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Les Deux îles (II, 4)

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Posté(e)

Scène 4 – Selkirk, Stradling, le marin, plusieurs autres marins, des geôliers, des prisonniers

 

La scène représente le cachot d’une prison à Santiago, vers 1706 ou 1707. Le dénuement est total : quelques paillasses à terre, des prisonniers allongés dessus ou accroupis, des marins également. Au milieu d’eux se trouve Stradling.

 

Le marin (poussant Selkirk au centre du cachot) : Nous y voilà, M. Selkirk ! Et je veux que vous soyez bien au centre de notre île à nous ! Pour le coup, faudra m’excuser mais je me souviens plus très bien de la date : il faut dire que nous, on avait pas de quoi noter ! Mais là, je dirais qu’on doit être vers la fin ! Vous, vous avez passé quatre ans, quatre mois et quatre jours dans votre prison ; nous, j’en sais rien exactement, mais dans les trois ans, ça c’est sûr ! Alors, dites-moi un peu, je suis curieux : j’ai envie de connaître votre impression ! Vous préférez quelle façon de vivre ? Seul sur votre îlot mais libre, enfermé mais dans un cachot pas plus large que ma main et ensemble ? Difficile de trancher, non ? Après on peut aussi chipoter sur les chiffres : quatre ans, c’est plus que trois et plusieurs, c’est plus qu’un seul ! Mince, égalité dans les deux camps ! Mais moi, ce que je voudrais, M. Selkirk, c’est que vous regardiez un peu le Capitaine ! (Il force Selkirk à s’approcher de Stradling.) Pas bien gros, hein ? Vous en faites pas, vous allez avoir la raison ! Et pour le coup, moi, je me contente de revoir ! Je suis moulu et je vais dormir : je vois qu’on m’a laissé une paillasse dans le coin ! (Il part s’y allonger en prenant soin de tourner le dos à Selkirk.)

 

Stradling (comme s’il se parlait à lui-même) : Les infâmes ! Nous juger comme des pirates parce que je n’avais pas mes documents officiels, perdus lors du naufrage ! D’après eux, c’est une chance que nous ayons échappé à la pendaison ! Une chance ? Je m’interroge. On ne voit presque pas la lumière du jour, il est bien difficile de savoir quelle heure on est ! Peut-on d’ailleurs se fier aux rythmes des rations ? Je ne sais pas pourquoi mais quelque chose me dit que nos geôliers prennent un malin plaisir à mélanger les heures pour nous faire perdre la notion du temps. Cela ne m’étonnerait guère de leur part ! Parlons-en d’ailleurs, de ces rations : même un chien n’en voudrait pas ! Comme j’aimerais respirer à nouveau l’air pur du large, observer à loisir l’horizon lointain, étaler mes cartes de navigation sur la table ! Peut-être trouverions-nous une île, quelque part, en plein milieu de l’océan Pacifique, prête à nous accueillir, à nous alimenter, à nous ressourcer ! Comme nous nous y sentirions bien !

 

Selkirk : Que vous croyez.

 

Stradling va voir les différents marins, il s’approche également d’un prisonnier.

 

Stradling : J’ignore votre nom, mon camarade. Je ne connais pas votre langue, j’aurais bien du mal à vous le demander, d’ailleurs ! Mais la souffrance réciproque rapproche, il m’aura fallu qu’une seule nuit, mais quelle tempête !, pour m’en convaincre. Inutile cependant de savoir se parler, regarder suffit : je vois que vous avez de la fièvre. Cela n’a rien d’étonnant avec ce que ces monstres nous donnent ! (Un geôlier passe, Stradling veut l’interpeller de la main mais celui-ci le frappe d’un coup de bâton.) Les chiens ! Que Dieu me pardonne cette injure mais je ne comprends vraiment pas comment l’on peut respecter de tels individus ! Mais je continuerai de les provoquer : il doit bien rester un reste d’humanité en eux ! En ai-je eue, cependant, moi, de l’humanité quand j’abandonnais notre navigateur ? Ah ce nom ! Je n’arriverai décidément pas à le prononcer ! Comme j’aurais dû l’écouter ! Nous n’en serions pas là, tous !

