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La Communauté des Bannis [Deuxième partie]

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

La Communauté des Bannis

Fiction historique

 

Deuxième partie

 

Ce groupe envoyait, très discrètement, des émissaires chaque année à la même époque automnale dans toute la contrée pour venir en aide aux « bannis de l’an » des Noöujs. Les rescapés étaient intégrés dans la nouvelle communauté qui, naturellement, gardait ses distances avec le peuple des Noöujs. UliR fut réchauffé et réconforté. Il en fut ainsi avec les trois autres isolés, qui furent retrouvés et rassurés. La joie de ces survivants fut, bien évidemment, sans borne. Le cœur empli de reconnaissance, ils prirent vite leurs repères dans le groupe de leurs nouveaux amis et se rendirent pleinement utiles.

La Communauté des Bannis, quoique pacifique et paisible, jouissait très paradoxalement d’un beau dynamisme. Composée de vieillards, de malades chroniques ou de jeunes gens affligés d’une particularité physique qui leur avait valu le bannissement par réflexe superstitieux (strabisme, dyslexie, boiterie, albinisme…), ses membres avaient vite compris que l’union faisait la force et qu’à défaut de vigueur, ils devraient compenser leur faiblesse physique par une intelligence supérieure et un sens de l’entraide sans faille. Ces vertus leur avaient apporté une prospérité insoupçonnée. Aucun préjugé et nulle méchanceté chez eux. Leur générosité et leur sens de l’humain faisait également leur bonheur, chose non négligeable.

Très vite, leurs qualités de cœur et leur ouverture d’esprit leur avait permis de devenir les amis et les alliés d’autres peuples, éparpillés dans cette région hostile. Nommons les hommes-feuilles (chaque membre de la tribu n’était vêtu que de feuillage et de mousse, une parure très agréable en été mais un peu fraiche à la mauvaise saison) et les êtres-au-sourire-qu’on-entend. Cette dernière peuplade était bien particulière, toute d’art et de culture : leurs croyances leur imposaient un sourire perpétuel mais comme il était sincère, il s’entendait, en quelque sorte, frémissement au creux de mille frémissements. Cette musique préhistorique devait être bien originale et particulièrement séduisante, toute en vibration d’âme.

La Communauté des Bannis avait ainsi fondé une sorte de démocratie avant l’heure, un paradis de liberté et de respect mutuel. Passés par des épreuves terribles, ses membres avaient décidé d’éliminer à tout jamais le Mal de leurs rangs. Ils s’aidaient, se soutenaient dans les épreuves et savaient transformer chaque souffrance physique en lumière spirituelle. Chacun apportait ses talents à tous dans un esprit de complémentarité particulièrement astucieux.

Par exemple, JauTris, qui ne pouvait plus marcher mais disposait d’une vue exceptionnelle, se faisait transporter par les bras puissants de l’albinos ToUg. Leur duo cynégétique rapportait au groupe de la nourriture en abondance. L’art des pièges était également l’apanage sans rival de cette assemblée astucieuse quoique physiquement diminuée. La première médecine élaborée a sans doute vu le jour dans ce groupe, tant ils étaient curieux des choses et désireux de soulager les souffrances.

Il me semble par ailleurs avoir gardé dans mes archives la trace écrite d’un de leurs chants pluriels. Il va sans dire que l’oralité et la mémoire collective sont à la base de cette préservation temporelle. Je vous le retranscris ici :

Chant des bannis

 

Aube, Aube pure, âme du monde,

Voix céleste de toutes choses,

Tu murmures à la Nuit ton message d’amour,

Cette brume d’espérance qui berce l’univers

Sur ses genoux de soie.

 

Aube, Aube pure, au cœur resplendissant,

Tu illumines l’instant

Qui s’élance innocent, vierge de toutes choses,

Pour conquérir le ciel, abattre les murailles

De cette Nuit compacte.

 

Aube, Aube pure, ta face de lumière

Est le miroir du Temps,

Il n’est qu’éternité, que souffle dans le ciel,

Qui réunit toujours ce qui est dispersé,

Il reflète à jamais cette merveille vierge

Unissant les contraires.

 

******

 

Les chercheurs s’interrogent sur le devenir de tous ces groupes et peuplades qui ont bien existé mais n’ont pas laissé de traces écrites. Les traditions et la mémoire collective attestent néanmoins de leur existence. Les Bannis, comme le peuple des Feuilles ou celui du Sourire Musical, ont disparu, malheureusement.

