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Les Deux îles (I, 1)

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Posté(e)

Acte I

La scène se passe dans une auberge du port de Londres, en 1721. L’aubergiste travaille à son comptoir tandis que quelques clients, des marins pour la plupart, sont à table. Un homme boit seul, à l’écart, et tous semblent l’ignorer ou, du moins, ne pas faire attention à lui. La lumière est fortement tamisée en raison de la fin du jour mais les vitres crasseuses de l’auberge lui donnent des airs de fantasmagories dansantes.

Scène 1 – Selkirk, le marin, l’aubergiste, des clients

Le marin (entrant avec son baluchon et s’installant au comptoir au pied duquel il laisse tomber son sac) : Bien le bonsoir, Monsieur l’aubergiste !

 

L’aubergiste : Vous désirez, Monsieur ?

 

Le marin : Diantre ! Quel ton ai-je donc employé pour être si mal servi à peine arrivé ? J’ai peut-être le gosier sec mais j’ai de quoi l’étancher, si c’est votre inquiétude, mon bon sire !

 

L’aubergiste : Vous me pardonnerez mon ton un peu froid, Monsieur, mais je n’ai pas pour habitude, même au milieu des marins comme vous, de m’en tenir pour quitte quand on entre chez moi comme en terrain conquis.

 

Le marin : Mes excuses, Monsieur ! Je croyais pas vous manquer de respect, vous pensez bien, mais c’est que les camarades et moi venons de débarquer et il nous faut, comme qui dirait, de l’amusement ! La pêche a été bonne, la solde est à la hauteur et j’espère bien pêcher encore ce soir si vous voyez ce que je veux dire ! Mais, je dois vous l’avouer Monsieur, j’ai, il est vrai, adopté comme qui dirait une bien mauvaise posture lors de mon entrée : il faut m’en excuser, je le répète, mais vous me paraissez homme de confiance et, quant à moi, je marche qu’à la physionomie. Alors, je peux vous faire une confidence ?

 

L’aubergiste : Dites toujours, il est de mon métier d’écouter.

 

Le marin : Votre tête me plaît, mon ami, alors je vais parler. Les oreilles qui savent écouter sont rares et c’est pas toujours dans votre métier qu’on trouve les meilleures : l’habitude d’écouter, j’imagine, vous fait perdre l’envie d’entendre ce qu’on ressent, n’est-ce pas ?

 

L’aubergiste : Venez-en donc aux faits, je vous prie !

 

Le marin : Ciel ! Voilà qui est parlé comme un capitaine ! Et en bon marin qui a plus de trente années de carrière sur les flots derrière lui, je réponds avec obéissance ! Voilà ce qui explique ma posture un brin désinvolte, mon cher confrère en confidences : le nom de votre auberge. Les Cinq ports, ce n’est pas banal ; ça m’a intrigué, voyez-vous.

 

L’aubergiste : Alors laissez-moi éclairer votre confidence, ainsi ne m’en ferez-vous plus d’autres. J’ai plus que vous avec quatre décennies dans mon métier et Londres est le cinquième port où j’installe mon commerce : avez-vous maintenant la tête éclairée ou dois-je aller plus loin ? Ne m’en veuillez pas de ma brusquerie mais j’ai une auberge à faire tourner, on est le soir, les clients arrivent et je suis seul pour les satisfaire. Alors ou vous vous décidez à consommer et vous me dites ce que vous souhaitez, ou vous partez, mon bon Monsieur !

 

Le marin : Oh, quel ton ! J’en ai fait des ports dans ma vie, et des auberges comme la vôtre, Monsieur, que je crache si je mens, c’est l’une des meilleures qui m’eût été donnée de voir ! La seule qui soit son équivalente, croyez moi ou pas, c’était Aux quatre esclaves, un bon petit coin français que j’ai visité lors d’une escale dans leur comptoir de Saint-Louis. Je m’en souviens encore : on y avait fêté la libération contre rançon de son administrateur ! Et que ça dansait là-dedans ! On a beau dire : nous les Anglais, nous sommes libres mais les Français, eux, sont des damnés de la fête ! Mais là où vous m’étonnez, Monsieur l’aubergiste, c’est que vous avez pas l’impression de connaître la légende du nom de votre auberge.

