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Le panthéon des poètes disparus

Retrouvez des poèmes francophones rédigés par des plumes d'auteurs célèbres ayant vécu jusqu'au XIXe siècle
Soulève ta paupière close
Qu’effleure un songe virginal ;
Je suis le spectre d’une rose
Que tu portais hier au bal.
Tu me pris encore emperlée
Des pleurs d’argent de l’arrosoir,
Et parmi la fête étoilée
Tu me promenas tout le soir.

Ô toi qui de ma mort fus cause,
Sans que tu puisses le chasser
Toute la nuit mon spectre rose
A ton chevet viendra danser.
Mais ne crains rien, je ne réclame
Ni messe, ni De Profundis ;
Ce léger parfum est mon âme
Et j’arrive du paradis.

Mon destin fut digne d’envie :
Pour avoir un trépas si beau,
Plus d’un aurait donné sa vie,
Car j’ai ta gorge pour tombeau,
Et sur l’albâtre où je repose
Un poète avec un baiser
Ecrivit : Ci-gît une rose
Que tous les rois vont jalouser.
Sophie
Sophie
Je veux peindre la France une mère affligée,
Qui est entre ses bras de deux enfants chargée.
Le plus fort, orgueilleux, empoigne les deux bouts
Des tétins nourriciers ; puis, à force de coups
D’ongles, de poings, de pieds, il brise le partage
Dont nature donnait à son besson l’usage :
Ce voleur acharné, cet Esaü malheureux,
Fait dégât du doux lait qui doit nourrir les deux,
Si que, pour arracher à son frère la vie,
Il méprise la sienne et n’en a plus d’envie ;
Lors son Jacob, pressé d’avoir jeûné meshui,
Ayant dompté longtemps en son cœur son ennui,
A la fin se défend, et sa juste colère
Rend à l’autre un combat dont le champ est la mère.
Ni les soupirs ardents, les pitoyables cris,
Ni les pleurs réchauffés, ne calment leurs esprits ;
Mais leur rage les guide et leur poison les trouble,
Si bien que leur courroux par leurs coups se redouble.
Leur conflit se rallume et fait si furieux
Que d’un gauche malheur ils se crèvent les yeux.
Cette femme éplorée, en sa douleur plus forte,
Succombe à la douleur, mi-vivante, mi-morte ;
File voir les mutins tous déchirés, sanglants,
Que, ainsi que du cœur, des mains se vont cherchant,
Quand, pressant à son sein d’une amour maternelle
Celui qui a le droit et la juste querelle.
Elle veut le sauver, l’autre qui n’est pas las,
Viole en poursuivant l’asile de ses bras.
Adonc se perd le lait, le suc de sa poitrine ;
Puis, aux derniers abois de sa proche ruine,
Elle dit : « Vous avez, félons, ensanglanté
Le sein qui vous nourrit et qui vous a porté ;
Or, vivez de venin, sanglante géniture.
Je n’ai plus que du sang pour votre nourriture. »

Nils Exo
Nils Exo
Ami, le hibou pleure où venait la colombe,
Et ton sang souterrain a fleuri sur ta tombe,
Et mes yeux qui t’ont vu sont las d’avoir pleuré
L’inexorable absence où tu t’es retiré
Loin de mes bras pieux et de ma bouche triste.
Reviens ! le doux jardin mystérieux t’invite
Et ton pas sera doux à sa mélancolie ;
Tu viendras, les pieds nus et la face vieillie,
Peut-être, car la route est longue qui ramène
De la rive du Styx à notre humble fontaine
Qui pleure goutte à goutte et rit d’avoir pleuré.

Ta maison te regarde, ami ! j’ai préparé
Sur le plateau d’argent, sur le plateau d’ébène,
La coupe de cristal et la coupe de frêne,
Les figues et le vin, le lait et les olives,
Et j’ai huilé les gonds de la porte d’une huile

Qui la fera s’ouvrir ainsi que pour une ombre ;
Mais je prendrai la lampe et par l’escalier sombre
Nous monterons tous deux en nous tenant la main ;
Puis, dans la chambre vaste où le songe divin
T’a ramené des bords du royaume oublieux,
Nous nous tiendrons debout, face à face, joyeux
De l’étrange douceur de rejoindre nos lèvres,
voyageur venu des roseaux de la grève
Que ne réveille pas l’aurore ni le vent !
Je t’ai tant aimé mort que tu seras vivant
Et j’aurai soin, n’ayant plus d’espoir ni d’attente,
De vider la clepsydre et d’éteindre la lampe.

