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  • Alba
    La clé des champs


    Deuxième partie

     
    Dans quelle dimension se trouvait-elle, maintenant ? Tout semblait tellement bizarre. Une peur panique réussit à vaincre les résistances de la jeune ouvrière. Elle tremblait, terrifiée, ne sachant dans quelle direction orienter ses pas. Ils la ramenaient toujours au même point, malheureusement. La lumière baissa brusquement, lui arrachant un cri. Le soleil, radieux jusque-là, se voila sans attendre. Que se passait-il encore ? La pénombre s’installa sur le labyrinthe de verdure, de façon inexpliquée.

    Céline regarda sa montre : il était onze heures du matin. Aucune raison par conséquent que le soleil disparaisse ainsi et que la nuit s’impose de cette façon. Il parut soudain à la jeune ouvrière que le sol ondulait sous ses pieds. Un tremblement de terre ? Mais pourquoi, comment ? C’était impossible. Un grondement gigantesque se fit subitement entendre et, dans un nuage de poussière et de cendre mêlées, une créature affreuse surgit brutalement de terre, juste devant Céline.
     

    Tarasque, gravure extraite des Antiquités de Lyon par P. Sala, XVIème siècle
     
    La jeune femme reconnut, d’après ses lectures et ses recherches passées, une Tarasque, à la fois serpent, tortue et lion aux griffes gigantesques. Son corps reptilien ondulait sans fin avec un bruit métallique. Une odeur répugnante, de charogne et de végétaux pourris, émanait de ce monstre. Se nourrissait-il de cadavres ? La Tarasque aperçut Céline et se jeta immédiatement sur elle. La jeune ouvrière, sans réfléchir, fit tout pour lui échapper, courant à perdre haleine dans le labyrinthe de verdure.

    Le monstre progressait derrière elle à toute vitesse, dans un galop infernal, en faisant claquer ses mâchoires. Céline entendait la course folle derrière elle. La Tarasque avait hâte de déchiqueter le corps mince de la jeune ouvrière. La bête poussait des rugissements horribles, elle était probablement furieuse de ne pouvoir broyer sans attendre sa nouvelle proie après l’avoir repérée. Dans sa hâte et sa colère, le monstre gigantesque balançait sa longue queue de serpent à droite et à gauche, broyant les murs de pierre et abattant les barreaux qui les surmontaient dans un bruit de tonnerre.

    Céline était à bout de souffle, elle allait renoncer, cesser de fuir, de tourner en rond dans ce maudit labyrinthe de verdure refermé sur lui-même. Elle était sur le point de se jeter à terre pour se laisser dévorer par le monstre. C’est alors qu’elle se rendit compte, dans un virage, que la bête furieuse avait endommagé sérieusement la prison labyrinthique. La voie était libre devant elle. Elle pouvait enfin fuir.

    Dans un ultime effort désespéré, la jeune femme se jeta en avant. Les moellons et les barreaux de sa prison de verdure gisaient sur le sol. Elle les enjamba d’un bond et s’enfuit vers la forêt. Elle entendit derrière elle un rugissement furieux. La Tarasque ne la suivit pas. Par un mystérieux enchantement, l’horrible bête était emprisonnée dans ces lieux et sa prison était beaucoup plus redoutable que celle de Céline, car elle était invisible : la Tarasque ne pouvait quitter le labyrinthe de verdure où elle était apparue.

    À bout de forces, la fugitive atteignit finalement la grand-route au terme d’une course échevelée dans les sous-bois. Le soleil brillait à nouveau généreusement et les oiseaux chantaient gaiement. Céline, titubant et les jambes tremblantes, se jeta sans hésiter dans un fossé pour pouvoir récupérer. Elle sortit une bouteille d’eau de son sac, but avidement, puis, pendant un long moment, épuisée, resta immobile, le corps secoué de tremblements nerveux. Elle avait eu la peur de sa vie et était épuisée.

