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Les Deux îles (I, 2)

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Posté(e)

Scène 2 – Selkirk, Stradling, le marin, l’aubergiste

 

Le marin (bâillant tout en s’approchant du comptoir) : Bonjour Monsieur l’aubergiste, vous êtes bien matinal !

 

L’aubergiste : Il le faut quand on a un commerce à tenir.

 

Le marin : De même humeur que la veille ? C’est l’absence de lumière, mon brave ?

 

L’aubergiste : J’ai du travail, Monsieur, et si les vitres sont sales, vous m’en pardonnerez mais c’est que je n’ai pas que cela à faire.

 

Le marin : Allons, je vous taquinais ! La discipline navale, vous voyez : toujours à briquer le pont, et ce depuis plus de trente ans !

 

L’aubergiste : J’en suis content pour vous.

 

Le marin : Décidément, il faudrait pas trop de monde comme vous à bord d’un navire : on y perdrait vite la boule ! Vous aimez guère rire à ce que je vois ?

 

L’aubergiste : La vie est ainsi, je n’y peux rien ; par ailleurs, j’en vois passer tous les jours, des comme vous.

 

Le marin : Mes excuses, Monsieur ! Faut pas vous blesser parce que je vous pique un peu ! En parlant de piquer, redonnez-moi donc un peu de ce petit vin que vous m’avez filé hier car il était diablement bon !

 

L’aubergiste (tout en le servant) : Il ne faudra pas oublier la note ! Avec l’histoire de l’autre, j’ai été négligent et je ne vous ai pas demandé votre règlement.

 

Le marin : Vous faites pas de bile là-dessus, j’ai ma solde et elle est bonne, je vous réglerai mais je comprends pas qui vous appelez « l’autre » ? M. Selkirk ?

 

L’aubergiste : Oui, c’est lui. J’évite autant que je le peux de l’appeler par son nom. Après votre intervention, hier, il a bien fallu que j’éclaircisse les choses mais, pour moi, cela doit s’arrêter là !

 

Le marin : Si je comprends bien, c’est lui qu’il a fallu retenir à cause du nom que vous avez donné à votre auberge ?

 

L’auberge : En effet ! Et je ne suis pas prêt de l’oublier : les yeux d’un dément ! C’est pour cela que je n’ai pas aimé votre référence aux Cinq Ports. J’en ai encore la gorge rouge de ses doigts et c’était pourtant il y a des années !

 

Le marin : M. Selkirk a toujours eu le sang chaud, mes excuses pour lui, Monsieur l’aubergiste ! Il faut dire que j’ai comme l’impression que son passage sur l’île l’a pas aidé… Après, je dis ça, je dis rien… Mais j’avoue qu’il m’a surpris hier parce que tout de même, nous nous sommes connus ! J’imagine que vous l’aviez deviné : on a navigué tous les deux sur le Cinq Ports.

 

L’aubergiste : Je m’en suis douté dès que vous avez fait mention du nom de mon auberge.

 

Le marin s’apprête à lui répondre quand Stradling entre dans la salle. Le marin, surpris, le regarde un temps puis éclate.

 

Le marin : Mais c’est le capitaine Thomas Stradling ! Je pensais bien que vous étiez dans le coin, j’avais aperçu votre nouveau navire au port !

 

Stradling (l’étreignant) : Mon brave ami ! Que je suis heureux de vous revoir ! Il est dur dans notre métier de conserver le contact mais j’essaye, à la mesure de mes forces, que Dieu m’en accorde plus pour me racheter !, de me tenir au courant de mes compagnons d’infortune. Alors, que devenez-vous ?

 

Le marin : Comme d’habitude : je navigue, quoi ! Mais, mon Capitaine, (avec un ton soudain plus calme et, surtout, en murmurant), ça vous fait rien, à vous, d’entrer dans une auberge qui porte le nom du… enfin vous savez mieux que moi… de cet enfer, quoi !

 

Stradling (la voix haute, pour que l’aubergiste l’entende) : Au contraire ! J’aurais pu poursuivre ma route encore plus au sud mais j’ai préféré faire escale à Londres pour y revoir, enfin y retrouver… qui vous pouvez deviner.

 

Le marin : M. Selkirk ?

 

Stradling : Tout juste. Je reconnais ma faute à ne pas pouvoir prononcer son nom mais après tant d’années, on finit peut-être par vivre avec son ennemi mais pas à lui pardonner.

 

Le marin : C’est que c’était compliqué entre vous ! Et si je puis me permettre, si vous l’aviez écouté…

 

Stradling : Je sais, mon bon ami, mais je préfère en discuter avec lui.

 

Le marin : Si vous cherchez la rédemption, vous allez avoir du mal à la trouver ! Elle et lui sont guère de compagnie, je vous le garantis !

 

Stradling (le saisissant aux épaules) : Vous l’avez vu ? Quand ? Où ? Qu’a-t-il dit ?

 

L’aubergiste : J’ignore qui vous êtes, Monsieur, mais si je me permets d’interrompre votre conversation, c’est que j’ai l’habitude de le voir.

 

Stradling (à l’aubergiste, pressant) : Cela est-il vrai ? Et que savez-vous de lui ?

 

L’aubergiste : Sans doute moins sur son passé que vous deux mais certainement plus sur son présent, si du moins on peut appeler cela un présent !

 

Le marin (à Stradling) : Ce qu’il veut dire, mon Capitaine, c’est que M. Selkirk vient une fois par mois acheter ses provisions dans le magasin d’en face et boire ici son verre de lait de chèvre, à l’écart de tous.