— Laisse brûler la lampe et pleurer la clepsydre
Car le jardin autour de notre maison vide
Se fleurira de jeunes fleurs sans que reviennent
Mes lèvres pour reboire encore à la fontaine ;
Les baisers pour jamais meurent avec les bouches.
Laisse la figue mûre et les olives rousses ;
Hélas ! les fruits sont bons aux lèvres qui sont chair,
Mais j’habite un royaume au delà de la Mer
Ténébreuse, et mon corps est cendre sous le marbre.
Je suis une Ombre, et si mon pas lent se hasarde
Au jardin d’autrefois et dans la maison noire
Où tu m’attends du fond de toute ta mémoire,
Tes chers bras ne pourront étreindre mon fantôme :

Tu pleurerais le souvenir de ma chair d’homme,
À moins que dans ton âme anxieuse et fidèle
Tu m’attendes en rêve à la porte éternelle,
Me regardant venir à travers la nuit sombre,
Et que ton pur amour soit digne de mon ombre.
Alba
Alba
Le verbe égal à Dieu, splendeur de sa lumière,
Avant que les mortels sortis de la poussière,
Aux rayons du soleil eussent ouvert les yeux ;
Avant la Terre, avant la naissance des cieux,
Éternelle puissance, et sagesse suprême,
Le verbe était en Dieu, fils de Dieu, Dieu lui-même.
Fils de Dieu, cependant fils de l’homme à la fois,
Peut-il toujours égal… je m’arrête, et je crois.
Faible et fière raison, dépouille ton audace.
Le vent souffle : qui peut en découvrir la trace ?
Étonnés de son bruit, nous sentons son pouvoir :
Notre oreille l’entend, notre œil ne le peut voir.
Quelque trouble ici bas que mon âme ressente,
La foi, fille du ciel, devant moi se présente.
Sur une ancre appuyée, elle a le front voilé ;
Et m’éclairant du feu dont son cœur est brûlé,
Viens, dit-elle, sur moi. L’éclat que je fais luire,
Quand tu baisses les yeux, suffit pour te conduire.
Est-ce le temps de voir que le temps de la nuit ?
En attendant le jour, docile à qui t’instruit,
Tu dois, à chaque pas, plus adorer qu’entendre,
Plus croire que savoir, et plus aimer qu’apprendre.
Faut-il, dit le déiste, enchaîner sa raison ?
N’est-elle pas du Ciel le plus précieux don ?
Et pouvons-nous penser qu’en nous l’Être suprême
Veuille étouffer un feu qu’il alluma lui-même ?
Il l’alluma sans doute, et cet heureux présent
Par son premier éclat guidait l’homme innocent.
Aujourd’hui presque éteinte, une flamme si belle
Ne prête qu’un jour sombre à l’âme criminelle :
Mais la foi le ranime avec un feu plus pur.
Et d’indignes mortels l’osent trouver obscur,
Quand par bonté pour eux un Dieu se manifeste !
Il leur en dit assez : qu’ils ignorent le reste.
Jusqu’au temps prescrit le grand livre est scellé.
A notre orgueil hélas ! Que n’a-t-il pas voilé ?
Pourrons-nous pénétrer ses mystères sublimes,
Si ses moindres secrets sont pour nous des abîmes ?

Nils Exo
Nils Exo
Mes remparts sont fondés…. ville aux larges contours,
Quel tremblement de terre ébranlerait tes tours !
Pour les foyers nouveaux, ainsi qu’aux jours antiques,
Je taillai de mes mains quelques dieux domestiques ;
Puis, afin de savoir s’il ne renfermait pas
D’autres hommes encore échappés au trépas,
Je voulus, en volant, faire le tour du globe.
Aux premières lueurs que laissa poindre l’aube,
Devant tous mes sujets je forçai, sans trembler,
Le prodige d’Icare à se renouveler.
De son funeste sort je repoussai l’augure,
De l’aigle, comme lui, j’empruntai l’envergure ;
Mais la cire fit place à des fibres d’airain,
Pour affermir mon vol de l’Amazone au Rhin,
Et pour que du soleil les vives étincelles
Ne pussent séparer le dieu de ses deux ailes.
Je m’élançai rapide, et mon premier essor
Dans l’espace aux mortels ouvrit un nouveau sort.
De mon aile d’abord j’étudiai l’usage.
Du bleuâtre élément je fis l’apprentissage ;
Sur la plaine attiédie et sur les monts neigeux,
Je parvins à dompter ses souffles orageux.
Tantôt rasant, léger, les nopals du rivage,
Tantôt sous ma grande aile enfermant le nuage,
Jouant, comme un nageur, avec les flots de l’air,
Du soleil, dans mon vol, je renvoyais l’éclair ;
Tantôt, sous le rayon que ma poitrine aspire,
De cercles redoutés j’embrassais mon empire.
Puis j’enflais mon plumage, et semblable au milan,
Dans l’immobilité j’endormais mon élan.
Comme une proie offerte à mon puissant génie,
Je contemplais d’en haut la terre rajeunie ;
Je montais, je plongeais, je dominais en roi
Ces gouffres de l’éther qui n’enfermaient que moi.
Pour franchir l’horizon lointain qui se dévoile,
Mon aile disposait des vents comme une voile ;
Et brisant quelquefois l’essor aventureux,
De leur fougue ennemie elle s’armait contre eux.
Je me sentais au cœur une joie insensée
De prêter à la chair le vol de la pensée :
Tournant autour du globe aux changeantes couleurs,
Comme une abeille autour d’un citronnier en fleurs.
L’aérostat n’a rien de cette immense joie :
Suspendu, comme un plomb, sous le globe de soie,
Assis dans un esquif que presse un vil réseau,
On est un prisonnier et non pas un oiseau.
Mais moi, fier, libre, seul, dédaignant tout naufrage,
J’aimais à l’installer dans le cœur d’un orage ;
J’aimais à respirer de son air ténébreux,
Moins ardents que les miens, les esprits sulfureux ;
A rafraîchir mon front sous les ondes qu’il verse,
A traverser la nuit que la foudre traverse ;
Et je me souvenais à ce suprême instant
Du chaos de Milton sous le vol de Satan.

