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Posté(e)
  • Semeur d’échos

 

          Parti ! Me voilà parti à la retraite. Je jette un dernier regard d’ensemble sur mon lieu de travail – presque une seconde maison. Là-haut, au dernier étage, la salle aux baies vitrées où, penché sur mes papiers, stylo-plume à la main, je suspendais mon travail, souvent surpris du temps écoulé. Alors je contemplais la ligne gracieuse des peupliers qui jouxtaient le grillage, pour me rasséréner. Les fins d’après-midi, gris ou éclatants, étaient comme sublimés par leur présence. Tels des pèlerins à l’étape, ils semblaient contempler le vaste horizon des collines bleues. Combien j’eus de la peine à les quitter ! Ma main effleura si fréquemment leur tronc souple et lisse. Je crois qu’avant de quitter l’enceinte du parc, je baisai l’écorce de l’un de ces compagnons silencieux, en guise d’adieu.

 

          Rentré chez moi, je me couchai, ce soir-là, mélancolique mais sans chagrin, et m’endormis, si j’ai bon souvenir, en pensant à mes arbres, que j’avais le sentiment d’avoir malgré moi abandonnés.

 

          Le matin, au jour levé, tasse de café à la main, je m’approchais des fenêtres qui donnent sur mon modeste jardin, petit terrain nu sans autre plantation que quelques buissons ou rosiers. A ma grande stupeur, je vis d’un coup d’œil, un seul – j’en tremble encore – tout le périmètre occupé par une ligne de hautes silhouettes feuillues : des peupliers dansaient, là, comme pour me saluer, dans le vent frais et l’azur serein d’une journée qui promettait d’être belle.

 

          Eberlué, je me vêtis, descendis en hâte dans le jardin et m’approchai doucement d’eux : c’était bien eux ! J’en reconnus plus d’un à des détails qui ne trompaient pas ! Comment… ? Je crus délirer ! Je me précipitai chez mes voisins : avaient-ils remarqué quelque chose dans mon jardin qui m’aurait échappé ? Je veux dire, regardez – à propos des peupliers que voici chez moi ? Eh quoi ? me fut-il répondu, ils se portent très bien, vos peupliers, ne vous inquiétez pas, heureusement, il n’y a pas d’avis de tempête, rassurez-vous… Je ne répliquai rien. Ils m’auraient cru fou. Pour eux, manifestement, « mes » arbres faisaient partie du décor !

 

          C’est ainsi que, mis devant le fait accompli de ce merveilleux événement entré dans la réalité, ma raison ébranlée… s’en fit une !

 

          Disposant de mon temps, désormais, je me sauvai en vacances pour oublier tout cela s’il se pouvait. Je louai une petite maison au bord de la mer. J’y arrivai un soir et m’installai, mes valises aux mains. Il faisait bon, sur la petite terrasse où je savourais je ne sais quoi, en tous cas pas d’alcool ! J’abandonnai à plus tard l’idée de méditer sur les derniers événements qui avaient motivé mon départ. La vue sur la côte n’était gênée en rien. La plage ne se trouvait qu’à quelques pas. Las, je m’assoupis en plein air quelques heures durant, pendant lesquelles tomba la nuit. Soulevant une paupière, je quittai mon transat et rentrai me coucher pour de bon. La mer, là-bas, luisait sous la lune.

 

          Quelque appréhension me fit lever tôt, le lendemain, avant le soleil. Malgré l’opacité de l’air, je sentais que la lumière eût dû être plus forte, dehors. Je sortis à pas de loup sur la terrasse : la mâchoire m’en tomba ! Les peupliers étaient là, en rang d’oignons, bruissant calmement et me masquant la mer.

Comment expliquer pareil miracle au bailleur ? Justement, il devait passer dans la matinée me souhaiter la bienvenue et je n’attendis pas longtemps avant de le voir pousser le portail avec un grand sourire, absolument pas préoccupé de cette ligne d’arbres qui n’existait pas la veille !

 

          De ce jour, je ne me pose plus de question. Ce serait inutile. Fort heureusement, cette étrangeté n’a pas d’autre effet que pacifique. J’ai craint un certain temps que ces compagnons envahissants n’aient quelque mauvaise intention… Sot que j’étais ! Au contraire, grâce à eux, je me sens tellement moins seul !

 

          Il ne leur manque que la parole, quoique le vent, souvent, leur prête sa voix et les aide à me faire signe.

Modifié par Thy Jeanin

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Blanche-neige et les sept nains ? Non ! Thy Jeanin et ses peupliers dansants !

Un récit charmant pour une retraite bien méritée, comme on dit.

( ͡°_ʖ ~)

Posté(e)

Voilà un pot de départ fort original !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

J'adore ce texte, il est d'une tendresse !

C'est le genre d'histoire qu'on aimerait voir arriver pour de vrai.

Ce brave homme qui prend sa retraite, tout mélancolique de quitter ses peupliers, et qui se les retrouve collés aux basques comme des toutous fidèles ...

C'est à la fois complètement absurde et tellement réconfortant ! (Tout ce que j'aime !)

Et puis, quel humour ! "La mâchoire m'en tomba" en découvrant que les arbres lui bouchent maintenant la vue de la mer ...

Et le voisin qui répond tranquillement qu'ils se portent bien, ses peupliers, sans même tiquer !

C'est un régal.

On sent que le narrateur finit par se faire une raison : "Ma raison ébranlée... s'en fit une !"

Il a bien raison, après tout.

C'est doux, c'est farfelu, c'est joliment écrit avec cette poésie discrète des "compagnons silencieux" et franchement, ça donne envie d'avoir, nous aussi, notre petite haie de peupliers fidèles pour nous suivre partout !

(Et je t'assure, j'ai la mienne ! Ce ne sont pas des peupliers, certes, mais c'est pareil !)



Posté(e)

Votre texte @Thy Jeanin est une merveille de pudeur et de grâce. Il en émane quelque chose de profondément émouvant dans cet homme qui part à la retraite, qui embrasse l'écorce d'un arbre en guise d'adieu ... et à qui les arbres rendent la pareille. Le merveilleux n'y est jamais tapageur, il s'installe comme une évidence, presque comme une logique du cœur : ceux qu'on aime vraiment finissent par le savoir. Et cette dernière phrase – le vent qui leur prête sa voix – dit avec une infinie délicatesse ce que la raison ne saurait expliquer. On referme ce texte plus léger qu'on ne l'a ouvert. C'est le signe des belles œuvres ! 🌟

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