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Reflets de fables 37) Les Deux Canetons

Featured Replies

Posté(e)

Qui nous guide ? L’âme ou le monde ?

Un Caneton cherchait sa mère aux alentours.

Impossible, et ce pour toujours :

Elle n’était de chair et ne venait de l’onde.

A sa place un engin d’acier

Servit de père nourricier

Au jeune Caneton qui, d’une âme rebelle,

Avait pris la sortie et s’avançait vers l’eau.

Mais son approche était un piège pour l’Oiseau

Qui ne savait comment manier le bout d’une aile.

Heureusement, ce jour, un passant incertain,

Qui cherchait son chemin et ne savait que faire,

Surprit le petit boute-en-train

A deux doigts de plonger dans l’onde mortifère.

« Quel duvet que voilà ! s’exclame le sauveur

Qui ne comprenait la valeur

De son geste. Que je préfère

M’être de ce côté perdu :

Ce bibelot inattendu

Pourra tantôt être vendu.

Il ne fera pas ma journée

Mais même un dédommagement

Permet de payer sa tournée. »

Aussitôt, de son boniment,

Notre vendeur à la sauvette

Propose son objet et gagne son comptant.

Heureusement l’incompétent

Pensait duper une pauvrette

Mais celle-ci savait comment s’en retourner.

Elle saisit le petit être

Et regarde si l’eau pénètre

Son duvet, afin de cerner

Quand la chance serait venue

De le remettre à l’eau. Ce n’est encor le cas

Mais la fermière est soutenue

Par son mari : « Mettons de côté nos tracas

Avec cet animal : l’affaire

Nous remboursera notre argent. »

Le choix ne fut point négligent :

Le Caneton sous peu s’avère

Le plus fort de tous les canards.

Personne parmi ces gaillards

N’oseraient s’opposer en face

De ce Roi des étangs, ce Seigneur des marais.

Pour autant cependant, et malgré son audace,

Le Caneton n’est point mauvais.

Il sait de qui provient sa plus belle fortune

Et c’est d’une chance opportune

Qu’il s’empare bientôt du même engin d’acier

Qu’il ne connaissait plus. Le voilà l’officier

Du même lieu que sa naissance.

Que choisit-il d’en faire ? Il l’offre à ses parents.

Qu’en font ces derniers ? La même jouissance.

Quelques canards plus cohérents

Dénoncent un autre esclavage

De l’espère aquatique et sont vite plumés :

Le Caneton se rit du nouvel élevage

Et plie à son humeur ses désirs allumés.

-----

Mais alors, qui nous forme ? Est-ce le monde ou l’âme ?

Un autre Caneton avait tout le bonheur

Qu’il fallait pour grandir : aucun mal, aucun blâme,

Un père, une mère, une sœur,

Plusieurs frères dans la mare

La plus belle à ses yeux. Cette fois nul engin

Cruel dont il aurait fallu larguer l’amarre

Car il précipitait sa fin.

La mécanique est loin, partout est la nature

Et celle-ci conduit ses pas vers l’aventure

Pareille à l’autre Caneton.

Mère Cane enduit donc comme il faut son Triton

Et ses plumes sont vite prêtes

Pour affronter le flot du terrible océan

Qui pour lui se transforme en fougueuses tempêtes.

Il avance à pas de géant

Et les membres de sa famille

Le soutiennent quand il vacille,

Faisant de lui le général

De ces eaux. « Bravo, quelle envie !

Voilà comment mener ta vie ! »

Disent-ils à cet amiral.

Son père : « Mon petit, tu seras sous peu prince. »

Sa mère : « Gouverne ces eaux,

Elles seront à toi. » Sa sœur : « Nul ne t’évince

Quand il faut prendre des châteaux. »

Voilà comment une parole

Peut bouleverser l’univers.

Le Caneton n’a de revers

Qui ne peut l’empêcher et le monde s’affole

A la moindre de ses ardeurs.

