Aller au contenu
View in the app

A better way to browse. Learn more.

Accents poétiques

A full-screen app on your home screen with push notifications, badges and more.

To install this app on iOS and iPadOS
  1. Tap the Share icon in Safari
  2. Scroll the menu and tap Add to Home Screen.
  3. Tap Add in the top-right corner.
To install this app on Android
  1. Tap the 3-dot menu (⋮) in the top-right corner of the browser.
  2. Tap Add to Home screen or Install app.
  3. Confirm by tapping Install.

Ami, le hibou pleure où venait la colombe,

Et ton sang souterrain a fleuri sur ta tombe,

Et mes yeux qui t’ont vu sont las d’avoir pleuré

L’inexorable absence où tu t’es retiré

Loin de mes bras pieux et de ma bouche triste.

Reviens ! le doux jardin mystérieux t’invite

Et ton pas sera doux à sa mélancolie ;

Tu viendras, les pieds nus et la face vieillie,

Peut-être, car la route est longue qui ramène

De la rive du Styx à notre humble fontaine

Qui pleure goutte à goutte et rit d’avoir pleuré.

Ta maison te regarde, ami ! j’ai préparé

Sur le plateau d’argent, sur le plateau d’ébène,

La coupe de cristal et la coupe de frêne,

Les figues et le vin, le lait et les olives,

Et j’ai huilé les gonds de la porte d’une huile

Qui la fera s’ouvrir ainsi que pour une ombre ;

Mais je prendrai la lampe et par l’escalier sombre

Nous monterons tous deux en nous tenant la main ;

Puis, dans la chambre vaste où le songe divin

T’a ramené des bords du royaume oublieux,

Nous nous tiendrons debout, face à face, joyeux

De l’étrange douceur de rejoindre nos lèvres,

voyageur venu des roseaux de la grève

Que ne réveille pas l’aurore ni le vent !

Je t’ai tant aimé mort que tu seras vivant

Et j’aurai soin, n’ayant plus d’espoir ni d’attente,

De vider la clepsydre et d’éteindre la lampe.

— Laisse brûler la lampe et pleurer la clepsydre

Car le jardin autour de notre maison vide

Se fleurira de jeunes fleurs sans que reviennent

Mes lèvres pour reboire encore à la fontaine ;

Les baisers pour jamais meurent avec les bouches.

Laisse la figue mûre et les olives rousses ;

Hélas ! les fruits sont bons aux lèvres qui sont chair,

Mais j’habite un royaume au delà de la Mer

Ténébreuse, et mon corps est cendre sous le marbre.

Je suis une Ombre, et si mon pas lent se hasarde

Au jardin d’autrefois et dans la maison noire

Où tu m’attends du fond de toute ta mémoire,

Tes chers bras ne pourront étreindre mon fantôme :

Tu pleurerais le souvenir de ma chair d’homme,

À moins que dans ton âme anxieuse et fidèle

Tu m’attendes en rêve à la porte éternelle,

Me regardant venir à travers la nuit sombre,

Et que ton pur amour soit digne de mon ombre.


Illustration: Le moine au bord de la mer, FRIEDRICH Caspar David, entre 1808 et 1810

Retour utilisateur

Commentaires recommandés

Alba Plume habituée

Alba

Semeur d’échos
Posté(e)
  • Semeur d’échos

Né en 1964 et disparu en 1936, Henri de Régnier est un écrivain et poète proche du symbolisme.

Grand admirateur de Mallarmé, prosateur prolixe, sa poésie s'attache quant à elle aux thèmes naturels. À fois novateur et attaché aux traditions classiques, son style, très attachant, doté d'un cachet particulier, oscille entre confidence et mélancolie.

Alba Plume habituée

Alba

Semeur d’échos
Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un poème que j'aime infiniment.

Sa douceur, sa tristesse sont immenses, accompagnées d'une grande élégance de forme et d'expression. Aucune mièvrerie ou affèterie dans ce poème-supplique et dialogue. L'intensité est bien présente, sans pose : cf. "Je t’ai tant aimé mort que tu seras vivant".

Ce n'est pas parce que l'on parle bien que l'on ressent peu. C'est sans doute le secret du classicisme.

Une merveille délicate et sans affectation.

Nils Exo Plume enthousiaste

Nils Exo

Membre
Posté(e)

Un poème d'outre-tombe qui invite à converser mais surtout à vivre : "Laisse brûler la lampe et pleurer la clepsydre", quelle belle façon de l'exprimer ! Merci pour ce partage, @Alba.

Alba Plume habituée

Alba

Semeur d’échos
Posté(e)
  • Semeur d’échos

Merci Nils ! Quelle profondeur en effet, dans ces vers dialogués, et quelle leçon !

Pour penser retrouver ce qui a disparu, pour oser rencontrer les morts, il faut être mort, mort à soi, bien sûr. Tout le reste devient possible : cf. "Et que ton pur amour soit digne de mon ombre.". Est-il une limite à l'Amour ? Il est frère d'Éternité.

( ͡°_ʖー)~☆

Account

Navigation

Configure browser push notifications

Chrome (Android)
  1. Tap the lock icon next to the address bar.
  2. Tap Permissions → Notifications.
  3. Adjust your preference.
Chrome (Desktop)
  1. Click the padlock icon in the address bar.
  2. Select Site settings.
  3. Find Notifications and adjust your preference.