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  • Alba
    Mon ami Pierre, gargouille de cathédrale


    Deuxième partie

     

    Photographie personnelle
     
    - Détrompez-vous, mademoiselle. Je suis très gêné. Je suis d’une nature sensible, et même sensitive. Quant à convaincre Faylon (c’est son nom, particulièrement prédestiné), c’est impossible. Il est têtu comme un âne, quoique ayant face d’oiseau de proie. Il me réveille la nuit et m’empêche de dormir.

    -Seigneur ! Voilà bien une querelle de ménage. Et comment vous appelez-vous, vous, à propos ? Moi, c’est Jeanne.

    - Je me nomme Pierre, mademoiselle Jeanne. Certes, ce n’est pas très original pour une gargouille de pierre, mais c’est le cas. Croyez-le bien, ce n’est pas de gaieté de cœur que je vous demande votre aide. Mais je suis aux abois, littéralement. Le bruit me rend positivement fou.

    - Eh bien, remettez-vous Pierre. Cela va s’arranger. Mais dites-moi un peu, que voulez-vous que je fasse ? Je me le demande bien.

    - Pas grand-chose, chère Jeanne. Il s’agit juste d’acheter un rouleau de papier collant pour moi. Ce n’est pas très cher, n’est-ce pas ? Vous pouvez bien me rendre ce petit service.

    - Un rouleau de papier collant ? Et que comptez-vous faire avec cela ?

    - Pour tout vous dire, Jeanne, je souhaite entortiller le bec de ce maudit Faylon et mettre fin à ses criaillements de cette façon. Une méthode aussi inoffensive que radicale, vous ne trouvez pas ?

    - Mais vous plaisantez, Pierre ! C’est de la torture, des mauvais traitements.

    Pierre la gargouille semblait assez gêné. Il se grattait la tête et se mit à tortiller une mèche de pierre entre ses doigts.


    Photographie personnelle

     
    - Je n’ai pas le choix. Essayez de me comprendre…

    - Mais si, vous avez le choix, Pierre la gargouille !  Il est hors de question pour moi de nuire à votre compagnon de toit. Ne comptez pas sur moi pour cela. Je ne serai pas votre complice.

    - C’est désolant ! Que vais-je donc pouvoir faire ? Tout ce bruit m’est insupportable !

    - Vous n’avez jamais pensé à déménager ou, plus simplement, à changer de voisinage ? Il vous suffirait de vous déplacer un peu sur le toit pour réussir à trouver une tranquillité parfaite. Tenez, regardez ! Vous voyez, sur la droite, le bourgeois de pierre, épanoui et gourmand, il n’a pas l’air bien bavard, il semble être en train de digérer vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Et sur sa gauche, distinguez-vous la salamandre ailée ? Pas de risque qu’elle se mettre à piailler, celle-ci, elle sera muette comme une bûche. Vous voyez, vous avez le choix !

    - Mais vous êtes géniale, mademoiselle Jeanne ! C’est vrai, c’est tout simple, cela ne m’avait pas effleuré l’esprit. Il est certain que nous, gargouilles, sommes dotées de toute la mobilité requise pour aller visiter la Chine, comme diraient les humains. Bon, cela dit, nous sommes quand même des gargouilles de cathédrale, en quelque sorte des gardiens, il vaut mieux ne pas aller trop loin.

    Jeanne se mit à rire devant le mélange de pusillanimité et de sens du devoir de Pierre la gargouille.

    - Allons, vous n’allez pas loin, Pierre, vous vous contentez de changer de voisin de toit. C’est aussi simple que cela. Soyez poli, aimable et tout se passera bien. On vous fera une petite place.

    - Oh, vraiment merci, Jeanne, c’est vrai, c’est tout simple. Mais voyez-vous, ma nature de pierre fait que je suis particulièrement attaché à mes habitudes. Sept cents années au même endroit, cela marque…

    - Pas de souci, cher ami, et sans rancune. Je suis ravie d’avoir pu vous aider sans nuire à personne. Bonne soirée à vous et à tous vos compagnons de pierre !

    Là-dessus, Jeanne fit mine de s’éloigner d’un bon pas. Malicieuse, elle tourna l’angle de la rue et attendit un instant. Le soleil était en train de se coucher. Au bout de trois minutes, en jubilant, elle passa une tête curieuse. Elle constata qu’en effet, le petit monstre chaussé de sabots, cornu et barbu, avait changé de place. Il se tenait maintenant à l’endroit qu’elle lui avait conseillé, placide, à côté du bourgeois ventripotent. À l’autre aile, la gargouille en forme de volatile criard avait désormais tout loisir de pousser des hurlements, si cela lui faisait plaisir.