Nils Exo
Nils Exo
Je revenais du Louvre hier.
J’avais parcouru les portiques
Où le chœur des Vénus antiques
Se range gracieux et fier.

A ces marbres, divins fossiles,
Délices de l’œil étonné,
Je trouvais bon qu’il fût donné
Des palais de rois pour asiles.

Comme j’allais extasié,
Vint à passer une pauvresse ;
Son regard troubla mon ivresse
Et m’emplit l’âme de pitié :

- Ah ! m’écriai-je, qu’elle est pâle
Et triste, et que ses traits sont beaux !
Sa jupe étroite est en lambeaux ;
Elle croise avec soin son châle ;

Elle est nu-tête ; ses cheveux,
Mal noués, épars derrière elle,
Forment leur onde naturelle :
Le miroir n’a pas souci d’eux.

Des piqûres de son aiguille
Elle a le bout du doigt tout noir,
Et ses yeux au travail du soir
Se sont affaiblis… Pauvre fille !

Hélas ! tu n’as ni feu ni lieu ;
Pleure et mendie au coin des rues :
Les palais sont pour nos statues,
Et tu sors de la main de Dieu !

Ta beauté n’aura point de temple.
On te marchandera ton corps ;
La forme sans âme, aux yeux morts,
Seule est digne qu’on la contemple.

Dispute aux avares ton pain
Et la laine dont tu te couvres :
Les femmes de pierre ont des Louvres,
Les vivantes meurent de faim !
Nils Exo
Nils Exo
Le vase où meurt cette verveine
D’un coup d’éventail fut fêlé ;
Le coup dut effleurer à peine :
Aucun bruit ne l’a révélé.

Mais la légère meurtrissure,
Mordant le cristal chaque jour,
D’une marche invisible et sûre
En a fait lentement le tour.

Son eau fraîche a fui goutte à goutte,
Le suc des fleurs s’est épuisé ;
Personne encore ne s’en doute ;
N’y touchez pas, il est brisé.

Souvent aussi la main qu’on aime,
Effleurant le cœur, le meurtrit ;
Puis le cœur se fend de lui-même,
La fleur de son amour périt ;

