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Le Gladiateur du Temps

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Le Gladiateur du Temps

 

Un cri le tira brusquement du sommeil. Un hurlement collectif, métallique, qui vibrait jusque dans ses entrailles. Le cœur battant, le jeune écrivain ouvrit les yeux, mais ne reconnut rien autour de lui. Un soleil de plomb l’éblouissait. L’air sentait la poussière, la sueur et le sang chaud. Quand sa vue s’éclaircit, Mathieu comprit qu’il n’était plus dans sa chambre, mais au milieu d’une arène gigantesque, cernée par des gradins en pierre où se pressaient des milliers de spectateurs.

Les cris reprirent, plus puissants, plus précis. Des hommes, torse nu, brandissaient des épées et des filets. Le sable, rougi par des traînées de sang, collait à ses jambes nues. Il baissa les yeux : il portait une tunique de lin grossier, une armure de cuir, et dans sa main tremblait un glaive émoussé.

Son nom, scandé par la foule, ne lui disait rien. Pourtant, elle l’acclamait. Mathieu comprit avec effroi qu’il faisait partie du spectacle. Un autre homme s’avança vers lui. Les clameurs devinrent un rugissement. L’adversaire levait déjà son épée. Instinctivement, il recula d’un pas, cherchant une issue, quelque chose de familier où se raccrocher, mais tout ici obéissait à une implacable cohérence : le soleil antique, les pierres chauffées, l’odeur âcre du fer…

Un coup fendit l’air à quelques centimètres de son visage. Il eut le réflexe de se baisser, sentant le souffle de la lame passer au-dessus de sa tête. Sans réfléchir, il tendit son glaive, para, riposta, recula. Comme si son corps savait combattre avant lui. Les gestes venaient d’eux-mêmes, précis, presque naturels. Mais il sentait déjà la fatigue monter.

Alors, une idée surgit. Un souvenir de lecture, en fait, qui le sauverait. Il observa l’arène : le sol creusé recélait des trappes de bois couvertes de sable par où devaient surgir les fauves. Profitant d’un instant où son adversaire se vantait en levant les bras vers le public, il courut vers une trappe et s’y faufila. Les cris de la foule redoublèrent.

Le jeune écrivain se glissa vers une sortie latérale. Il arracha son armure et courut droit devant lui. Les couloirs débouchaient sur une grande porte en bois. Le tumulte d’une ville ancienne monta vers lui : Rome, à son apogée. Des colonnes, des vendeurs criant sur les marchés, des chevaux piaffant... Le cœur battant, il erra, hébété, tentant de comprendre.

Comment était-il arrivé là ? Était-ce un rêve ? Une hallucination ? Matthieu se pencha vers un bassin d’eau claire pour y voir son reflet. Ce n’était plus tout à fait son visage. Le sien, oui, mais plus jeune, plus dur, tanné par le soleil. Des cicatrices barraient ses joues. Ses mains, calleuses, ne ressemblaient pas à celles d’un homme du XXIe siècle.

Affolé, il s’enfuit à travers la ville. Partout, le latin résonnait, fluide, compréhensible à ses oreilles comme s’il l’avait toujours parlé. Il sentit poindre une peur vertigineuse : et si ce monde était le vrai, et 2026 un simple rêve ? Il erra ainsi jusqu’à la nuit. C’est alors qu’il vit un phénomène étrange : à mesure que la Lune montait, l’air vibrait au-dessus du sol, comme une brume mouvante éclairée de l’intérieur.

Le jeune écrivain s’approcha. À travers cette vibration, il crut distinguer des images : des phares de voiture, un immeuble moderne, un écran allumé ; autant de fragments du monde d’où il venait. Il n’hésita pas. Quand il passa cette frontière invisible, tout se brouilla. Les bruits de Rome se firent lointains, engloutis par un bourdonnement grave. Puis ce fut le vide.

Il rouvrit les yeux dans sa chambre. La pénombre familière le rassura un instant, jusqu’à ce qu’il remarque le sable éparpillé au pied du lit, et la trace rouge sur sa main. Il tenta de rire. Un rêve, oui… seulement un rêve. Mais il remarqua, sur sa table de nuit, un petit objet de bronze. Un denier romain, usé, lisse sur les bords.

Il se leva, perplexe, encore tremblant. Les bruits du matin montaient à travers la fenêtre. Il tenta de se raisonner : il avait sans doute lu trop d’articles, vu trop de films historiques.  Pourtant, tout au long de la journée, il resta distrait. Au travail, il sentit ses collègues parler sans vraiment les entendre. À un moment, il fit tomber son stylo ; il le ramassa avec une rapidité incroyable. Ses gestes étaient devenus plus précis, plus assurés.

Et cette nuit-là, quand il se recoucha, il hésita avant d’éteindre la lumière. Son regard tomba sur le denier. Il le fit tourner entre ses doigts. Une face montrait l’empereur Titus, l’autre une arène entourée de spectateurs. Alors qu’il fermait les yeux, les bruits de la ville s’éteignirent, remplacés peu à peu par une rumeur familière. Des clameurs, des tambours, et quelque part, le rugissement d’un lion.

Il comprit que l’arène n’était pas un rêve, mais une porte. Et que, peut-être, elle n’avait pas fini de l’appeler pour des exploits bien involontaires…

 

FIN

Posté(e)

J'ai eu l'impression de lire un mixte entre le film Gladiator et le tableau de Jean-Léon Gérôme Pollice Verso : votre récit, comme toujours, est vraiment immersif et, pour le coup, très visuel !

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci beaucoup, Nils, pour ces mots si fins !

J'ai adoré (bizarrement) me mettre dans la peau de Mathieu et vivre cette aventure hors-norme !

(¬‿¬)

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Subtil, ce sas étrange qui relie deux époques. Il en naît des effets spéciaux! Je ne serais pas rassuré pour m'endormir! En revanche, quelle aubaine pour maîtriser le latin par des séjours in vivo! C'est la locution idoine pour ce réalisme très réussi. Bravo!

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci Thierry pour cette lecture et ce commentaire !

Oui, un grand réalisme, je me suis imaginée dans un grand cirque romain, couverte de sang et de sueur. Presque du vécu ! J'y étais...

Mon imagination est capable de me faire vivre des expériences incroyables, je n'ai plus ensuite qu'à décrire très vite ce que je vois, avant de passer à la scène suivante. Un vrai rêve éveillé. Effrayant ? Non, jubilatoire...

( ͡° ͜ʖ ͡ -)

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