 

Selkirk : Peut-être… Était-ce vraiment un problème technique ? Je me le demande… Après tout, la mer est si imprévisible, si violente dans ses attaques ! Un navire plus solide aurait-il supporté de tels vents ? J’ai eu l’occasion de voir les débris de notre navire sur la plage et mon œil d’expert doit bien avouer qu’il n’en sait rien ! Quand la chèvre est entre les crocs du loup, qu’importe sa force : le prédateur la prend à la gorge. Peut-être cette tempête nous a-t-elle prises à la gorge, elle aussi ?

 

Sans qu’il s’en soit rendu compte, Stradling s’est approché d’un des murs du cachot. Il pose la main dessus.

 

Stradling : Il avait raison !

 

Selkirk (posant sa main sur celle de Stradling) : Il avait peut-être tort !

 

Stradling : Mais qu’est-ce que cela aurait changé, au fond ?

 

Selkirk (surpris) : M’entendez-vous, mon Capitaine ?

 

Le marin (se retournant sur sa paillasse) : Là vous êtes en train de revivre, M. Selkirk ! Pire même : vous refaites le passé ! Et le passé, c’est le passé !

 

Des pas se font entendre. Un geôlier entre sur scène, se dirige vers Stradling et lui intime l’ordre de le suivre par un geste de la main. Stradling secoue la tête.

 

Stradling : Certainement pas ! Il est hors de question que j’accepte de m’adresser au gouverneur de cette prison ! Il a beau maîtriser l’anglais et entretenir, je le reconnais, une très belle conversation d’homme du monde, je ne lui ferai pas ce plaisir de lui rendre la pareille ! Me proposer de me libérer en laissant mon équipage enfermé ? Non, le capitaine que j’étais à bord des Cinq Ports aurait sûrement accepté mais pas le prisonnier que je suis. Mes galons m’ont poussé à l’orgueil, mes galons ne me pousseront pas à la lâcheté ! Et certainement pas à l’abandon !

 

Selkirk (en colère) : Et mon abandon à moi, alors ? Vos galons, que disaient-ils à ce moment-là ?

 

Le marin (même jeu) : Il faut donc tout vous expliquer, M. Selkirk ! Sur le navire, c’étaient les galons du Capitaine ; là, ce ne sont que les galons d’un prisonnier comme nous tous !

 

Un geôlier apporte le repas. Les rations sont distribuées. Stradling s’assure que tous, marins comme prisonniers, aient leur part. Il se dirige alors vers le prisonnier à qui il s’était adressé plus tôt.

 

Stradling (relevant la tête du prisonnier pour l’aider à manger) : Tiens, mon ami, prends ma part également ! A voir ta tête, tu en as bien plus besoin que moi ! J’ignore encore une fois ton nom, ta langue de même, encore plus ce que tu as bien pu commettre comme méfait pour te retrouver avec nous, si tant est que vivre n’est pas déjà un méfait en soi dans cette colonie ! Mais je ne me transformerai pas en bourreau, tu es un frère comme moi puisque nous partageons le même cachot et tu as un besoin plus pressant de vivre. Oui, je te le répète, même si tu ne me comprends pas : « vivre » ! Je ne veux plus voir quelqu’un mourir, j’en ai vu assez !

 

Selkirk : Et ils ne restèrent que dix-huit.

 

Le marin (même jeu) : Parfaitement, M. Selkirk. Mes dix-huit pièces comme je vous disais hier ! Alors, ces dix-huit pièces, elles valent la vôtre ou pas ?

 

A suivre.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un moment particulièrement dramatique dans ce huis-clos de la prison.

Les personnages évoluent, se dévoilent, s'approfondissent encore, la tension est extrême et le spectateur devient captif à son tour : le suspense créé l'amène à espérer une suite rapide !

( ͡~ ͜ʖ ͡° )

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une originale façon, un peu onirique, de faire revivre la scène et qui fait avancer un débat délicat.

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