Toujours intact aux yeux du monde,
Il sent croître et pleurer tout bas
Sa blessure fine et profonde ;
Il est brisé, n’y touchez pas.
Nils Exo
Nils Exo
C’était un beau moulin que nous avions rêvé,
Qu’on entend bien avant de s’y voir arrivé,
Une meunière fraîche à la joue arrondie,
Et des enfants pareils au fruit de Normandie,
Et le maître meunier avec ses compagnons
Ôtant le traversier ou menant les bignons,
Et jetant sur le bord brochet, goujon, anguille,
Qui, jusques en tronçons, dans la poêle frétille ;
Et les petits poulets et les petits canards
Avec leur marcher lourd et leurs cris nasillards,
Et le coq d’Inde, et l’oie à l’appétit vorace
Vers l’écluse à plein bord menant sa jeune race,
Ou venant, furieuse, au mendiant suspect
Tourmenter les haillons des ailes et du bec ;
Et le coq frappant l’air de son hardi ramage,
Et le paon étalant son soleil de plumage,
Et les bêlants troupeaux, le sifflet du pasteur
Qui dirige leur marche et presse leur lenteur
Quand le soleil du soir, dorant leur blanche laine,
Leur dit que pour l’étable il faut quitter la plaine ;
Et le chien aux longs poils, au collier hérissé,
Que le loup le plus fort n’a jamais terrassé ;
Bref, ce qui constitue une ferme opulente.
Mais comme le réel détrompa notre attente !
Nous nous imaginions dans notre esprit subtil
Qu’un mois d’avril toujours ressemble au mois d’avril,
Et nous allions tous deux en parfaite ignorance
Si le bien de la terre était dans la souffrance.
Voilà qu’un paysan portant un sac de peau,
Que tu connus et qui nous ôta le chapeau,
Nous dit : « Nous aurions bien besoin d’un peu de pluie,
Mais on est si méchant que le ciel nous oublie. »
A quelques pas de là nous vîmes trois serpents
Dans un fossé tari, qui s’en allaient rampants.
La campagne était jaune, exténuée, avide
Comme un enfant qui presse une mamelle vide.
Nils Exo
Nils Exo
Gilbert, de votre cœur savez-vous ce qu’on pense ?
Hypocrite, jaloux, cuirassé d’impudence,
Vous ne l’ignorez pas, votre méchanceté
Donna seule à vos vers quelque célébrité,
Et l’oubli cacherait votre muse hardie,
Si vous n’aviez médit de L’Encyclopédie.
Encor si démasquant les prêtres, les dévots,
Vous diffamiez leur dieu par d’utiles bons mots ;
Peut-être on vous pourrait pardonner la satire :
Lorsqu’on médit de Dieu, sans crime on peut médire.
Mais toujours critiquer en vers pieux et froids,
Sans daigner seulement endoctriner les rois,
Sans qu’une fois au moins votre muse en extase
Du mot de tolérance attendrisse une phrase ;
Blasphémer la vertu des sages de Paris ;
De la chute des mœurs accuser leurs écrits ;
Tant de fiel corrompt-il un cœur si jeune encore !
Infortuné censeur, qu’un peu d’esprit décore,
Que vous a donc produit votre goût si tranchant ?
Vous payez cher l’honneur de passer pour méchant.
A-t-on vu votre muse, à la cour présentée,
Pour décrier les rois, du roi même rentée ?
Peut-on citer un duc qui soit de vos amis ?
Parmi vos protecteurs comptez-vous un commis ?
Vend-t-on votre portrait ? Quel corps académique
Vous a pensionné d’un prix périodique ?
Des quarante Immortels, journaliste adoptif,
Êtes-vous du fauteuil héritier présomptif ?
Aux cris religieux d’un parterre idolâtre,
En face de vous-même, au milieu du théâtre,
Jamais en effigie assis sur un autel,
Vous a-t-on couronné d’un laurier solennel ?
Quelle bourgeoise enfin, quelle actrice discrète
Plaignant la nudité de votre humble retraite,
De ses dons clandestins meubla votre Apollon,
Et vint avec respect visiter votre nom ?
Nils Exo
Nils Exo
Où repose un grand homme, un dieu vient habiter.
Tu me l’as fait sentir, j’ose t’en attester,
Île des peupliers ; toi, qui m’as vu descendre
Te demandant Rousseau dont tu gardes la cendre.
Oh ! Comme à ton aspect s’émurent tous mes sens !
Quelle douleur muette étouffa mes accents !
Combien je vénérai, combien me parut sainte
L’ombre des verts rameaux qui bordent ton enceinte !
Cette île était un temple ; et de mes tristes yeux
Tandis que s’échappaient des pleurs religieux,
Rousseau, je crus, penché sur ton urne paisible,
Sentir de la vertu la présence invisible.
Je crus ouïr ta voix ; du fond de ton cercueil,
Ta voix de l’amitié m’offrait le doux accueil.
A la tombe champêtre accourez donc sans nombre.
Vous enfants qu’il aima ; ne craignez point son ombre ;
Approchez, folâtrez sous ces arbres naissants :
Il va sourire encor à vos jeux innocents.
Et vous, que le génie élève au ministère
De flétrir l’imposture et d’éclairer la terre,
Sages, jurez ici qu’armés contre l’erreur,
Vous mourrez, s’il le faut, martyrs de sa fureur
De ce beau dévouement Rousseau fut le modèle :
A sa noble devise il expira fidèle.
Je vous appelle aussi, peuples, et vous, bons rois,
Dont il a révélé les devoirs et les droits ;
Les tyrans sont connus : ils tremblent sur le trône.
Donc à son monument appendez la couronne,
Qu’au sauveur d’un Romain décernaient les Romains :
Rousseau du despotisme a sauvé les humains.
Mais de ses ennemis le flot bruyant approche.
Eh bien ! Tous à la fois vomissant le reproche,
Profanez de la mort le silence éternel ;
J’attendais l’injustice à ce jour solennel.
A-t-il pour s’agrandir armé la calomnie ?
A des soins intrigants ravalé son génie ?
Il ne mendia point la gloire ; il la conquit.
Qui le dira jaloux ? Qu’a-t-il fait ? Qu’a-t-il dit ?
Qui de vous l’a surpris, des modernes Orphées,
En secret dégradant et minant les trophées ?
D’un vieillard qui le haït, du Sophocle français,
Au fond de sa retraite il entend le succès,
Il l’entend ; et ses yeux en ont pleuré de joie.
Voilà cette âme grande ! Et l’on veut que je croie
Qu’ingrate, elle payait de haine un bienfaiteur !
Taisez-vous. Si, peu fait au métier de flatteur,
Il refuse aux bienfaits d’ouvrir sa solitude,
Le refus des bienfaits n’est point l’ingratitude ;
Non, non : c’est la vertu, qui, s’armant de fierté,
Contre l’or corrupteur défend sa liberté.
Ce fut sa liberté qui fit son éloquence.
Mais ce qui de Rousseau dira mieux l’innocence,
C’est la profonde paix qui couronne sa fin :
Méchant, serait-il mort avec ce front serein.
Sans trouble résignant ses jours à la nature,
Laissez-moi voir encor cette belle verdure,
Dit-il ; sur moi jamais un si beau jour n’a lui ;
Je vois Dieu ; je l’entends ; ce Dieu m’appelle à lui.
Nils Exo
Nils Exo
La discorde, Bellone, ou le dieu de la guerre,
Par ces sons éclatants menacent-ils la Terre ?
De la vaste forêt l’espace en est rempli ;
Dans ses sombres buissons le cerf a tressailli.
Au monarque des bois la guerre est déclarée ;
Il a vu d’ennemis sa demeure entourée,
Et des chiens dévorants en groupes dispersés,
De distance en distance autour de lui placés.
Là, le coursier fougueux lève sa tête altière ;
D’un œil impatient il parcourt la bruyère ;
Le chasseur fatigué de ses vains mouvements,
De la course tardive avance les moments,
Et sur les pas du cerf dont la terre est empreinte,
Il perce, au son du cor, le centre de l’enceinte.
Le timide animal s’épouvante et s’enfuit ;
Il voit dans chaque objet la mort qui le poursuit ;
Sa route sur le sable est à peine tracée ;
Il devance, en courant, la vue et la pensée.
L’œil le suit et le cherche aux lieux qu’il a quittés.
Ses cruels ennemis par le cor excités
S’élèvent sur ses pas au sommet des montagnes,
Et sur ses pas encor fondent sur les campagnes ;
Effrayé des clameurs et des longs hurlements,
Sans cesse, à son oreille apportés par les vents,
Vers ces vents importuns il dirige sa fuite :
Mais la troupe implacable ardente à sa poursuite
En saisit mieux alors ses esprits vagabonds ;
Il écoute, et s’élance, et s’élève par bonds ;
Il voudrait ou confondre, ou dérober sa trace,
Se détacher du sable, et voler dans l’espace ;
Il change plus souvent sa route et ses retours ;
Dans le taillis obscur il fait de longs détours ;
Il revoit ces grands bois, théâtre de sa gloire,
Où jadis cent rivaux lui cédaient la victoire,
Où couvert de leur sang, consumé de désirs,
Pour prix de son courage, il obtint les plaisirs.
Il force un cerf plus jeune à courir dans la plaine,
Pour présenter sa trace à la meute incertaine :
Mais le chasseur la guide et prévient son erreur ;
Le cerf est abattu, tremblant, saisi d’horreur,
Son armure l’accable, et sa tête est penchée,
Sous son palais brûlant sa langue est desséchée,
D’une ardente sueur ses flancs sont arrosés,
Et d’esprits agissants ses nerfs sont épuisés ;
Il s’arrête, il chancelle, il tombe, et les fanfares
Vont annoncer sa chute à ses vainqueurs barbares.
Il entend de plus près des cris plus menaçants,
Il fait pour fuir encor des efforts impuissants,
Ses yeux appesantis laissent tomber des larmes,
Il se lève en fureur, il se sert de ses armes ;
L’excès du désespoir le soutient un instant,
Et sous l’acier funeste il meurt en combattant.
Nils Exo
Nils Exo
Ses purs ongles très-haut dédiant leur onyx,
L'Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,
Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore

Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx,
Aboli bibelot d'inanité sonore,
(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx
Avec ce seul objet dont le Néant s'honore.)

Mais proche la croisée au nord vacante, un or
Agonise selon peut-être le décor
Des licornes ruant du feu contre une nixe,

Elle, défunte nue en le miroir, encor
Que, dans l'oubli fermé par le cadre, se fixe
De scintillations sitôt le septuor.
Alba
Alba
Ainsi qu’un malheureux, le corps frileux et gourd,
Tâche de se chauffer en soufflant sur des braises,
L’amer couchant d’octobre, au lointain du faubourg,
A fait flamboyer ses fournaises.

Dans les squelettes noirs des arbres nus et droits,
Le vent du soir, tout bas, parle d’une voix rauque ;
Un archipel d’îlots couleur de feu, mais froids,
Nage dans la paix du ciel glauque.

Combien de fois déjà par des soirs tout pareils,
Où l’esprit sur lui-même en souffrant se replie,
L’adieu rouge et glacé des suprêmes soleils
M’a versé sa mélancolie !

Combien de fois ce vent aux sinistres soupirs,
Dont le gémissement se glisse sous les portes,
A fait devant mes yeux tourner mes souvenirs
Dans la valse des feuilles mortes !

Automne nostalgique, automne évocateur,
Qu’ils me font mal, tes ciels qu’un dernier rayon moire,
Tes purs et tristes ciels, froids comme la douleur
Et profonds comme la mémoire !
Alba
Alba
Mon cœur vous ajourne, Vieillesse,
Par droit huissier de parlement,
Devant Raison qui est maîtresse,
Et juge de vrai jugement.
Depuis que le gouvernement
Avez eu de lui et de moi,
Vous nous avez, par tyrannie,
Mis sous le joug de Mélancolie
Sans savoir la cause pourquoi.

Auparavant nous tenait Jeunesse
Et nourrissait si tendrement,
En plaisir, confort et liesse
Et tout joyeux divertissement ;
Or vous faites tout autrement.
Ce vous est honte, sur ma foi,
Car en douleur et maladie
Nous faites user notre vie,
Sans savoir la cause pourquoi.

De quoi vous sert cette détresse
À donner sans allègement ?
Croyez-vous pour telle rudesse
Avoir honneur aucunement ?
Nenni, certes, car vraiment
Chacun vous montrera du doigt,
Disant : la vieille rassotie
Tient tous maux en sa compagnie.
Sans savoir la cause pourquoi.