Ne s’envole-t-il de la mare ?

Le peuple de ses eaux en fait un tintamarre.

N’aurait-il pas des détracteurs ?

Il suffit qu’il batte des plumes

Et c’est l’ensemble des duvets

Qui veut modifier ses coutumes.

Le Caneton a ses sujets,

Il ne lui manque qu’un mobile

Qui rende la foule docile ;

A cette affaire il est habile

En rassemblant tous les oiseaux :

Aulnes, butors, grèbes, mésanges,

Hérons, perdrix, crabiers et même jusqu’aux anges

(Prétend notre parleur) deviennent ses vassaux.

Le Caneton n’est point rebelle

Mais il a pour eux tous de bien meilleurs travaux.

On regarde l’Humain qui cherche la querelle,

On rassemble son monde et le conflit survient.

Que des pieds d’un côté, de l’autre l’air et l’onde :

La victoire est amère et la douleur profonde

Mais les Oiseaux sont là, le monde les soutient.

Une nouvelle mécanique

Sème cependant la panique

Car le Caneton veut contrôler les parents

Et, partant, leur progéniture.

Tous comprennent du moins ce que cela figure :

Là-dessus ils sont cohérents.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une fable qui s'interroge avec talent sur les aléas du devenir et les périls de l'accession au pouvoir !

Une belle lecture, d'une grande subtilité, et particulièrement d'actualité en ce moment.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Voici une longue fable plutôt pessimiste, mais lucide : l’origine ne détermine pas la moralité finale, et la seule cohérence possible est de s’opposer quand le pouvoir veut tout contrôler, même ses propres parents. Intéressant et actuel.




Posté(e)
  • Semeur d’échos

Qui nous guide ? L’âme ou le monde ?

Cette question est d'une grande profondeur, Nills Exo.

Peut-être, c'est selon....

Mais l'opposition est-elle toujours aussi nette ? Et, si nous étions toujours dans l'illusion...

La réponse apportée par la fable est remarquable. Elle dépasse ce clivage. Vous opérez un déplacement philosophique.

Vous mettez en évidence cette interaction entre le monde et l'âme. L'un et l'autre interagissent.

C'est cette relation qui nous guide C'est subtil.

C'est ainsi que je comprends votre fable, Nills Exo.

Posté(e)
Il y a 3 heures, Nils Exo a écrit :

Qui nous guide ? L’âme ou le monde ?

Un Caneton cherchait sa mère aux alentours.

Impossible, et ce pour toujours :

Elle n’était de chair et ne venait de l’onde.

A sa place un engin d’acier

Servit de père nourricier

Au jeune Caneton qui, d’une âme rebelle,

Avait pris la sortie et s’avançait vers l’eau.

Mais son approche était un piège pour l’Oiseau

Qui ne savait comment manier le bout d’une aile.

Heureusement, ce jour, un passant incertain,

Qui cherchait son chemin et ne savait que faire,

Surprit le petit boute-en-train

A deux doigts de plonger dans l’onde mortifère.

« Quel duvet que voilà ! s’exclame le sauveur

Qui ne comprenait la valeur

De son geste. Que je préfère

M’être de ce côté perdu :

Ce bibelot inattendu

Pourra tantôt être vendu.

Il ne fera pas ma journée

Mais même un dédommagement

Permet de payer sa tournée. »

Aussitôt, de son boniment,

Notre vendeur à la sauvette

Propose son objet et gagne son comptant.

Heureusement l’incompétent

Pensait duper une pauvrette

Mais celle-ci savait comment s’en retourner.

Elle saisit le petit être

Et regarde si l’eau pénètre

Son duvet, afin de cerner

Quand la chance serait venue

De le remettre à l’eau. Ce n’est encor le cas

Mais la fermière est soutenue

Par son mari : « Mettons de côté nos tracas

Avec cet animal : l’affaire

Nous remboursera notre argent. »

Le choix ne fut point négligent :

Le Caneton sous peu s’avère

Le plus fort de tous les canards.

