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Belle-Ile-en-Mer

Featured Replies

Posté(e)

Leurre, certains jours tout est leurre…

 

A l’heure dite, l’autocar nous dépose sur le port de Sauzon. Au printemps, il rutile de mille nuances offertes au soleil de midi. Une terrasse claire sur l’océan limpide invite à la paresse.

 

Une fois rassasiés, nous mettons le cap sur le phare des Poulains en suivant le sentier du littoral.

 

Premier paradoxe : une côte rude permet de grimper vers l’Atlantique.

Plus loin,  nous plongeons vers le bord de mer flanqué d’ajoncs jaune splendeur.

 

Face à nous, Quiberon exhibe sa presqu’île animée.

 

La côte se dévoile peu à peu, morcelée, déchiquetée, issue de combats titanesques qui l’ont domptée et qui la dompteront encore. Le chemin se fait sentier et nous nous frayons lentement un passage entre les rameaux épineux et odorants.

 

Au loin, le phare ébauche une coupole frêle sur l’horizon. Il se dresse à portée de regard. Il nous faudra peu de temps pour le rejoindre.

 

Alors, nous baguenaudons.

 

Nous sommes en avril. Le chant de sirènes nubiles frétille aux oreilles du large. Il s’apaise pour accoster sa belle et devient presque timide.

 

… simple spasme, caresse exquise…

simple souffle, contact subtil…

simple syllabe, discours docile…

 

 

Second paradoxe : dans ses rêves d’avenir l’océan se mue en mer. Le sud l’aborde par bâbord et les aubes se font étales. La quiétude endort l’horizon et l’existence même des marées se fait illusoire. Son zénith à peine franchit, le soleil fulmine de myriades de paillettes.

 

Il suffirait pourtant qu’une simple idée noire se plisse entre les tempes d’un cumulo-stratus pour qu’explose un détour de l’existence. Et qu’il tance sans attendre la colonne vertébrale de l’île. Sans sourciller, il pourrait la zébrer d’éclairs vifs et cinglants.

 

Nous, nous avons soudain le coup de foudre pour ce havre méditerranéen au milieu de l’océan. La végétation fredonne des airs de maquis aux notes d’euphorbe, d’hélianthème, de valériane et d’orchidée sauvage. Les sens voguent à plaisir sur des essences subtiles et volatiles. Mais il faut être attentif car dans cette profusion, les voies sont multiples.

 

Troisième paradoxe : la sérénité du paysage est chargée de chausse trappes qui imposent la vigilance. Ne pas dévier du projet : se tenir au plus près des flots et poursuivre dans l’axe du Poulain, amer indélébile sur notre rétine septentrionale. La topographie tout à l’heure si limpide se complique peu à peu. Nous n’avions pas anticipé les multiples chaos à subir, de criques profondes en sommets éventées si bien que notre point de mire oscille des crêtes aux creux de l’itinéraire.

 

Durant deux heures, les choix se succèdent et les suppositions s’enchaînent. Mais toujours, le spectacle est grandiose. La brise s’excuse presque d’effleurer quelques pétales surpris. Une sterne paresse sur un rocher endormi. Un pourpier s’enivre du murmure des ajoncs. Un cormoran endeuillé pleure son enfance envolée face à des gouffres obscurs. Les pas succèdent aux pas dans le silence et la douceur de la marche attentive.

 

Au sortir d’un bosquet plus adulte que ses frères, le phare nous dévoile enfin sa silhouette.

 

Dernier paradoxe : ce Poulain-là n’est pas fils de Jument ! Il campe, les sabots plantés dans la lande et lance des clins d’œil ravageurs aux sirènes du large.

 

Fier, il espère des escales qui lui rehaussent le cœur et lui tourmentent les sens.

 

Il souhaite de l’action. Il désire de la peur. Il escompte des peines pour offrir de ses rênes des avenirs complices.

 

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Photo Papy Adgio - Le phare du Poulain - Belle-Ile-en-Mer (56)

Modifié par Papy Adgio

Posté(e)

Encore un texte enchanteur! Sous votre plume la moindre parcelle de nature nous offre un nouveau langage. Même la brise paraît sexuée. Le poète est soudain en communion directe avec le photographe, le conteur ou le cinéaste. Mais le plus merveilleux c'est que vous parvenez à faire transpirer toute la sagesse de ces paysages. J'aime beaucoup 

Bravo mille fois.

Posté(e)
  • Auteur

Mille fois merci mais vous allez faire gonfler mon  plastron !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Ton plastron peut bien exploser, @Papy Adgio tu nous emmènes à chaque fois dans un beau voyage et tes photos sont superbes ! Merci pour ces instants hors du temps ❤️ (je soupçonne quelqu'un de me piquer mes cœurs bleus, je n'en ai jamais assez pour toutes les perles que je lis ici ... 😞 )

Posté(e)

Aaaaah, Belle-île........ Mon coeur était conquis dès le titre! Merci de m'avoir ramenée en vacances ❤️

Posté(e)

Jolie photo, j'y étais allé enfant. Votre description de paradoxe en paradoxe m'a rappelé quelques souvenirs à travers un riche vocabulaire. 

Posté(e)
Le 16/01/2019 à 15:49, Papy Adgio a dit :

Il suffirait pourtant qu’une simple idée noire se plisse entre les tempes d’un cumulo-stratus pour qu’explose un détour de l’existence. Et qu’il tance sans attendre la colonne vertébrale de l’île. Sans sourciller, il pourrait la zébrer d’éclairs vifs et cinglants.

 

Le 16/01/2019 à 15:49, Papy Adgio a dit :

Un cormoran endeuillé pleure son enfance envolée face à des gouffres obscurs.

Que dire et ajouter aux éloges méritées. C'est un texte de très grande qualité. Si les guides de voyages nous offraient ce type de littérature, nous serions très souvent conquis avant même que de commencer le déplacement. C'est une immersion profonde au cœur des paysages, de la faune, de la flore et comme toujours, entrelacées de mini pauses philosophiques, pour prendre de la hauteur. Ces textes sont de petites perles authentiques, sans clinquant ni marketing, du vécu à hauteur d'homme, conté avec une grande sensibilité humaine. J'aime beaucoup. 

Modifié par Invité

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