    Ce n’est qu’une bonne heure après cette fuite dramatique que la jeune ouvrière eut la force de regagner à petits pas la ville, d’abord, puis son domicile. Quelle frayeur, et quelle émotion ! Le reste de la journée se passa, heureusement, plus paisiblement. Une nuit de repos à peu près convenable rendit un peu de forces à la jeune femme. Le lendemain matin, Céline décida de s’informer plus avant sur ce mystérieux monstre qui avait failli l’engloutir. Quant à ce labyrinthe de verdure, elle n’en trouva pas trace dans les services cadastraux de la municipalité.

    Nul ne put la renseigner sur ses expériences de la veille. L’employée du bureau de tourisme lui révéla qu’une Tarasque était bien célèbre dans la région, certes, depuis le Moyen Âge, mais que nul de l’avait jamais croisée dans les environs, heureusement. C’était à l’évidence une bête imaginaire, fruit de légendes dictées par la crainte et la superstition. Céline ne la détrompa pas. La jeune femme avait-elle donc rêvé tout cela ?

    Pour s’assurer qu’elle n’avait pas tout imaginé, elle emprunta un taxi et revint sur les lieux de sa frayeur passée. Mais aucun écriteau indiquant un passage dans les sous-bois n’apparut sur la grand-route. Quelle surprise ! Et quelle peur rétrospective ! L’énigme resterait donc malheureusement entière. En tout cas, la jeune ouvrière se jura bien de ne plus jamais suivre les panneaux mystérieux qui éloignaient des sentiers connus.


     
    FIN
     
     
     
     

    Par Alba, · Posté(e)

  • Alba
    La clé des champs


    Première partie

     
    Le soleil brillait magnifiquement en ce matin de juillet 1992, tel un merveilleux message de liberté. C’était une véritable invitation au bonheur, aux découvertes, à la vraie vie. Céline ne se le fit pas dire deux fois. Elle était en vacances depuis peu. Il était temps d’explorer les alentours et de prendre la clé des champs, selon l’expression célèbre.

    Qu’il était loin maintenant, son poste de tourneuse-fraiseuse à l’usine de passementerie locale ! Elle cheminait gaiement dans la verte campagne, son sac de randonnée sur le dos, après avoir quitté les derniers remparts de la petite ville où elle habitait. Les oiseaux chantaient, l’allégresse était générale. Soudain, sur le bord de la route départementale, son attention fut attirée par un écriteau bizarre : il semblait avoir été à demi effacé mais pointait néanmoins vers une direction précise, dans les sous-bois. Son inscription : « L’autre labyrinthe », était bien curieuse.

    La jeune femme n’avait jamais remarqué ce signal auparavant, lors de ses précédentes randonnées dans la région. Et pourtant, Dieu sait qu’elle connaissait les lieux comme sa poche. Cela faisait cinq ans que tous les dimanches, Céline partait sac à dos pour explorer les prés, les forêts et les champs environnants. Ce jour-là, intriguée et avide de nouveautés, elle obliqua docilement vers la direction indiquée. Elle quitta la grand-route et progressa sous la futaie.

    Elle se posait de nombreuses questions tout en empruntant la piste bien damée qui s’offrait à elle. Elle arriva enfin dans une clairière. Une construction curieuse au centre de celle-ci attira son attention : derrière une grille surgie d’on ne savait où, un portail métallique se dressait. Il semblait mener vers nulle part.


    Photographie personnelle, 05.05.2026
     
    De hauts murs aux pierres semi-disjointes encadraient le bâti. De quoi s’agissait-il ? De toutes façons, les visiteurs étaient indésirables, puisque la grille était solidement cadenassée. Mais il en fallait davantage pour décourager la jeune femme. Elle se mit à faire le tour de l’ensemble architectural et se retrouva très vite à son point de départ. Mais quelle surprise ! Une étrange construction végétale s’offrait maintenant à elle, sur sa gauche. Elle fit quelques pas pour la rejoindre. Un jardin aux buis bien taillés, finement délimité, apparut sous ses yeux médusés. Un labyrinthe de verdure !


    Photographie personnelle, 05.05.2026
     
    Oui, c’était bien cela. Derrière des barreaux épais, s’encadrait un jardin strictement organisé, en divisions régulières. Il constituait un lieu où se perdre pour les promeneurs, puis se retrouver, avec des cris de joie et des éclats de rire. Céline, naturellement curieuse, avait entendu parler de ces jardins bizarres dont la mode avait été lancée en France et en Europe au XVIème siècle. De toutes façons, il paraissait impossible d’examiner ce petit parc de plus près. Là encore, des barreaux redoutables interdisait tout accès aux promeneurs éventuels.