Personne parmi ces gaillards

N’oseraient s’opposer en face

De ce Roi des étangs, ce Seigneur des marais.

Pour autant cependant, et malgré son audace,

Le Caneton n’est point mauvais.

Il sait de qui provient sa plus belle fortune

Et c’est d’une chance opportune

Qu’il s’empare bientôt du même engin d’acier

Qu’il ne connaissait plus. Le voilà l’officier

Du même lieu que sa naissance.

Que choisit-il d’en faire ? Il l’offre à ses parents.

Qu’en font ces derniers ? La même jouissance.

Quelques canards plus cohérents

Dénoncent un autre esclavage

De l’espère aquatique et sont vite plumés :

Le Caneton se rit du nouvel élevage

Et plie à son humeur ses désirs allumés.

-----

Mais alors, qui nous forme ? Est-ce le monde ou l’âme ?

Un autre Caneton avait tout le bonheur

Qu’il fallait pour grandir : aucun mal, aucun blâme,

Un père, une mère, une sœur,

Plusieurs frères dans la mare

La plus belle à ses yeux. Cette fois nul engin

Cruel dont il aurait fallu larguer l’amarre

Car il précipitait sa fin.

La mécanique est loin, partout est la nature

Et celle-ci conduit ses pas vers l’aventure

Pareille à l’autre Caneton.

Mère Cane enduit donc comme il faut son Triton

Et ses plumes sont vite prêtes

Pour affronter le flot du terrible océan

Qui pour lui se transforme en fougueuses tempêtes.

Il avance à pas de géant

Et les membres de sa famille

Le soutiennent quand il vacille,

Faisant de lui le général

De ces eaux. « Bravo, quelle envie !

Voilà comment mener ta vie ! »

Disent-ils à cet amiral.

Son père : « Mon petit, tu seras sous peu prince. »

Sa mère : « Gouverne ces eaux,

Elles seront à toi. » Sa sœur : « Nul ne t’évince

Quand il faut prendre des châteaux. »

Voilà comment une parole

Peut bouleverser l’univers.

Le Caneton n’a de revers

Qui ne peut l’empêcher et le monde s’affole

A la moindre de ses ardeurs.

Ne s’envole-t-il de la mare ?

Le peuple de ses eaux en fait un tintamarre.

N’aurait-il pas des détracteurs ?

Il suffit qu’il batte des plumes

Et c’est l’ensemble des duvets

Qui veut modifier ses coutumes.

Le Caneton a ses sujets,

Il ne lui manque qu’un mobile

Qui rende la foule docile ;

A cette affaire il est habile

En rassemblant tous les oiseaux :

Aulnes, butors, grèbes, mésanges,

Hérons, perdrix, crabiers et même jusqu’aux anges

(Prétend notre parleur) deviennent ses vassaux.

Le Caneton n’est point rebelle

Mais il a pour eux tous de bien meilleurs travaux.

On regarde l’Humain qui cherche la querelle,

On rassemble son monde et le conflit survient.

Que des pieds d’un côté, de l’autre l’air et l’onde :

La victoire est amère et la douleur profonde

Mais les Oiseaux sont là, le monde les soutient.

Une nouvelle mécanique

Sème cependant la panique

Car le Caneton veut contrôler les parents

Et, partant, leur progéniture.

Tous comprennent du moins ce que cela figure :

Là-dessus ils sont cohérents.

Pas simple ce monde quand on se pose la question de qui nous guide ? Soumis et dominés par un empire mécanique… une fable très profonde….😌

Posté(e)
  • Semeur d’échos

De duvet ou de plumes huilées de quoi est caparaçonné notre âme ?

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Morale : que la couveuse soit d’acier ou naturelle, le canard enchaîné se libère.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

La réflexion est soutenue par une narration détaillée. La seconde réussit le tour de force d'en augmenter encore l'intérêt.

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