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Je suis un poisson rouge

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Je suis un poisson rouge

 

Les confidences d’un poisson philosophe

 

Vous ne me croirez peut-être pas, mais c’est un fait : je suis un poisson rouge. Et aujourd’hui, je suis en veine de confidence. À qui je m’adresse ? À personne, évidemment. Je soliloque pour le plaisir.

On ne choisit pas son destin. J’évolue dans mon bocal soir et matin. Il n’est pas bien grand, ce bocal, mais, malheureusement, il faut bien que je m’en contente. Cela dit, il y a quand même des avantages : je suis nourri, logé, soigné le cas échéant, le tout, gratuitement. Je dispose également de distractions : un mobilier façon « Pirates » au fond de mon bocal. S’y trouve un galion miniature, des rochers en plastique, des plantes qui se voudraient algues grimpantes. Des bulles animent l’ensemble. C’est assez cosy, en fin de compte.

Bon, évidemment, je ne suis pas libre. C’est la question épineuse, quoique je n’ai aucune épine, je suis inoffensif comme Baptiste. La « liberté, liberté chérie » de la Marseillaise humaine ne me manque pas vraiment. Je sais très bien que si j’étais jeté dans l’eau sale du port voisin, mon existence se bornerait à deux brèves minutes. Les prédateurs sous-marins ne manquent pas.

Mon nom est Jules, en hommage à Jules verne et à son fameux roman aquatique. J’ai surpris Jean (mon propriétaire) en train de philosopher, debout devant mon home. Il discutait de façon bien animée avec Ella, sa femme. Tous deux choisissaient un prénom à me donner. J’étais leur chose. Il me fallait une étiquette. Au terme d’un débat houleux, les deux compères ont fini par élire ce prénom banal, à intention littéraire. Soit. Jules ou Pinocchio, quelle différence ?

Je ne suis pas né par l’opération du Saint Esprit, évidemment, ma mère était une femelle poisson du plus bel orange. Sa ponte a été couronnée de succès. Et je suis devenu la propriété d’un forain nommé Marcel qui évoluait sur la Foire du Trône de Paris. Son petit commerce attirait les chalands par ses prix imbattables. Le caprice de Jean a été accepté par Ella et je suis reparti avec eux dans un sachet en plastique. Le début annonçait la suite. Le verre dépoli a pris la suite du plastique mais mes jouets (ou plutôt ceux du couple de mes managers) restent dans cette matière, au grand dam de la planète.

Ma vie se passe paisiblement depuis, rythmée par les horaires de la pâtée et le nettoyage du bocal. Des visites viennent me distraire de loin en loin. Mes patrons, bien sûr, qui apprécient toujours leur jouet vivant. Mais aussi des enfants que je ne connais pas et qui adorent les facéties auxquelles je me livre en leur présence. Il faut dire que je suis champion de bulles. L’une suit l’autre, en gracieux chapelet. C’est amusant comme tout. Il en faut peu pour se distraire, c’est bien vrai. C’est ce qui qui s’appelle « buller » au sens propre du terme.

Le mois dernier, il y a eu un évènement inattendu dans le cours ordinaire de mon existence. Un compagnon, ou une compagne peut-être, je ne l’ai jamais su, a failli me tenir compagnie dans mon royaume aquatique. Jean et Ella avaient des scrupules de conscience et s’interrogeaient sur le mal-être possible qui sans aucun doute me rongeait. Invention typiquement humaine, mais que voulez-vous ? Les humains sont de grands enfants, il ne faut pas leur en vouloir s’ils sont bêtes comme leurs pieds. Mes patrons pensaient, à tort, que je souffrais de la solitude. Quelle erreur ! La solitude est une invention humaine. Pour un animal, le souci de sa survie lui fait préférer la tranquillité. Sauf pendant la période des amours, naturellement. Mais je ne suis pas très porté sur la chose, heureusement.

Alors, Nutella est venu me tenir compagnie. Un prénom stupide, trouvé par Ella qui est une grande gourmande. C’était un poisson rouge également, j’en parle au passé, car il a filé. Sa taille était comparable à la mienne et le bocal assez grand pour nous accueillir tous deux. Sauf que ce lascar était affreusement mélancolique. Il restait prostré dans un coin, plutôt avachi, sans bulles ni facéties comme moi, qui suis plutôt actif. Sa présence ne me gênait pas. Un véritable ectoplasme, mou et sans intérêt. Jean le critiquait ouvertement. Ce malheureux congénère n’était pas assez divertissant pour lui. Ella plaidait sa cause avec passion. Elle se posait en effet en amie des animaux (comme si enfermer des malheureux dans une prison de verre, c’est les aimer) et, la main sur le cœur, jurait qu’il ne fallait pas toucher à son Nutella d’amour.