ENVOI AU PRINCE

Ce saint Martin présentement,
Qu'avocatsfont commencement
De plaider les faits de la loi,
Prenez bon conseil, je vous prie,
Ne faites ni débat ni partie,
Sans savoir la cause pourquoi.
Thy Jeanin
Thy Jeanin
Granger :

Il est vrai qu'à l'âge où vous êtes, n'avoir point de barbe, vous me portez la mine, aussi bien que le Phoenix, d'être incapable d'engendrer. Vous n'êtes ni masculin, ni féminin, mais neutre : vous avez fait de votre Dactyle un Trochée, c'est-à-dire que, par la soustraction d'une brève, vous vous êtes rendu impotent à la propagation des individus. Vous êtes de ceux dont le sexe femelle,

Ne peut ouïr le nominatif
A cause de leur génitif,
Et souffre mieux le vocatif
De ceux qui n'ont point de datif,
Que de ceux dont l'accusatif
Apprend qu'ils ont un ablatif.
J'entends que le diminutif
Qu'on fit de vrai trop excessif
Sur votre flasque génitif,
Vous prohibe le conjonctif.
Donc, puisque vous êtes passif,
Et ne pouvez plus être actif,
Témoin le poil indicatif
Qui m'en est fort persuasif,
Je vous fais un impératif
De n'avoir jamais d'optatif
Pour aucun genre subjonctif.
De « nunc » jusqu'à l'infinitif,
Ou je fais sur vous l'adjectif
Du plus effrayant positif
Qui jamais eut comparatif :
Et si ce rude partitif,
Dont je serai distributif
Et vous le sujet collectif
N'est le plus beau superlatif,
Et le coup le plus sensitif
Dont homme soit mémoratif,
Je jure par mon jour natif
Que je veux pour ce seul motif
Qu'un sale et sanglant vomitif,
Surmontant tout confortatif,
Tout lénitif, tout restrictif,
Et tout bon corroboratif.
Soit le châtiment primitif
Et l'effroyable exprimitif
D'un discours qui serait fautif,
Car je n'ai le bras si chétif,
Ni vous le talon si fuitif,
Que vous ne fussiez portatif
D'un coup bien significatif.
Ô visage ! Ô portrait naïf !
Ô souverain expéditif
Pour guérir tout sexe lascif
D'amour naissant ou effectif :
Ô Genre neutre, genre métif,
Qui n'êtes homme qu'abstractif,
Grâce à votre copulatif
Qu'a rendu fort imperfectif
Le cruel tranchant d'un canif ;
Si pour soudre ce logogrif
Vous avez l'esprit trop tardif,
A ces mots soyez attentif :
Je fais vœu de me faire Juif
Au lieu d'eau de boire du suif,
D'être mieux damné que Caïphe,
D'aller à pied voir le Chérif,
De me rendre à Tunis captif,
D'être berné comme escogriffe,
D'être plus maudit qu'un tarif,
De devenir ladre et poussif,
Bref par les mains d'un sort hâtif
Couronné de cyprès et d'if,
Passer dans le mortel esquif
Au pays où l'on est oisif :
Si jamais je deviens rétif
A l'agréable exécutif
Du vœu dont je suis l'inventif,
Et duquel le préparatif
Est, beau Sire, un bâton massif
Qui sera le dissolutif
De votre demi-substantif :
Car c'est mon vouloir décisif
Et mon testament, mort, ou vif.