    Tout se passait bien. Son ami Pierre la gargouille aurait dorénavant des nuits tranquilles. Ravie du tour qu’avaient pris les évènements, la jeune femme s’éloigna cette fois-ci définitivement pour rentrer chez elle. Elle ne manqua pas de se dire que la vie réserve parfois des surprises de taille.
     

     
    FIN
     

    Par Alba, · Posté(e)

  • Alba
    Mon ami Pierre, gargouille de cathédrale


    Première partie

     

    Photographie personnelle
     
     
    Le crépuscule ce soir-là, sous le soleil orange, allongeait les ombres d’une façon quasi fantastique. Le parvis de la cathédrale de Mirvennes semblait devenir l’écran sur lequel se projetaient les sculptures anciennes des toits et des façades du XIIIème siècle. Ce fut la réflexion que se fit Jeanne, une jeune femme employée à la mairie de la ville. Elle rentrait chez elle sans se presser, la température étant particulièrement clémente pour un mois d’avril. Le réchauffement climatique, sans aucun doute !

    Jeanne sourit à cette idée, tout en pressent le pas. Elle voulait passer à la boulangerie de son quartier avant de rentrer chez elle. Une tarte salée ou une quiche ferait l’affaire. Il ne restait plus rien dans son buffet de cuisine. Quelle étourdie elle faisait ! Soudain, en tournant l’angle de la façade sud de l’édifice religieux, la jeune femme entendit une sorte d’appel, assez bizarre. Quelques mots suivirent.

    - Pssst ! Madame ! Non, vous ne rêvez pas. Je suis descendu du toit et je vous regarde. Regardez-moi à votre tour. Je suis sur votre droite, sur la façade sud, à environ deux mètres du sol.

    Incrédule, Jeanne regarda sur sa droite, dans la direction indiquée. Elle se demanda qui pouvait bien lui faire cette mauvaise farce. Mais lorsque son regard se posa sur la créature affreuse qui la contemplait en effet fixement, elle poussa un cri d’horreur involontaire.



    Photographie personnelle
     
     
    - Mais…. Mais vous êtes une gargouille de pierre ! Un petit monstre de pierre grise, chaussé de sabots, cornu, barbu, aux oreilles écartées, avec un bonnet enfoncé jusqu’aux oreilles ! Qu’est-ce que cela signifie ? Je rêve ou c’est une farce ? Je suis figurante dans un film fantastique ou dans un reportage sur la crédulité des passants ?

    - Mais non, jeune dame, vous ne rêvez pas et il ne s’agit pas d’une émission télévisée. Je suis bien une gargouille de pierre, cornue et barbue. Vous ne vous trompez pas.

    - Mais les gargouilles de pierre de bougent pas et elles ne parlent pas ! Elles ne sont pas vivantes !

    Jeanne criait presque tant elle était stupéfaite. Le petit monstre se contentait de la regarder d’un air placide, en attendant qu’elle se calme un peu.

    - Elles ne sont pas vivantes à la façon des humains, mademoiselle, en effet. Mais elles vivent leur vie de gargouille. Quant à bouger ou parler, qu’en savez-vous ? D’ailleurs, vous avez devant vous la preuve du contraire.

    Cet échange surréaliste stupéfiait Jeanne, mais il avait sa logique. Peu à peu, elle réussit à envisager l’inenvisageable. Mais que lui voulait donc cette gargouille bavarde ? Elle le lui demanda.

    - Mais pourquoi m’avoir adressé la parole cette fois-ci ? Vous me voyez rentrer chez moi tous les soirs, quasiment à la même heure. Les occasions ne manquaient pas. Que me voulez-vous donc, cette fois-ci ?

    La gargouille, parfaitement sereine, lui répondit sans tarder, d’une voix posée.

    - Eh bien, ma chère, je vais vous dire le fond de ma pensée (oui, cela vous surprend peut-être, mais les gargouilles de pierre ont une pensée, et celle-ci est dotée d’un fond abyssal). Figurez-vous que ma voisine de toit est une gargouille sculptée en forme d’oiseau criard. Elle est dotée d’un bec phénoménal. Cette sotte a eu soudain l’idée d’imiter les freux et les choucas qui viennent nous rendre visite. Elle se met maintenant à pousser des cris, ravie, et cela, à toute heure du jour et de la nuit. Elle me casse les oreilles. J’ai besoin de votre aide pour la faire taire. Regardez là-haut !

