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Sylvia et son troupeau

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Sylvia et son troupeau

 

 

 

Quand Sylvia annonça à ses collègues de l’agence de communication « Pixel & Com » qu’elle quittait Paris pour « se reconnecter à la nature », un silence gêné suivit.


- Tu veux dire… faire du yoga dans une grange ? avait risqué Élodie.


- Non, répondit Sylvia avec un sourire radieux. J’ai acheté une ferme. Enfin… une demi-ferme. Et un troupeau de vaches.

 

Les plus cyniques avaient éclaté de rire bruyamment. Les autres lui avaient donné trois semaines avant qu’elle ne revienne, décoiffée, terrifiée et couverte de boue. Mais Sylvia, galvanisée par ces pronostics méprisants, avait pris le premier train pour la Creuse, avec dans ses bagages trois valises, un ordinateur, et un livre intitulé « Élever son premier troupeau en dix étapes simples ».

 

Le domaine qu’elle avait acquis sur catalogue, La Petite Vallée, ressemblait davantage à un décor de film qu’à une exploitation agricole : des collines vert pâle, un ruisseau joyeux, et surtout, quinze vaches limousines aux yeux doux et tendres.


Ces dernières la dévisagèrent longuement lorsqu’elle ouvrit la barrière. L’une d’elles, plus massive que les autres, beugla comme pour dire : « Regardez-moi cette touriste avec ses bottes toutes neuves ! ».

 

Sylvia s’approcha, la main tendue, un sourire aux lèvres.


- Bonjour, mes belles ! On va bien s’entendre, vous et moi.

 

En guise de réponse, la vache dominante éternua, la couvrant d’une pluie d’herbes mâchées et d’un filet de bave tiède. Ce fut son premier baptême.

 

Les jours suivants furent un festival de catastrophes champêtres.


Sylvia se leva à cinq heures « parce que les fermiers font ça », mais s’endormit sur un seau à sept heures. Elle tenta de traire une vache et tira sur le pis avec tant d’enthousiasme que le seau finit renversé et la fermière en larmes. Quand elle voulut réparer la clôture électrique, elle apprit de manière brutale que « électrique » n’était pas un simple mot sur un panneau.

 

Le voisin, un jeune fermier, Jean-Louis Dumont, observa ces scènes avec amusement depuis la route. Mais dès le troisième jour, il vint proposer son aide avec un bon sourire.


- Vous avez besoin d’un coup de main, mademoiselle ?


- Non, non, tout va très bien, merci ! déclara-t-elle en tentant de déloger sa botte coincée dans une bouse séchée.


Jean-Louis hocha la tête.


- Parfait. Alors, si vous survivez à la mise bas de dimanche, je vous paie un café.

 

La mise bas arriva plus tôt que prévu : à minuit et sous une pluie battante. Le livre des « dix étapes simples » était introuvable, probablement mangé par une vache. Sylvia, paniquée, appela Jean-Louis.


- Jean-Louis ! C’est urgent ! Je crois que Marguerite… euh… elle fait un bébé ?

 

Dix minutes plus tard, le jeune homme surgissait sous l’averse, lampe frontale sur le front, calme et précis. Tandis que Sylvia tournait en rond, il s’agenouilla près de la vache.


- Respirez, mademoiselle Sylvia. Tout va s’arranger.

 

Ce fut une nuit d’émotions et de boue. Jean-Louis fit naître un magnifique veau brun, que Sylvia baptisa spontanément Wi-Fi, parce que « c’est le seul truc qui marche ici sans prise ». À l’aube, trempée et grelottante, elle regarda Jean-Louis refermer la barrière.


- Merci. Vous êtes un ange.


- Non, juste un fermier. Mais un ange, ça me va aussi.

 

Dès lors, la routine s’installa. Jean-Louis passait « par hasard » chaque matin pour s’assurer que « tout allait bien ». Il lui apprit à reconnaître les herbes de pâture, à conduire le vieux tracteur bleu (pas simple, il fallait démarrer avec une clé à molette), et à parler « vache », c’est-à-dire interpréter les mugissements avec justesse.

 

Sylvia, de son côté, renoua avec les bonheurs simples. Elle découvrit la satisfaction d’un pré tondu à la main, le plaisir d’un lait tiède, et le luxe suprême : le silence. Ses amis parisiens lui écrivaient des messages du genre « Tu tiens le coup ? » auxquels elle répondait fièrement avec des selfies, la montrant entourée de ses vaches.

 

Mais il y eut aussi des drames : la fuite collective du troupeau vers le village (« C’est la transhumance ! » cria Sylvia pour sauver la face), la livraison d’un aliment pour poules au lieu de fourrage pour bovins, et cette fois où elle tenta d’attraper une vache récalcitrante avec un parapluie arc-en-ciel. Les habitants du coin en parlent encore.

 

Un soir, après avoir ramené le troupeau après une escapade dans le bois voisin, Jean-Louis l’invita à dîner.


- Vous méritez bien un repas chaud après vos exploits, dit-il en allumant un feu dans la cheminée.