Le Pédant joué, Acte I, scène 1
Nils Exo
Nils Exo
Sire lion étant passé
Des soucis du pouvoir et des troubles du monde
Au séjour de la nuit profonde,
Quand on l'eut dans la tombe et dans l'oubli placé,
Les animaux, convoqués à la ronde,
Cherchaient un successeur au vieux roi trépassé.
Hors un époux, rien n'est peut-être
Plus embarrassant qu'un tel choix,
Et l'on y regarde à deux fois
Quand il s'agit de se donner un maître.
D'abord on ne voulait plus voir
Au pouvoir
Ni tigres, ni lions, ni gens de cette espèce,
Qui, montant sur le trône avec griffes et dents,
N'ont nul souci des lois et règnent en brigands.
Il fallait quelque roi d'une honnête faiblesse,
Un soliveau, réalisant
Le problème nouveau d'un pouvoir impuissant,
Un être indéfini, mixte et contradictoire,
Enfin quelque chose de tel
Qu'un roi constitutionnel :
Ces pauvres animaux avaient lu notre histoire !
Mais où trouver ce roi si complaisant ?
Car encor voulait-on qu'il eût quelque mérite.
L'un était trop petit, l'autre semblait trop grand ;
Le singe était trop laid, et le bœuf trop pesant ;
Le perroquet parlait trop vite,
D'autres parlaient trop lentement.
Enfin quelqu'un s'apercevant
Qu'ils raisonnaient tous, Dieu sait comme,
Et que chaque animal à peine présenté
Était mis de côté,
Souffla tout bas le nom de l'homme ;
On poussa mille cris à ce nom détesté.
Eh quoi ! donner la royauté
A cet être méchant, à l'âme avide et dure,
Qui sous ses orgueilleuses lois,
Prétend asservir la nature,
À cet ingrat, plus ingrat mille fois
Que le serpent qui rampe dans les bois,
Et dont il fait à tort le symbole des vices !
Car est- il un seul animal
Qu'il ne maltraite point pour prix de ses services ?
« Je l'ai porté, dit le cheval,
De mes longues sueurs j'ai fécondé sa terre,
Et maintenant qu'infirme, accablé de misère,
Je languis sous le poids des jours,
Il m'oublie, et me laisse expirer sans secours ! »
La vache vint et dit : « Je remplaçai sa mère,
Pour lui donner mon lait j'en privai mes enfants,
Et quand l'âge a rendu ma mamelle stérile,
Il fera déchirer sa nourrice inutile,
Pour se nourrir encor de mes membres sanglants,
Et son chien près de lui broiera mes ossements !
C'est là l'unique prix que reçoive ma peine.
- Et moi, dit la brebis, captive en ses liens,
J'obéis à sa voix, j'obéis à ses chiens,
Pour vêtir ses enfants je lui donne ma laine,
Et l'ingrat dévore les miens !
Ah ! quel autre animal eût commis un tel crime ?... »
Et la brebis pleurait ; et quand chaque victime
Eut conté tour à tour sa misère et ses maux,
L'homme fut reconnu d'une voix unanime
Le plus méchant des animaux.
Alors, désespérant de l'État monarchique,
Le peuple des forêts se mit en République.
Prenaient-ils le meilleur moyen
De se débarrasser d'un pouvoir despotique ?
L'histoire n'en dit mot et l'histoire fait bien.
C'eût été de la politique
Et la meilleure ne vaut rien.
Mais qu'ils se soient rendus heureux ou misérables,
Ce n'est pas là le point ; j'ai voulu seulement
Montrer ici que l'homme, être ingrat et méchant,
Peut recevoir des leçons profitables
Des animaux qu'il traite impitoyablement ;
Et c'est l'origine des fables.

Nils Exo
Nils Exo
Comment peut-on tourmenter une femme ?
Ne pas se plaire à faire son bonheur ?
Il est pourtant des maris pleins d’humeur
Avec aigreur
Toujours chantant leur gamme.
Que leur opposer ?... La douceur.
Sexe charmant ! nature bonne et sage
En a fait votre heureux partage,
Profitez-en... et songez à l’adage :
La patience vient à bout
De tout.

Une Souris logeait tout auprès d’une grange :
On est bien fort dans l’endroit où l’on mange ;
Mais sentir son dîner à travers un gros mur,
Pour l’appétit, c’est un peu dur.
La Souris avait du courage,
Elle attaque le mur, de ses petites dents ;
Elle n’y fait pas grand dommage,
Mais un grain cède aux coups vifs et tranchants.

Un Linot à tête légère
Était là qui la voyait faire :
Il raille l’ouvrage, et s’en va
En chantant : Comme elle y viendra !
L’oiseau dans un autre hémisphère,
L’été, l’automne, avait trouvé butin ;
Mais l’hiver avait fait une rade complète,
Il s’en revient à la cachette
Au grain.

Tout au beau milieu de la grange,
Que voit-il ? La Souris qui mange,
Grosse et grasse à faire plaisir.
« - Ah ciel ! qui t’a fait réussir
A te procurer cette aisance ?
- Le travail et la patience. »
Nils Exo
Nils Exo
La Vérité toute nue
Sortit un jour de son puits.
Ses attraits par le temps étaient un peu détruits.
Jeunes et vieux fuyaient sa vue.
La pauvre Vérité restait là morfondue,
Sans trouver un asile où pouvoir habiter.
A ses yeux vient se présenter
La Fable richement vêtue,
Portant plumes et diamants,
La plupart faux, mais très brillants.
« Eh ! vous voilà, bonjour, dit-elle ;
Que faites-vous ici seule sur le chemin ? »
La Vérité répond : « Vous le voyez, je gèle.
Aux passants je demande en vain
De me donner une retraite,
Je leur fais peur à tous. Hélas ! je le vois bien.
Vieille femme n’obtient plus rien.
- Vous êtes pourtant ma cadette,
Dit la Fable, et, sans vanité,
Partout je suis fort bien reçue.
Mais aussi, Dame Vérité,
Pourquoi vous montrer toute nue ?
Cela n’est pas adroit. Tenez, arrangeons-nous ;
Qu’un même intérêt nous rassemble :
Venez sous mon manteau, nous marcherons ensemble.
Chez le sage, à cause de vous,
Je ne serai point rebutée ;
A cause de moi, chez les fous,
Vous ne serez point maltraitée.
Servant par ce moyen chacun selon son goût,
Grâce à votre raison et grâce à ma folie,
Vous verrez, ma sœur, que partout
Nous passerons de compagnie. »
Nils Exo
Nils Exo
- Éloigne-toi, vil souffleur de tempête,
Dit Jupiter, ne me romps pas la tête ;
Le roi des dieux ne peut être... vaincu.
Junon, piquée et même un peu confuse
Que son époux eût surpris sa vertu
Dans un état qui n’a guère d’excuse,
Avec humeur se relève, et l’accuse
De ne jamais la laisser en repos,
Et d’arriver toujours mal à propos.
- C’est bien à vous dit-elle de vous plaindre !
J’ai trop souffert, je suis lasse de feindre.
Et la voilà rappelant tous les tours
Qu’il lui faisait dans ses folles amours.
- Comment dit-il c’est elle encor qui gronde !
Elle eût voulu qu’à son aise, à loisir,
On la laissât se donner du plaisir !
Mille carreaux !... Le souverain du monde
Fronçait déjà ses sourcils orageux,
Et la Discorde allait troubler les jeux,
Lorsque Vénus, descendant de son trône,
Après avoir, d’un regard tendre et doux,
Du couple auguste apaisé le courroux,
En souriant leur présente son faune.
- Dieux immortels, je vous demande à tous
S’il est, dit-elle, assez digne de vous.
Les faits ouïs, la neuvaine décrite,
Tous ses rivaux, même les plus jaloux,
En gens d’honneur rendent gloire au mérite.
- Venez, mon gendre, et soupez avec nous,
Dit Jupiter : ce sera chez ma fille.
Je veux ce soir m’enivrer en famille.
Demain matin l’Olympe radieux
Sera témoin de votre apothéose ;
Car le Destin, dont ma fille dispose,
A dit ces mots, consignés dans les cieux :
« Quand il lui plaît la beauté fait les dieux. »
Nils Exo
Nils Exo
Avec sa feuille morte, où se glace la rouille,
La vigne semble triste ainsi qu’une dépouille
Une dernière fois étendue au soleil.
Hier, qui donc a pris tout son raisin vermeil ?
Les oiseaux, en émoi, modulent leur surprise.
Car la vigne mûrit pour que l’oiseau se grise.
Sournoisement qui donc a vendangé sans eux ?
Et, sans en avoir l’air, les merles soupçonneux,
Sous les feuilles qui font un bruit de voix plaintives,
Regardent de travers l’attitude des grives.
Alba
Alba
Dans le silencieux automne
D’un jour mol et soyeux,
Je t’écoute en fermant les yeux,
Voisine monotone.

