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La glycine et le lilas, romance en mauve

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

La glycine et le lilas, romance en mauve

 

La grenouille grenouillait et la rose se mourait. Une glycine pâle sommeillait sur un mur, qu’elle couronnait de mauve. Non loin, un vieux lilas chenu la couvait du regard. Il en était violet de passion. Il aurait bien aimé se faire apprécier, découvrir, connaître, aimer peut-être. Mais las ! La belle endormie restait plongée dans ses rêves et n’avait cure des ardeurs de l’arbre tout échauffé par le printemps renaissant.

En ce temps-là, les choses n’étaient pas figées et les arbres s’aimaient, c’est la raison pour laquelle le lilas gardait espoir. D’autant plus que son ombre s’activait… dans l’ombre. Elle fomentait complot après complot pour séduire l’une ou l’autre des belles qui entouraient le vieux lilas. Cette ombre vaguement mauve avait réussi à entrer en contact avec l’ombre de la glycine et, cousines de palette, elles s’entretenaient fort aimablement, quoique à distance, de couleurs et nuances.

Elles se lançaient des défis d’écriture sur le sol, c’était à qui dessinerait les plus jolis motifs ténébreux. À ce jeu-là, l’ombre du vieux lilas était imbattable : elle avait une expérience inégalée en matière de loisirs stupides et de défis bêtes. Elles papotaient également à qui mieux mieux. L’ombre de la glycine était championne en ragots et racontars divers. Un sujet retenait leur attention en particulier en ce matin du 15 avril : la passion troublante du lilas pour la glycine.

- Penses-tu que nous devrions intervenir ? demanda l’ombre de la glycine à celle du lilas.

- Naturellement, oui, il faut les aider. Après tout, c’est la saint Valentin.

- Comment ?

- Je plaisante, voyons ! répondit, facétieuse, son interlocutrice.

Les ombres décidèrent d’un commun accord d’unir leurs efforts pour rapprocher (façon de parler) les deux tourtereaux. Elles demandèrent conseil auprès d’une colombe qui voltigeait gaiment dans les parages. Cette dernière avait décidé de ne pas avoir d’oisillons en cette année de grâce et se payait une tranche de bon temps. L’oiseau leur suggéra de convaincre leurs arbres respectifs de faire un effort de séduction. Après tout, l’amour, ça se mérite.

L’ombre de la glycine confia à sa patronne que, non loin d’elle, était un « ver de terre amoureux d’une étoile » (elle avait lu Victor Hugo et son Ruy Blas on ne sait quand). Elle osa révéler le nom peu ragoûtant de l’amoureux, « Vieux-Lilas ». La mauve créature jeta un coup d’œil à son voisin le lilas qui la regardait d’un air suppliant et lâcha négligemment :

- Trop vieux !

C’était mal parti. De son côté, l’ombre du lilas révéla à son maître qu’il fallait faire autre chose que les yeux doux pour fasciner la glycine. Celui-ci la regarda, songeur. Il était vieux, mais pas sot. Il murmura :

- J’ai une idée, fillette.

Lorsque la nuit tomba, les hiboux stupéfiés et les chouettes admiratives (l’expression « c’est chouette » n’est pas le fruit du hasard) assistèrent à une scène peu banale : le lilas se mit à se trémousser frénétiquement à la lumière de la Lune, lancé dans une danse orientale endiablée. C’était incroyable ! On aurait dit John Travolta dans Blanche-Neige et les sept nains (incroyable mais vrai). Les aiguilles s’arrêtèrent d’avancer sur les horloges pour le regarder et le temps suspendit son vol, pour un instant, fasciné lui aussi.

Le vieil arbre s’en donnait à cœur joie, retrouvant ses vertes années. Ses branches volaient dans les airs, ses grappes mauves ondulaient voluptueusement, quelle merveille ! Il était parfaitement lascif. La glycine, qui le surveillait du coin de l’œil, se mit à le suivre attentivement, bouche bée. Elle n’en croyait pas ses yeux. Surtout que l’ombre du vieux lilas, se démultipliant, constituait un groupe de danseuses nues fort crédible.

Au bout d’un moment, le lilas cessa sa danse de séduction. Son but était atteint : la glycine ne l’avait pas quitté des yeux pendant toutes ses évolutions (sur place). Les ombres des deux arbres étaient quant à elles, ravies : le vieux lilas les avait emballées, elles aussi. Fatigué, tout ce petit monde en mauve tomba raide endormi. Cela fatigue, la danse orientale, même si l’on se contente de la regarder.

Au matin, la donne avait changé : le vieux lilas, tout gaillard, arborait une mine splendide de sportif et danseur affirmé. La glycine, quant à elle, couvait des yeux son Travolta préféré. Les ombres des deux arbres se pâmaient de joie, en dégustant une glace à la vanille, dégottée on ne sait où. La romance avait fini par triompher, lilas et glycine était réunis, en ce beau jour de printemps, par un sentiment commun : l’éternel amour.

C’est ici que se clôt le conte du lilas et de la glycine, bluette malicieuse à laquelle personne ne croit mais que tout le monde apprécie parce qu’en fin de compte, c’est bien agréable de croire en quelque chose. Et les deux ombres, me direz-vous, ont-elles fini par succomber elles aussi à un sentiment tendre, bien dans l’air du temps ? On ne sait pas. Tout cela est resté... dans l’ombre.

 

FIN

 

Posté(e)

Un récit fantastique qui brocarde avec humour les attitudes humaines mais tout est bien qui finit bien pour une fois !

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci beaucoup, Nils, pour votre lecture et votre commentaire si juste !

En effet, le monde des humais est gentiment parodié à travers ces deux arbustes qui miment l'amour avec talent, je dois l'avouer avec infiniment (et même plus que cela) de modestie.

Le lilas-Travolta dans sa danse du ventre est une création qui me fait tordre de rire !

.|•͡˘‿•͡˘|.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Spirituelle innovation: on n'a guère l'habitude de concevoir l'amour entre végétaux. Pourtant, il doit bien exister a minima quelque chose qui y ressemble dans ce beau flux de sève. Les ombres sont des entremetteuses... méfions-nous des nôtres!

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci Thierry pour cette lecture et ce commentaire !

Voilà un conseil judicieux : je vais surveiller mon ombre, pour voir si elle ne me joue pas des tours de cochon. On ne sait jamais...

(¬‿¬)

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