 

Stradling (songeant) : Du lait de chèvre ? Voilà qui est peu banal mais je crois comprendre…

 

Le marin : Moi aussi ça m’a surpris mais avec ce qu’il a vécu…

 

Stradling (même jeu) : Hier, disiez-vous ? Une fois par mois ? Donc je l’ai raté !

 

L’aubergiste : J’ignore ce qu’il sortira de bon de votre entretien, si tant est que c’est ce que vous recherchez, mais je peux vous aider sur un point : parfois, M. Selkirk revient le lendemain quand toutes ses provisions ne sont pas disponibles le jour où il passe.

 

Stradling (le ton soudain plus élevé) : C’est vrai ?

 

Le marin (qui revient d’une fenêtre) : Si j’étais vous, mon Capitaine, je sortirais car le voilà, M. Selkirk. Si vous tenez vraiment à lui parler…

 

Stradling : Oui.

 

Le marin : Alors laissez-moi faire ! Quittez cette salle un instant avant qu’il arrive et je vais voir si je peux vous l’amadouer, l’Écossais !

 

Stradling (avant de sortir) : Merci, mille fois merci.

 

Le marin : Attendez donc avant de me remercier : ce pourrait peut-être bien que vous me pendiez à la place !

 

Stradling s’en va par une petite porte tandis que Selkirk entre.

 

Selkirk (sans jeter un regard au marin) : Bonjour Monsieur l’aubergiste.

 

L’aubergiste : Bonjour.

 

Le marin (s’approchant de Selkirk, lui barrant presque le passage) : Ça vous dérange si on cause quelques minutes ?

 

Selkirk : Je n’ai rien à dire.

 

Le marin : Alors on dit « Je n’ai rien à vous dire » car j’existe, tout de même ! Vous étiez peut-être le navigateur et je vous devais obéissance, mais à terre, qui plus est après tant d’années, vous m’en voudrez pas de passer à côté de la discipline !

 

Selkirk : Il faut bien faire dans la vie.

 

Le marin : Écoutez, M. Selkirk, je sais que vous avez vécu des choses pas très jolies, tout seul, sur votre île, pendant quatre ans, quatre mois et quatre jours, ça se voit que je retiens, non ?, mais je crois aussi que si l’on regarde qu’une face de la pièce, on perd l’autre partie de l’histoire et dans votre cas, c’est pas une pièce mais dix-huit dont il s’agit, peut-être même plus si l’on compte les morts.

 

Selkirk : C’est-à-dire ?

 

Le marin : Vous savez pas ce qui nous est arrivé à nous, n’est-ce pas ?

 

Selkirk : Non.

 

Le marin : En même temps, ça se comprend… Mais je crois qu’il y a une personne qui vous expliquera tout cela bien mieux que moi et que ce Monsieur, car il s’agit d’un homme, a sans doute beaucoup besoin de parler avec vous.

 

Selkirk (reculant) : Vous ne parlez pas de… ?

 

Le marin : Si, parfaitement. Et à voir votre regard, car nous autres les marins, nous savons lire dans le profond des yeux aussi bien que dans celui de l’horizon, je devine que vous aussi, vous en avez besoin !

 

Selkirk (fermement, en s’avançant) : Certainement pas !

 

Le marin : Jouez pas cet air-là avec moi, M. le navigateur, j’en connais d’autres.... Et puis, entre nous, vous lui devez au moins cela ? Non, vous croyez pas ?

 

Selkirk : Je n’ai rien à dire.

 

Le marin : Et moi je crois que si. Je vais même aller plus loin : j’ai dans la tête que ça vous libérerait pas mal de choses dans la caboche, à commencer par la politesse avec les gens ! Alors, ce que j’en dis, si bien sûr Monsieur l’aubergiste est d’accord, c’est de vous laisser la salle pour vous deux. C’est d’accord, mon ami ?

 

L’aubergiste : Oh que non ! Si c’est pour payer ce qu’ils vont casser, c’est hors de question !

 

Le marin (en regardant Selkirk) : Ils ne casseront rien du tout et je vais vous dire pourquoi parce que je suis peut-être pas fin comme ça mais je m’y connais en bonshommes : le Capitaine, c’est un homme de valeur, vous pouvez me croire, et M. Selkirk, malgré ses grands airs, c’en est un aussi, même si je suis un peu moins sûr sur ce coup-là. Mais de toute façon, j’ai moi aussi une histoire intime avec eux et je veux écouter. Donc, Monsieur l’aubergiste, vous pouvez partir l’esprit tranquille : je garde les lieux.

 

A suivre.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une histoire qui se dévoile peu à peu, riche de son passé et lourde d'un avenir incertain.

On est pendu aux lèvres des personnages (façon de parler).

À suivre...

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Belle inventivité. Le mystère se précise, en quelque sorte, suffisamment pour donner envie de suivre. Le tout dans un contexte typé et sympathique.

Posté(e)
  • Auteur

Merci pour vos commentaires, @Alba et @Thy Jeanin !

Je précise toutefois que je n'ai pas beaucoup inventé car Alexander Selkirk et Thomas Stradling ont bel et bien existé : la tragique histoire des deux est le cœur de la pièce (plutôt leurs retrouvailles qui s'annoncent... difficiles) mais Selkirk est resté célèbre pour avoir inspiré Robinson Crusoé.

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