Mais un beau main, Jean est venu pêcher le fameux Nutella, toujours prostré dans son coin, et l’a subtilisé. Je ne sais pas où il l’a mis mais à travers les parois de mon bocal, j’ai cru entendre le bruit sans appel de la chasse d’eau des toilettes humaines. Une fin peu ragoûtante pour Nutella. Mais que voulez-vous ? Il faut s’attendre à tout avec les humains, ces grands singes sous-évolués. Ella a déboulé peu après, furieuse contre Jean qui a fait semblant d’avoir peur. Son rôle d’amie des animaux lui commandait cette posture. Pathétique. Ils se sont réconciliés peu après, sur l’oreiller, sans doute. Et Nutella est parti ainsi, dans l’indifférence générale.

Ma vie a continué sans heurt et mes patrons n’ont plus voulu d’un autre poisson rouge pour évoluer avec moi dans leur bocal « Pirates ». Je poursuis ma petite existence tranquille au sein des eaux peu profondes et les jours passent sans souci, loin du fracas et des sornettes du monde des humains, qui courent derrière un bonheur de commande et jouent en permanence, ou quasi, des rôles en carton.

 

FIN

 

Posté(e)

Il faut toujours voir le monde à travers un bocal, cela ouvre de belles perspectives et fait réfléchir sur les "humains" que nous sommes...

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci beaucoup, Nils, pour votre lecture sagace !

Le regard lucide et sans indulgence de Jules quand il se pose sur les humains est en effet un miroir grossissant de leurs mensonges et de leurs illusions !

Les délices littéraires de l'enfermement dans une bulle de verre...

⊙▽⊙

Modifié par Alba

Posté(e)
Le 12/04/2026 à 12:58, Alba a écrit :

Je suis un poisson rouge

 

Les confidences d’un poisson philosophe

 

Vous ne me croirez peut-être pas, mais c’est un fait : je suis un poisson rouge. Et aujourd’hui, je suis en veine de confidence. À qui je m’adresse ? À personne, évidemment. Je soliloque pour le plaisir.

On ne choisit pas son destin. J’évolue dans mon bocal soir et matin. Il n’est pas bien grand, ce bocal, mais, malheureusement, il faut bien que je m’en contente. Cela dit, il y a quand même des avantages : je suis nourri, logé, soigné le cas échéant, le tout, gratuitement. Je dispose également de distractions : un mobilier façon « Pirates » au fond de mon bocal. S’y trouve un galion miniature, des rochers en plastique, des plantes qui se voudraient algues grimpantes. Des bulles animent l’ensemble. C’est assez cosy, en fin de compte.

Bon, évidemment, je ne suis pas libre. C’est la question épineuse, quoique je n’ai aucune épine, je suis inoffensif comme Baptiste. La « liberté, liberté chérie » de la Marseillaise humaine ne me manque pas vraiment. Je sais très bien que si j’étais jeté dans l’eau sale du port voisin, mon existence se bornerait à deux brèves minutes. Les prédateurs sous-marins ne manquent pas.

Mon nom est Jules, en hommage à Jules verne et à son fameux roman aquatique. J’ai surpris Jean (mon propriétaire) en train de philosopher, debout devant mon home. Il discutait de façon bien animée avec Ella, sa femme. Tous deux choisissaient un prénom à me donner. J’étais leur chose. Il me fallait une étiquette. Au terme d’un débat houleux, les deux compères ont fini par élire ce prénom banal, à intention littéraire. Soit. Jules ou Pinocchio, quelle différence ?

Je ne suis pas né par l’opération du Saint Esprit, évidemment, ma mère était une femelle poisson du plus bel orange. Sa ponte a été couronnée de succès. Et je suis devenu la propriété d’un forain nommé Marcel qui évoluait sur la Foire du Trône de Paris. Son petit commerce attirait les chalands par ses prix imbattables. Le caprice de Jean a été accepté par Ella et je suis reparti avec eux dans un sachet en plastique. Le début annonçait la suite. Le verre dépoli a pris la suite du plastique mais mes jouets (ou plutôt ceux du couple de mes managers) restent dans cette matière, au grand dam de la planète.

