.

    Lorsqu’elle fut arrivée en bas de la pente, Tom eut la surprise de voir que la roue tournait le virage, comme mue par une main invisible. S’il était resté dans le passage, Tom aurait été impitoyablement écrasé. Quelle horreur ! Puis le silence se fit. À nouveau, il n’y eut plus le moindre bruit dans le centre historique de la petite ville. Le jeune homme se secoua. Allons ! Il fallait échapper à la fascination morbide engendrée par cette machinerie du Diable. Tom rentra alors chez lui, non sans regarder de temps en temps derrière lui. Mais nul autre incident ne troubla son retour.

    Arrivé dans son « home, sweet home », le jeune homme se fit une boisson chaude pour se réconforter. Non, il n’avait pas rêvé. Il avait bien échappé de peu à une collision mortelle avec une roue géante venue d’on ne sait où. Il finit par se calmer un peu et après une courte toilette, il gagna son lit. Il se jura bien avant de s’endormir, épuisé (il était déjà près de trois heures du matin), de tirer les choses au clair dès le lendemain.

    Le réveil sonna bruyamment à sept heures. Allons, il fallait reprendre la routine du travail. La journée se déroula sans incident particulier pour Tom, employé à la Compagnie Générale des Eaux. Il s’arrangea pour sortir un peu plus tôt que d’habitude : il avait une enquête à mener. Le jeune homme fila directement dans le quartier ancien de sa ville. Tout était calme et paisible. Les anciens devisaient paisiblement avec leurs voisins sur le seuil de leurs maisons, aussi vieilles qu’eux-mêmes, .

    Le jeune homme n’eut qu’à aborder le sujet de la fameuse roue lâchée en pleine nuit, il trouva vite des oreilles complaisantes pour l’écouter. Il se confia alors sans crainte, évoquant sa terreur, décrivant la mort à roulettes à laquelle il avait échappé de très peu. Les langues des personnes âgées se délièrent rapidement et sans se faire prier. Il y avait tant à dire sur cette maudite roue et sur son non moins maudit propriétaire, Monsieur Dumoncel.

     
    (À suivre…)

    Par Alba, · Posté(e)

  • Alba
    Création graphique personnelle, avec le concours de l'IA pour l'illustration


    La Rose Noire

    Elle est bercée de Lune en présence lointaine,
    La belle Rose Noire aux larmes de satin,
    Elle pleure sans cesse, attendant le matin,
    Mais nul espoir pourtant, elle reste hautaine.

    Nul ne verra ses pleurs auprès de la fontaine,
    Elle cache son coeur, méprise le destin,
    Et n'aime que le noir au bal des Valentin,
    Sa vie est solitaire, elle porte mitaine.

    Vous ne la verrez pas au jardin du Bonheur,
    Elle est toute tristesse et rêve de fraîcheur
    Les soirs de plein été quand dansent les sourires.

    Ô ténèbres sans fard, Ô songe de la Mort,
    Elle est le socle dur, celle qui sait transcrire
    L'Éternité sur pierre en lui jetant des sorts.

    Alba

    Par Alba, · Posté(e)

  • Jeep
    Les souvenirs tendres de cette tante Ludivine, même conjugués à l’imparfait et agrémentés de quelques inventions, conservent dans ce texte une fantaisie qui les rend éternellement présents.

    Par Jeep, · Posté(e)

  • Jeep
    Je comprends ta filiation avec cette femme qui n’aimait pas qu’on cueille les fleurs.
    Lucas Pucine

    Par Jeep, · Posté(e)

Le panthéon des poètes disparus

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