Mais faut-il vraiment le penser ? Tout laisse à croire, au contraire, grâce aux nouvelles technologies qui apparaissent chaque jour, telle l’Intelligence Artificielle, si sottement décriée par ceux qui n’envisagent même pas sa portée réelle, que des vestiges seront mis à jour bientôt. L'I.A. guidera les recherches avec talent. La préhistoire deviendra, enfin, pourrait-on dire, nouvelle Histoire. Un autre chapitre du devenir de l’Humanité pourra alors s’écrire. Le récit de la Communauté des Bannis tiendra sa juste place au sein de cette Encyclopédie des temps futurs.

 

FIN

Modifié par Alba

Posté(e)
  • Semeur d’échos

C'est une très belle utopie, Alba. La plupart des philosophes répondent que l'utopie est impossible... en tout cas, durablement.

Il y a une tension entre idéal et réalité.

Une société utopique est improbable, seule la pensée peut l'être...

Le monde a connu bien des utopies. Aucune n'a survécu.

Modifié par Sophie

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci Sophie pour cette lecture et cette réflexion fort intéressante.

Il faut rêver beaucoup pour accomplir un peu, c'est ma devise. C'est aussi celle des perchistes...

Quant à ce récit, l'alliance des faiblesses, ou des complémentarités, n'est pas vraiment une utopie, ni une nouveauté. La nature elle-même donne l'exemple. Par exemple, le requin et le poisson dit "pilote".

cf. "La relation entre le poisson-pilote et les requins est une relation mutualiste ; le poisson-pilote bénéficie d'une protection contre les prédateurs, tandis que le requin est libéré des parasites" (Reddit Biology).

( ͡^ ͜ʖ ͡^ )

Posté(e)
  • Semeur d’échos

J'aime infiniment cette devise, Alba. 😊

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Moi aussi, pour dire la vérité, et cette posture incroyable du perchiste, qui vise le ciel de ses pieds...

C'est inimaginable quand on y réfléchit, et pourtant cela existe. Vive le caoutchouc !

( ͡~ ͜ʖ ͡° )

Posté(e)
Il y a 20 heures, Alba a écrit :

La Communauté des Bannis

Fiction historique

 

Deuxième partie

 

Ce groupe envoyait, très discrètement, des émissaires chaque année à la même époque automnale dans toute la contrée pour venir en aide aux « bannis de l’an » des Noöujs. Les rescapés étaient intégrés dans la nouvelle communauté qui, naturellement, gardait ses distances avec le peuple des Noöujs. UliR fut réchauffé et réconforté. Il en fut ainsi avec les trois autres isolés, qui furent retrouvés et rassurés. La joie de ces survivants fut, bien évidemment, sans borne. Le cœur empli de reconnaissance, ils prirent vite leurs repères dans le groupe de leurs nouveaux amis et se rendirent pleinement utiles.

La Communauté des Bannis, quoique pacifique et paisible, jouissait très paradoxalement d’un beau dynamisme. Composée de vieillards, de malades chroniques ou de jeunes gens affligés d’une particularité physique qui leur avait valu le bannissement par réflexe superstitieux (strabisme, dyslexie, boiterie, albinisme…), ses membres avaient vite compris que l’union faisait la force et qu’à défaut de vigueur, ils devraient compenser leur faiblesse physique par une intelligence supérieure et un sens de l’entraide sans faille. Ces vertus leur avaient apporté une prospérité insoupçonnée. Aucun préjugé et nulle méchanceté chez eux. Leur générosité et leur sens de l’humain faisait également leur bonheur, chose non négligeable.

Très vite, leurs qualités de cœur et leur ouverture d’esprit leur avait permis de devenir les amis et les alliés d’autres peuples, éparpillés dans cette région hostile. Nommons les hommes-feuilles (chaque membre de la tribu n’était vêtu que de feuillage et de mousse, une parure très agréable en été mais un peu fraiche à la mauvaise saison) et les êtres-au-sourire-qu’on-entend. Cette dernière peuplade était bien particulière, toute d’art et de culture : leurs croyances leur imposaient un sourire perpétuel mais comme il était sincère, il s’entendait, en quelque sorte, frémissement au creux de mille frémissements. Cette musique préhistorique devait être bien originale et particulièrement séduisante, toute en vibration d’âme.