    La jeune ouvrière regarda le parc fermé un long moment, intriguée par ces lieux hors du commun. Mais un détail insolite parvint à ce moment-là jusqu’à sa conscience. Les oiseaux avaient en effet cessé de chanter. Les chants et les cris des merles et autres passereaux avaient pourtant accompagné fidèlement et sans discontinuer sa visite de ce lieu étrange. Le silence devenait soudain pesant. Les arbres ne semblaient plus amicaux ni protecteurs. Un frisson de peur s’insinua dans toute le corps de la promeneuse.

    Un vertige saisit la jeune femme, elle eut l’impression de tomber comme une pierre. Pourtant, elle restait bien sur ses pieds. Un sourd grondement résonna à ses oreilles. Que se passait-il ? Un éblouissement aveuglant s’imposa à elle. Elle ferma prestement les yeux, par réflexe. Lorsqu’elle les rouvrit, elle se rendit compte, à sa grande stupéfaction, qu’elle se trouvait dans le labyrinthe de verdure. Elle avait franchi la grille cadenassée, on ne sait comment. Et les murs verts encadraient maintenant sa progression. Ils arrivaient à peu près à la hauteur de sa poitrine.

    Céline continua sa course dans le parc bizarre, refusant de se laisser aller à la panique ou au désespoir. Et pourtant, il y avait de quoi. Elle se trouvait à son tour prisonnière des lieux. Elle n’était plus une simple visiteuse, un peu trop curieuse. Voilà qu’elle devenait prisonnière d’un labyrinthe ! Que faire, Seigneur ?


    Photographie personnelle, 05.05.2026
     
    Céline courait quasiment maintenant. Elle ne cessait de se heurter à une nouvelle paroi végétale qui lui interdisait toute progression. Et d’ailleurs, pour aller où ? Des murs d’une hauteur impressionnante entouraient ce jardin végétalisé, ce labyrinthe maudit. Et des grilles solides complétaient le dispositif, au cas où la prisonnière aurait eu des velléités d’évasion. Elle était bel et bien coincée. La jeune femme se mit à appeler au secours, mais ses cris restèrent sans écho.

     
    (À suivre…)
     

    Par Alba, · Posté(e)

  • Alba
    Le chant des heures

    Un pétale renaît au creux de ma mémoire,
    Et mille enchantements murmurent leur amour,
    O saison du passé, caresse de velours
    Frémissant au jardin sous le ciel écritoire.

    Une rose lilas décore le grimoire
    De l'allée des soupirs et son coeur troubadour
    Distille sa chanson sans crainte ni détour,
    Ses vibrantes couleurs se font mauve ciboire.

    La rivière s'invente en Venise du temps,
    Ses reflets mordorés scintillent bien longtemps
    Dans le parfum léger des légendes vivaces.

    L'oiseau s'invite vite au festin du bonheur,
    Picorant l'horizon sur l'heure qu'il enlace,
    Il célèbre sans bruit un jadis en couleur.

    Par Alba, · Posté(e)

  • Sophie
    J'ai aimé ces élucubrations fruitières, Danivan. Quelle originalité celant une belle profondeur sur l'existence !

    Par Sophie, · Posté(e)

  • Sophie
    J'aime beaucoup ces mots, Jeep. 💛C'est d'une grande pertinence.
    Chaque lecteur apporte sa sensibilité, ses émotions...en découvrant un poème.
    Oui, elle est dans les yeux de celui qui regarde...
    Un même texte peut être apprécié de façon différente.
    Et, j'ajouterai qu'il en est ainsi pour celui qui reçoit le commentaire...
    Je vois tant de beauté dans de nombreux commentaires.

    Par Sophie, · Posté(e)

Le panthéon des poètes disparus

Derniers ajouts au panthéon

  • Sophie ·
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    Sophie
    Sophie
    • 2 commentaires
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