 

Ils parlèrent longtemps, de tout et de rien. Sylvia lui raconta Paris, les afterworks et les mails à minuit. Jean-Louis lui parla de ses bêtes, de ses parents, de l’odeur de la terre après la pluie. Le jeune fermier rit en se souvenant de sa première vache récalcitrante. Elle rit encore plus fort en pensant à son parapluie. Quand il lui proposa de danser au milieu du salon, elle accepta. Et dans ce moment suspendu, elle sut qu’elle n’aurait jamais envie de repartir.

 

L’été suivant, la ferme La Petite Vallée prospérait. Sylvia, désormais experte en seaux, bottes et clôtures, organisait les journées de la ferme avec aisance. Elle parlait de ses vaches comme d’amies : Marguerite la douce, Rosette la têtue, et Wi-Fi, devenu un superbe veau plein d’énergie.

 

Un matin, alors qu’elle notait les rations dans un carnet, Jean-Louis arriva avec un air mystérieux.


- Les voisines disent qu’on ne peut pas être deux fermiers célibataires côte à côte, ça dérange les vaches.


- Ah bon ? fit Sylvia, sceptique. Et que proposez-vous ?


- D’y remédier. En bonne et due forme.

 

Il sortit un petit écrin de sa poche.


Sylvia manqua de lâcher sa ration de foin.


- C’est une blague ?


- Non. Mais si ça peut aider, on peut le dire aux vaches en premier.

 

Les limousines assistèrent, impassibles, à la scène. L’une d’elles beugla, comme pour donner son consentement.

 

Quelques mois plus tard, le mariage fut célébré dans la grange rénovée. Les vaches, lavées pour l’occasion, regardaient la fête depuis le pré, décorées de rubans rouges.


Élodie et les anciens collègues de Paris avaient pris le train pour « voir ça en vrai ». Grognant contre la boue, ils ne purent en croire leurs yeux : Sylvia, bronzée, heureuse, et chaussée de bottes crottées, dansait au bras de Jean-Louis.

 

Le buffet proposait des produits de la ferme, le photographe immortalisa même Wi-Fi posant avec le bouquet. Quand le soleil se coucha ce beau soir-là, Sylvia leva son verre.


- Vous savez quoi ? dit-elle, espiègle. J’ai enfin trouvé le bon réseau. Pas le Wi-Fi, non : celui du cœur.

 

Les vaches, elles, se contentèrent de ruminer paisiblement. Après tout, elles savaient depuis longtemps que tout cela finirait bien.

 

 

FIN

 

Modifié par Alba

Posté(e)

J'aime bien ton récit champêtre, pastoral, qui finit bien.

J'ai bien aimé lire ta création. Avec le sourire. Et le clin d'œil de quelqu'un qui connaît les fermes sans être paysan, ou agriculteur.

C'est vert, c'est joyeux, ça fait du bien 😉

Modifié par Errances

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci beaucoup pour ce commentaire et cette lecture, Errances !

Les vaches sont privées de Salon de l'Agriculture cette année. Ce récit humoristique, aimable romance sans prétention, est avant tout un hommage qui leur est rendu !

Elles le méritent bien !

Posté(e)

Voila une reconversion vachement bien réussie !

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Un jeu de mots amusant et tout à fait bien venu, merci Nils pour cette lecture !

Mais je ne suis guère objective : j'adore les vaches (mais pas dans l'assiette, quand même) !

( ͡~ ͜ʖ ͡° )

Posté(e)
  • Semeur d’échos

C'est tendre, c'est léger, ça sent bon le foin et les histoires qui finissent bien.

Un petit remontant parfait pour les jours de pluie ! ( ͡° ͜ʖ ͡ -)

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci pour cette lecture, Joailes !

Une romance sentimentale dont le bonheur sans mélange affiché doit néanmoins faire soupirer les premiers concernés : les éleveurs, confrontés aux ravages de la dermatose bovine.

Les paysans sont des héros un peu oubliés, de nos jours...

⊙︿⊙

Posté(e)
  • Semeur d’échos

L’amour est dans le pré.

Posté(e)

Non ! C'est une bague, au risque de couper les ailes à mon humour !

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci pour vos commentaires si fins, Jeep et Alain, j'ai beaucoup apprécié !

Les paysans ont bien besoin de soutien, par les temps qui courent...

⊙︿⊙

Posté(e)

@Alba on sent combien tu as mis de tendresse et de joie dans ce récit plein de chaleur et de lumière! J'ai pris beaucoup de plaisir à le lire, il est si ... rafraîchissant, je dirais. Sylvia est adorable dans ses maladresses, ses apprentissages et cette douceur qui s'installe autour d'elle. Ton texte respire la bienveillance et ça fait du bien!( ͡~ ͜ʖ ͡° )

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Belle analyse de ce texte et fin ressenti à la lecture, Vol Au Vent !

Oui, tendresse, amusement, romance, et une certaine naïveté assumée, tout y est !

Un joli conte pour enfants sages...

( ͡°_ʖ ~)

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un récit plein d'une tendresse bien méritée. La ruralité n'est pas que misère!

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci Thy Jeanin pour ces mots sagaces !

La France dispose de richesses naturelles et agricoles exceptionnelles. C'est un véritable trésor dont on n'a pas véritablement pris la mesure. Quand on pense que ce pays importe en grande quantité ce qu'il produit pourtant. Certains choix (?) politiques me dépassent (ou me sidèrent).

PS : "Pas de politique au lycée !"

( ͡~ ͜ʖ ͡° )

Modifié par Alba

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