La Communauté des Bannis avait ainsi fondé une sorte de démocratie avant l’heure, un paradis de liberté et de respect mutuel. Passés par des épreuves terribles, ses membres avaient décidé d’éliminer à tout jamais le Mal de leurs rangs. Ils s’aidaient, se soutenaient dans les épreuves et savaient transformer chaque souffrance physique en lumière spirituelle. Chacun apportait ses talents à tous dans un esprit de complémentarité particulièrement astucieux.

Par exemple, JauTris, qui ne pouvait plus marcher mais disposait d’une vue exceptionnelle, se faisait transporter par les bras puissants de l’albinos ToUg. Leur duo cynégétique rapportait au groupe de la nourriture en abondance. L’art des pièges était également l’apanage sans rival de cette assemblée astucieuse quoique physiquement diminuée. La première médecine élaborée a sans doute vu le jour dans ce groupe, tant ils étaient curieux des choses et désireux de soulager les souffrances.

Il me semble par ailleurs avoir gardé dans mes archives la trace écrite d’un de leurs chants pluriels. Il va sans dire que l’oralité et la mémoire collective sont à la base de cette préservation temporelle. Je vous le retranscris ici :

Chant des bannis

 

Aube, Aube pure, âme du monde,

Voix céleste de toutes choses,

Tu murmures à la Nuit ton message d’amour,

Cette brume d’espérance qui berce l’univers

Sur ses genoux de soie.

 

Aube, Aube pure, au cœur resplendissant,

Tu illumines l’instant

Qui s’élance innocent, vierge de toutes choses,

Pour conquérir le ciel, abattre les murailles

De cette Nuit compacte.

 

Aube, Aube pure, ta face de lumière

Est le miroir du Temps,

Il n’est qu’éternité, que souffle dans le ciel,

Qui réunit toujours ce qui est dispersé,

Il reflète à jamais cette merveille vierge

Unissant les contraires.

 

******

 

Les chercheurs s’interrogent sur le devenir de tous ces groupes et peuplades qui ont bien existé mais n’ont pas laissé de traces écrites. Les traditions et la mémoire collective attestent néanmoins de leur existence. Les Bannis, comme le peuple des Feuilles ou celui du Sourire Musical, ont disparu, malheureusement.

Mais faut-il vraiment le penser ? Tout laisse à croire, au contraire, grâce aux nouvelles technologies qui apparaissent chaque jour, telle l’Intelligence Artificielle, si sottement décriée par ceux qui n’envisagent même pas sa portée réelle, que des vestiges seront mis à jour bientôt. L'I.A. guidera les recherches avec talent. La préhistoire deviendra, enfin, pourrait-on dire, nouvelle Histoire. Un autre chapitre du devenir de l’Humanité pourra alors s’écrire. Le récit de la Communauté des Bannis tiendra sa juste place au sein de cette Encyclopédie des temps futurs.

 

FIN

Épatant témoignage Alba , ce récit fiction avec sa part de réalité originelle que tu essayes de mettre à jour laisse songeur et le cœur plein d’espérance… nos ancêtres tracent peut-être notre devenir qui sait 😉😃 ?

Merci beaucoup Alba 😌

Posté(e)

Je crois qu'un proverbe africain dit qu'il faut regarder son passé pour avancer vers son futur, c'est ce que je retiens de votre utopie préhistorique qui se conclut de la même manière immersive que la première partie.

Modifié par Nils Exo

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci beaucoup à vous, Nâau et Nils, pour vos lectures attentives !

Il va sans dire que tout est inventé dans ce récit. Les souffrances humaines ne sont certes pas une nouveauté, mais hélas, quand on constate l'égoïsme de notre société, on regrette encore plus qu'il ne s'agisse que d'une fable !

⊙▽⊙

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Ici la fable s'oriente vers une utopie des plus sympathiques, tout à fait crédible et nécessaire: l'intelligence, au service de la vie et de certaines valeurs morales, peut tant de chose! Dans cette communauté auraient dû entrer, si elle s'était perpétuée, Toulouse-Lautrec, Beethoven, Homère lui-même! Qu'il faut être sot pour, au nom de la force, se priver du génie!

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci pour tes réflexions et ces références illustres, Thierry !

L'intelligence humaine a des ailes mais la bêtise, non moins humaine, se plaît à les couper. Les prétextes les plus sots sont les meilleurs !

( ͡°_ʖ ~)

Modifié par Alba

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