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Les rêves jamais ne se délogent

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

La concierge est dans l'escalier,  ou dans sa loge vitrée avec un petit rideau bleu et un plumeau orange.

Sa loge, c'est comme une cage dont la porte est toujours ouverte.

Elle n'est jamais loin de ses pensionnaires.

Des fois, elle a trois bigoudis au sommet du crâne, c'est que le vendredi soir, elle va manger chez son fils, rituel immuable dont elle se passerait bien, tant la distance est grande, elle sent bien le mépris de sa belle-fille Lucette, qui a du mal à admettre que son mari n'ait pas réussi à avoir une mère moins ordinaire.

Le regard de son fils impuissant la dérange, elle ne se souvient pas du rire de son petit-fils, il dort quand elle arrive, elle peut le voir dans la pénombre quelques secondes.

Elle a hâte de retourner dans sa loge.

 

Bien entendu, elle s'appelle Germaine.

C'est une de ces Germaine d'autrefois, solide, avec un cœur et des mains qui apaisent les bobos de tous les bobos.

Elle ne compte pas les marches qu'elle lessive chaque jour, en rêvant d'un improbable ascenseur qui aurait pu lui faciliter les tâches physiques auxquelles elle s'adonne volontiers d'ailleurs ; elle sourit et ne rechigne devant rien.

Quand elle était petite On lui avait demandé « que veux-tu faire, plus tard ? »

Elle avait répondu « concierge » et ce n'était pas pour de rire.

 

Alors quand On lui a dit qu'il lui faudrait désormais chercher un autre travail, elle n'a pas compris.

Elle en a parlé aussitôt aux locataires de l'immeuble, espérant quelque appui.

Ils ont été assez évasifs, pour eux c'était du changement, pourquoi pas, ils n'ont pas réfléchi.

 

Déçue, mortifiée, Germaine a plié ses affaires, réuni ses économies et s'est retrouvée sur le grand boulevard qu'elle avait vu naître de sa fenêtre depuis plus de trente ans, un peu perdue.

Elle est entrée dans un café, a commandé un petit blanc pour noyer le sang au fond de son verre et a observé la vie tout autour.

Elle s'est aperçue que beaucoup de choses lui avaient échappé.

Dans sa loge, elle ne voyait pas plus loin que le bout de sa serpillière parfumée de rêves.

 

Ainsi, il y avait d'autres gens, d'autres rues ! Et des immeubles si hauts ! Elle s'est tordu le cou pour compter les étages en pensant aux femmes de ménage.

 

Elle a marché longtemps, entre arbres et gens et peu à peu sa déception et son inquiétude se sont envolées.

Elle a semé presque toutes ses affaires derrière elle,  à des âmes dans de drôles de loges en cartons sous des ponts puants.

Son sac s'est fait plus léger, son cœur aussi.

 

Lors de sa dernière halte avant la nuit, elle a pris un billet de loterie, comme ça, au hasard, le premier, le dernier, dans un kiosque qui allait fermer, ça ne lui était jamais arrivé.

Elle a dormi dans un petit hôtel miteux, dans une chambre minable, mais le lendemain matin il y avait un ciel si limpide, tant de soleil, qu'elle a senti que ce serait un jour avec des oiseaux migrateurs.

Elle a commandé un petit noirâtre dans un café misérable et a lu le journal.

Son billet était gagnant !

 

 

Germaine a acheté un petit immeuble au fond d'une impasse fleurie avec une belle loge au rez-de-chaussée, en fer forgé, ouverte aux quatre vents.

Elle a acheté des rideaux vaporeux, blancs, de ceux qui caressent les murs sous la brise, un seau espagnol, un grand poster de l'océan avec des goélands au-dessus et dedans, un lit à baldaquins, des livres et des boîtes à musique avec des danseuses en tutu de tulle rose ;

à mi-temps, elle avait l'impression d'avoir vingt ans et dans ses yeux sont revenus les mouettes et de gros morceaux d'océan.

 

 

Quand Lucette est venue voir sa nouvelle loge, un matin de printemps, elle souriait et Germaine ne la reconnut pas tout de suite.

« Pouvez-vous me garder le petit quelques heures ? »

Germaine était aux anges, c'était la première fois !

Elle prit la menotte avec avidité, en regarda sur la paume chaque petit sillon rose à peine tracé.

Elle le prit dans sa chair de plein fouet. 

 

« Comme quoi, avoir sa propre loge procure des avantages », se dit-elle en caressant les boucles d'ange

de son fils.

(J.E. janvier 2019 – petites histoires ordinaires)

Posté(e)

J'ai écris un petit texte qui s'appelle Germaine il faudra que je le mette ici, je verrais bien une section textes et éssais.

Cette histoire de la concierge me dit que la chance peu tourner. 

C'est bien écrit.

Posté(e)

J'ai pensé au "Hérisson" avec Balasko.J'aime tes petites histoires peuplées de gens humbles pas si ordinaires que ça. merci Jo et bravo encore.  

Modifié par Frédéric Cogno

Posté(e)

C'est comme au cinéma! Je vois dans ta prose, une certaine dénonciation du nombrilisme... On ressort de ton texte avec quelques questions existentielles...

 

J'ai une interrogation pour la fin ceci dit: ce n'est pas la main de son petit-fils qu'elle tient, plutôt que celle de son fils?

Posté(e)

Une belle histoire ! ❤❤❤

Posté(e)

Toujours des histoires qui nous renvoient à des personnes familières, cette concierge nous l'avons tous connue dans un immeuble, elle était au courant de tout, maintenant les concierges à disparaître et les gens âgés sont de plus en plus isolés dans leur appartement.

j'ai beaucoup aimé " la serpillère parfumée de rêves ", nous avons trop souvent tendance à oublier que les humbles ont des rêves à leur mesure.

Posté(e)

Tu nous emportes joliment d'une image à l'autre sur le sort de cette humanité que nous croisons sans la voir. Comme Frédéric, j'ai de nouveau pensé au Hérisson dont nous avons parlé l'autre jour, mais ensuite tu nous as emmené vers "La liste de mes envies" de Delacourt et cette seule envie de la vie qui se poursuit à la fin vient couronner le voyage. Bravo Joailes !

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

@Cisco nous aurons bientôt, je pense, un lieu où publier nos historiettes et autres textes, c'est en cours. 

 

@Frédéric Cogno merci pour tes commentaires toujours gentils ! 

 

@Notabene si effectivement, elle tient la main de son petit-fils, mais, partie en plein rêve, elle se souvient de son fils quand il était petit et les deux se confondent dans son esprit ... merci ! :)  

 

@Jeannine B merci pour ta lecture !

 

@Fleur de Poème merci !

 

@Papy Adgio : tes commentaires me flattent et je les lis en ronronnant d'aise :) 

 

Comme vous le voyez, après le @ un seul nom, le premier, s'est mis en surbrillance ...   je cherche le pourquoi du comment. 

Posté(e)

Tu nous emmènes droit au cœur avec beaucoup de simplicité. 

Ta poésie prend la forme d'une nouvelle, comme quoi en poésie tout est possible. Nulle règle sauf celle de s'affranchir de toutes les règles !

Posté(e)
Il y a 16 heures, Cisco a dit :

je verrais bien une section textes et éssais.

Comme répond fort justement @joailes ensuite, c'est en cours et arrivera sous peu. Comprendre au plus tard début février 😉 

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