    La gargouille désignait le faîte du toit de la cathédrale de son doigt de pierre. Jeanne vit bien en effet un emplacement vide, celui de son interlocuteur, et juste à côté, un volatile de pierre qui paraissait la regarder avec animosité, gargouille également. Quelle surprise ! Tout un monde quasi animal, ou plutôt quasi humain, vivait sur les toits, en bonne intelligence avec les oiseaux de passage.

    - Oui, je vois ce fameux volatile de pierre. Vous vous plaignez du bruit et des désagréments qu’il vous procure. Mais qu’y puis-je ? Vous n’avez qu’à le raisonner d’une façon ou d’une autre. C’est votre affaire, après tout, et non la mienne. Et puis, quelques cris de pierre, cela ne doit pas être bien gênant.

     
    (À suivre…)

    Par Alba, · Posté(e)

  • Alba
    Des souvenirs aussi précieux qu'émouvants dans ce joli poème du cœur !

    Heureuse époque !

    Par Alba, · Posté(e)

  • Alba
    Création graphique personnelle, avec le concours de l'IA pour l'illustration

    La Rose Mauve à Pois Verts

    Non, vous ne rêvez pas ! Des pois verts en grand nombre
    Sont le doux ornement de ma parure mauve,
    Je ne goûte guère tous les songes guimauve,
    Il me faut du solide et très peu de pénombre.

    J'aime la fantaisie et le jus de concombre,
    Que vous importe, en fait ? Vous êtes laid et chauve,
    Je suis reine des fleurs, différente, un peu fauve,
    Toujours prête au voyage et rêvant sans encombre.

    Je vis le nez au vent en dame Liberté,
    Sans avoir le souci d'un quelconque aparté,
    Je vous laisse bâiller dans vos deux-pièces clos.

    Demain est mon ami, le passé m'insupporte,
    Allons, vivons gaiment ! Foin des mélis mélos !
    Abattons les prisons et ouvrons grand la porte !

    Alba

    Par Alba, · Posté(e)

  • Jean-Paul
    Bientôt le Tour de France... souvenir de 1969-1974.

    Tous les jours, en juillet, nous rentrions de la plage,
    Et regardions tranquillement le Tour de France.
    Sur l’écran noir et blanc défilaient la Provence,
    Les Alpes, le Jura… Que de beaux paysages !

    Van Impe, Zoetemelk, Luis Ocana, Pingeon…
    Au milieu de l’été, ces héros pédalaient,
    Escaladant le Mont Ventoux, le Tourmalet,
    L’Aspin, le Galibier, l’Aubisque, le Glandon !

    Nous admirions le plus merveilleux des cyclistes,
    Eddy Merckx… Il grimpait les cols, fameux athlète,
    Les descendait à folle allure, équilibriste…

    Il filait loin devant, ne tournant pas la tête,
    S’envolait, comme un roi, suivi de Poulidor.
    Sous le beau soleil brillait sa vareuse d’or.

    Juin 2026.

    Par Jean-Paul, · Posté(e)

Le panthéon des poètes disparus

Derniers ajouts au panthéon

  • Sophie ·
    Soulève ta paupière close Qu’effleure un songe virginal ; Je suis le spectre d’une rose Que tu portais hier au bal. Tu me pris encore emperlée Des pleurs d’argent de l’arrosoir, Et parmi la fête étoilée Tu me promenas tout le soir. Ô toi qui de ma mort fus cause, Sans que tu puisses le chasser Toute la nuit mon spectre rose A ton chevet viendra danser. Mais ne crains rien, je ne réclame Ni messe, ni De Profundis ; Ce léger parfum est mon âme Et j’arrive du paradis. Mon destin fut digne d’envie
    Sophie
    Sophie
    • 2 commentaires
    • 1 444 vues
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    Nils Exo
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    Alba
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  • Nils Exo ·
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    Mes remparts sont fondés…. ville aux larges contours, Quel tremblement de terre ébranlerait tes tours ! Pour les foyers nouveaux, ainsi qu’aux jours antiques, Je taillai de mes mains quelques dieux domestiques ; Puis, afin de savoir s’il ne renfermait pas D’autres hommes encore échappés au trépas, Je voulus, en volant, faire le tour du globe. Aux premières lueurs que laissa poindre l’aube, Devant tous mes sujets je forçai, sans trembler, Le prodige d’Icare à se renouveler. De son funeste sort je
    Nils Exo
    Nils Exo
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  • Nils Exo ·
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    Nils Exo
    Nils Exo
    • 1 commentaire
    • 900 vues
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