 

L’aubergiste (levant la main) : Que trop ! N’en rajoutez pas !

 

Le marin : Non ? Vraiment ? Alors pourquoi ce nom ?

 

L’aubergiste (plus doucement, comme s’il avait peur d’être entendu) : Je ne suis là que depuis quelques années mais j’ignorais l’origine du nom dont vous parlez… Quel scandale l’on m’a fait à l’époque ! La colère de cet homme… Si on ne l’avait pas retenu…

 

Le marin (riant) : Ah, je reconnais bien là le navigateur Selkirk ! Cet Alexander, il valait peut-être pas l’autre, celui des Grecs, je sais plus, vous me pardonnez mon ignorance, mais quel tempérament !

 

L’aubergiste (avec des mains pressantes) : Plus bas, Monsieur !

 

Le marin (plus fort) : Mais qu’avez-vous ? Alexander Selkirk était un fier Écossais, marin de première et de colère encore plus déchaîné ! A voir votre tête, l’aubergiste, je fais le pari que vous le connaissez ? Je sais pas s’il est encore de ce monde à danser avec le diable comme il le faisait mais c’était un caractère ! Il a passé combien de temps, sur son île, seul, à discuter avec ses chèvres ? Je sais plus, il faut m’aider… Trois ans, quatre ans ?

 

Selkirk se lève et se dirige vers le comptoir. Tout le monde le regarde en silence.

 

Selkirk : Quatre ans, quatre mois, quatre jours pour être exact. Cela vous rapproche-t-il de trois, de quatre ou même de cinq ans ?

 

Le marin (après un temps) : Bonté divine ! Mais c’est vous ! J’y crois pas ! M. Selkirk en personne dans une auberge qui s’appelle Les Cinq Ports, c’est pas Dieu possible ! Mais c’est que vous m’avez l’air en pleine forme, Monsieur, alors que si mes souvenirs me font pas défaut, moi et ma caboche vous pensez !, vous devez bien avoir, sauf votre respect, quelques bonnes années de plus que moi ? Et regardez cette barbe : celle de mon père, quand il coula au large de Bonne-Espérance, vous parlez d’un nom !, avait déjà la couleur poivre et sel et, si je puis me permettre cette remarque à celui qui fut malgré tout un bon père pour moi, elle virait plus vers le sel que vers le poivre ! Ah ! Ah ! Ah !

 

Selkirk : Moi, quand je joue seul aux échecs, je n’aime que les noirs. Quand j’y joue à deux aussi d’ailleurs mais cela ne m’arrive jamais.

 

Il sort. Le marin regarde l’aubergiste d’un air surpris.

 

Le marin : Il est toujours aussi ronchon, le père Selkirk !

 

L’aubergiste : Il n’aime pas la compagnie, encore moins qu’on parle de lui. Si vous aviez été moins occupé à votre personne, vous l’auriez remarqué dès votre entrée : il était seul, au fond, à boire comme chaque mois son verre de lait de chèvre.

 

Le marin : Quoi ? Du lait de chèvre une fois par mois ? Voilà deux lubies qu’il faut m’expliquer ou je suis plus marin, foi de Neptune !

 

L’aubergiste : M. Selkirk ne vient à Londres qu’une fois par mois pour s’acheter des provisions dans le magasin d’en face. A chaque fois il s’arrête ici pour prendre un verre de lait de chèvre qu’il élève seul, dans les plaines. On lui connaît une amourette assez déplacée si vous voulez mon avis, une gamine de seize ans avec un homme de cet âge !, mais pas plus. Et surtout, Monsieur le marin, il n’aime pas beaucoup qu’on parle de lui.

 

Le marin (après un temps) : Si j’avais su… Mais ça me fait penser… Oh et puis zut ! J’y réfléchirai à tête reposée demain ! Je vous obéis, Monsieur, donnez-moi du vin !

A suivre.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Des personnages bien campés et hauts en couleur, un début intéressant qui donne envie de lire la suite.

Des rebondissements en vue !

( ͡° ͜ʖ ͡ -)

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une scène d'exposition originale qui reste assez énigmatique pour qu'on en désire savoir plus.

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