Ma vie se passe paisiblement depuis, rythmée par les horaires de la pâtée et le nettoyage du bocal. Des visites viennent me distraire de loin en loin. Mes patrons, bien sûr, qui apprécient toujours leur jouet vivant. Mais aussi des enfants que je ne connais pas et qui adorent les facéties auxquelles je me livre en leur présence. Il faut dire que je suis champion de bulles. L’une suit l’autre, en gracieux chapelet. C’est amusant comme tout. Il en faut peu pour se distraire, c’est bien vrai. C’est ce qui qui s’appelle « buller » au sens propre du terme.

Le mois dernier, il y a eu un évènement inattendu dans le cours ordinaire de mon existence. Un compagnon, ou une compagne peut-être, je ne l’ai jamais su, a failli me tenir compagnie dans mon royaume aquatique. Jean et Ella avaient des scrupules de conscience et s’interrogeaient sur le mal-être possible qui sans aucun doute me rongeait. Invention typiquement humaine, mais que voulez-vous ? Les humains sont de grands enfants, il ne faut pas leur en vouloir s’ils sont bêtes comme leurs pieds. Mes patrons pensaient, à tort, que je souffrais de la solitude. Quelle erreur ! La solitude est une invention humaine. Pour un animal, le souci de sa survie lui fait préférer la tranquillité. Sauf pendant la période des amours, naturellement. Mais je ne suis pas très porté sur la chose, heureusement.

Alors, Nutella est venu me tenir compagnie. Un prénom stupide, trouvé par Ella qui est une grande gourmande. C’était un poisson rouge également, j’en parle au passé, car il a filé. Sa taille était comparable à la mienne et le bocal assez grand pour nous accueillir tous deux. Sauf que ce lascar était affreusement mélancolique. Il restait prostré dans un coin, plutôt avachi, sans bulles ni facéties comme moi, qui suis plutôt actif. Sa présence ne me gênait pas. Un véritable ectoplasme, mou et sans intérêt. Jean le critiquait ouvertement. Ce malheureux congénère n’était pas assez divertissant pour lui. Ella plaidait sa cause avec passion. Elle se posait en effet en amie des animaux (comme si enfermer des malheureux dans une prison de verre, c’est les aimer) et, la main sur le cœur, jurait qu’il ne fallait pas toucher à son Nutella d’amour.

Mais un beau main, Jean est venu pêcher le fameux Nutella, toujours prostré dans son coin, et l’a subtilisé. Je ne sais pas où il l’a mis mais à travers les parois de mon bocal, j’ai cru entendre le bruit sans appel de la chasse d’eau des toilettes humaines. Une fin peu ragoûtante pour Nutella. Mais que voulez-vous ? Il faut s’attendre à tout avec les humains, ces grands singes sous-évolués. Ella a déboulé peu après, furieuse contre Jean qui a fait semblant d’avoir peur. Son rôle d’amie des animaux lui commandait cette posture. Pathétique. Ils se sont réconciliés peu après, sur l’oreiller, sans doute. Et Nutella est parti ainsi, dans l’indifférence générale.

Ma vie a continué sans heurt et mes patrons n’ont plus voulu d’un autre poisson rouge pour évoluer avec moi dans leur bocal « Pirates ». Je poursuis ma petite existence tranquille au sein des eaux peu profondes et les jours passent sans souci, loin du fracas et des sornettes du monde des humains, qui courent derrière un bonheur de commande et jouent en permanence, ou quasi, des rôles en carton.

 

FIN

 

Ce petit poisson a fait le tour du bocal et de de la question humaine sans nul doute 😉😅 belle imagination Alba

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci beaucoup pour ta visite et ton commentaire, Nâau !

Jules et moi avons beaucoup de points communs !

( ͡° ͜ʖ ͡ -)8

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Inversion des rôles: c'est le poisson qui observe ces grandes bêtes d'humains! Il le fait avec esprit, malgré l'horreur d'une condition dont il ne souffre guère. Serait-ce que la narratrice y met un peu du sien? 😉

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci Thierry pour ta lecture et ce commentaire espiègle !

"L'horreur d'une condition" ? Je m'interroge beaucoup sur la différence entre ce que nous, humains, pouvons penser d'une situation et ce que d'autres êtres, parfois animaux, en pensent. Il serait sans doute plus juste de dire : la façon dont ils le vivent...

☉Ô☉

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