Ces gammes de tes doigts hardis,
C’était déjà des gammes
Quand n’étaient pas encor des dames
Mes cousines, jadis ;

Et qu’aux toits noirs de la Rafette,
Où grince un fer changeant,
Les abeilles d’or et d’argent
Mettaient l’aurore en fête.
Alba
Alba
Klop, Klip, Klop, Klop, Klip, Klop,
Goutte à goutte égrenant son rythmique sanglot,
Aux vasques du bassin où l'eau rêve immobile,
Un jet d'eau trouble seul la grande Nuit tranquille.
Quel silence ! On dirait que le monde assoupi
Sur des flots de velours roule dans l'infini.
Là-haut, criblant l'Espace à des milliards de lieues,
Pèlerins ennuyés des Solitudes bleues,
Enchevêtrant sans fin leurs orbes indolents,
Sans soucis des martyrs qui grouillent sur leurs flancs,
Les étoiles en chœur circulent vagabondes
- Oasis de misère ou cadavres de mondes.
Je veux oublier tout, lâcher les rênes d'or
Aux contemplations éployant leur essor.
Des strophes en mon sein déjà battent de l'aile,
A quoi bon les plier dans un rythme rebelle?
Je ne veux rien savoir, le vertige énervant
Me roule dans les plis de son gouffre mouvant.
Doucement, je me fonds, je suis mort et je doute
Si j'entends le Jet d'eau ponctuer goutte à goutte
Le silence éternel d'un rythmique sanglot,
Klop, Klip, Klop, Klop, Klip, Klop.
Alba
Alba
Dans la forêt étrange c’est la nuit ;
C’est comme un noir silence qui bruit ;

Dans la forêt, ici blanche et là brune,
En pleurs de lait filtre le clair de lune.

Un vent d’été, qui souffle on ne sait d’où,
Erre en rêvant comme une âme de fou,

Et, sous des yeux d’étoile épanouie,
La forêt chante avec un bruit de pluie.

Parfois il vient des gémissements doux
Des lointains bleus pleins d’oiseaux et de loups ;

Il vient aussi des senteurs de repaires ;
C’est l’heure froide où dorment les vipères,

L’heure où l’amour s’épeure au fond du nid,
Où s’élabore en secret l’aconit ;

Où l’être qui garde une chère offense,
Se sentant seul et loin des hommes, pense.

— Pourtant la lune est bonne dans le ciel
Qui verse, avec un sourire de miel,

Son âme calme et ses pâleurs amies
Au troupeau roux des roches endormies.
Alba
Alba
Je vais parfois revoir, tout seul, un petit coin
Obscur du boulevard Montparnasse, témoin
De mon premier amour pour une « fleurs et plumes »
Aux cheveux d'or. C'est dans ce lieu que nous nous plûmes.
Aussi me produit-il un effet singulier :
Il me semble que mon âme est comme un clavier,
Et que le doigt furtif du souvenir la frôle.
Pareil au bruit du vent dans les feuilles d'un saule,
Il s'en dégage un son lumineusement doux,
— Une espèce de la bémol, qui serait roux.
Alba
Alba

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