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Prisonniers [Première partie]

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Posté(e)
  • Semeur d’échos

Prisonniers

Première partie

 

Nous sommes trois. Trois hommes jadis jeunes, de couleur, d’origine et de condition sociale différentes. Trois êtres solitaires et pourtant rassemblés, séparés mais unis. Dans une prison sans âme. Aux confins de la désespérance. Depuis combien de temps sommes-nous enfermés ? Nous n’en savons rien. Dans un monde en noir et blanc, le temps ne passe pas, il se voile, il se brouille. Pour quelle raison sommes-nous en prison ? Nous l‘avons oublié. Ou plutôt, cela n’a plus d’importance, là où nous sommes. Pour ma part, je crois que c’était pour délit d’opinion, impertinence, révolte. Péchés de jeunesse ou plutôt, stupidité d’enfant. Mais le jugement est tombé et me voilà désormais à genoux. Pour toujours.

Ma cellule est dans l’aile A3 de la maison de détention. Je suis Sammy. La cellule de Kirk est située dans le passage B9. Quant à Maddy, il est incarcéré dans le couloir D4. Nous avons pu communiquer un peu, tout au long de ces années. Il semble que notre prison ne compte plus que trois prisonniers, nous trois. C’est un vaste bâtiment, pourtant, grand comme une caserne de pompiers. La pénombre y règne en permanence. Jamais de jour, une nuit opaque mais diffuse.  Quelques lumières électriques, vacillantes, distantes. Hors de notre portée, en tout cas. Pas de bruit en journée, c’est le grand silence. Des cris d’oiseaux nous parviennent de l’extérieur, ainsi que des bruits de vagues. Serions-nous sur une île ? Château d’If ou Alcatraz… Cela fait rêver.

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Kirk, avec le concours de l’IA.

 

Les jours, les mois passants, j’ai réussi à prendre mes repères dans ce dédale. Je ne sors jamais de mon aile A3. Ma cellule y donne directement, j’y vais sans forcer, en douceur. Pas de gardien pour me surveiller, mais tout est bouclé. Il en est de même pour Kirk et Maddy. Ils me l’ont fait comprendre, à distance. Ils peuvent se mouvoir dans leurs couloirs respectifs, mais pas au-delà. Ce n’est pas un labyrinthe, c’est une clôture. Le royaume des murs. Et des barreaux. Mes compagnons d’incarcération et moi-même nous apercevons de loin. Je les distingue vaguement. Nous devons hurler pour faire entendre notre voix et échanger quelques paroles. Mais nous nous lassons vite. Et nous n’avons jamais rien de neuf à nous confier.

Nous attendons. Quoi ? Nous n’en savons rien. Nous sommes enfermés, nous sommes prisonniers, sans occupation particulière, sans contact particulier. Nous ne voyons jamais ceux qui sont sensés nous garder. Nous ne recevons personne. Nous n’avons plus de famille, plus d’amis, presque plus de nom. Des repas sont déposés sur le sol à heure régulière devant nos cellules. Du pain moisi, des légumes, de la soupe, du fromage rance. Je n’ai jamais réussi à surprendre celui qui nous servait nos repas à domicile. Un fantôme ? C’est possible. Tout devient possible ici. Nous nous occupons comme nous pouvons, en essayant de ne pas devenir fous. Kirk dessine sur les murs des dessins idiots. Il dit que cela l’aide à vivre. Des Mickeys, des Donald. Des Picsou. Des toutous. On s’en fout.

 

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Maddy, avec le concours de l’IA

 

Maddy s’est lancé dans la domestication de rats noirs. Il tente de leur apprendre quelques mots. Il prétend qu’il a monté un petit cirque dans sa cellule. Les rats sont ses tigres, ses lions, ses chevaux empanachés qui tournent en rond sur la piste qu’il leur a fabriquée. Je doute un peu de tout cela. Il joue au Barnum avec eux, dit-il. Il assure même qu’ils apprécient, qu’en tout cas, il ne leur fait pas de mal et ne les force jamais. Ils s’amusent autant que lui, soi-disant. Balivernes, mais quelle importance ? Chacun ses hobbies, après tout. Il peut mentir si cela lui fait plaisir. Quant à moi, j’écris, j’écris, j’écris, j’aigri, j’ai cris. Un peu partout. Sur les murs, sur ma peau, au plafond. Sur le ciel. Mais il n’y a pas de ciel. Et j’écris de la prose. Comme ceci. Et des poèmes. Comme cela. Ah ! Les poèmes. Mon joujou d’amour.

Un exemple d’un de mes poèmes :

La ballade du chat pendu

J’ai la tête en bas,

La rate à l’envers,

Et le nombril à l’air,

C’est la joie.

 

Je vois le monde en face,

Et son visage est laid,

Demain, c’est avant-hier,

Il descend l’escalier,

Sur la queue, sur la queue,

Pas la peine d’y croire encore.

 

Allons donc prendre l’air,

C’est jour de suie,

Il pleut du vent,

Quelle heure est-il ?

Je ne sais plus trop

Quel est mon nom.

 

Il doit bien être écrit,

À droite, à gauche ou au milieu,

Sur la semelle du temps,

Quelque part, au hasard,

 

Balbuzard.

 

 

(À suivre…)

Modifié par Alba

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un monde carcéral au réalisme brut. On pense à une dystopie, mais on est parfois proche de l'onirisme. Le poème ressemble à une énigme et contribue à donner envie de lire la suite. Ce qui ne saurait tarder!

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