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Qu'un dieu vous serve (IV, 3)

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Posté(e)

Scène 3 – Arès, Poséidon, les trois religieux

 

Religieux 1 : Nous revenons auprès de toi pour débattre.

 

Religieux 2 : Nous constatons que tu n’es pas seul, désires-tu que nous vous laissions ?

 

Religieux 3 : A l’inverse, nous pouvons aussi entendre les arguments de ton compagnon.

 

Poséidon, à Arès : Je te repose la question : qui sont ces mortels ?

 

Arès, à Poséidon : Nos successeurs. Le polythéisme n’est plus dans l’ère du temps, vous devrez vous y faire : nous nous faisons vieux.

 

Poséidon frappe le sol de son trident. Les trois religieux sursautent.

 

Poséidon : Eh bien, pas moi ! Les plus fins grains de sable du désert chaud, je les ébranle à ma guise ; les plus grosses pierres des montagnes glacées, je les maintiens pour l’éternité. De la même manière, je peux sauver le pauvre naufragé qui espère encore du secours alors que la nuit répand autour de lui ses vapeurs infernales, quand il erre sur une malheureuse planche de bois, la mâchoire du requin prête à le saisir, ou, au contraire, les canines du loup, quand, épuisé par une longue nage dans les eaux froides, il croit avoir trouver le salut sur la première plage venue, alors que le danger le guette encore plus cruellement. Et de la même manière, le plus riche navire marchand, je le fais sombrer pour faire payer aux mortels le prix de leur inconséquence tout comme, pour récompenser leurs offrandes, je fais ressurgir la frêle barque d’un pauvre pêcheur qui nourrit à peine les siens. Combien de ces galions jonchent le sol des océans, ouvrant leurs entrailles d’or aux simples poissons qui refusent cette pitance ! Et combien à leur tour saluent l’aurore sur les vagues car la couleur qu’elles prennent leur fait espérer les plus belles prises ! Le monde marin est mien et, par les profondeurs marines, c’est l’ensemble du sol qui est mien ! Aussi ne venez pas me dire que je suis vieux, tous autant que vous êtes !

 

Religieux 1 : Quel discours présomptueux ! Te prends-tu vraiment pour un dieu ?

 

Religieux 2 : Pourquoi, tous les deux, avez-vous tant besoin de vous faire reconnaître ?

Religieux 3 : Dieu nous voit tous, il est vain et suffisant de vouloir attirer son attention !

 

Arès : Et par-dessus le marché, c’est moi qui vous ai traité de vieux ! J’ai du mal à l’avouer mais je rejoins mes trois compagnons : votre divinité vous aurait-elle rendu fou ?

 

Poséidon frappe de nouveau le sol de son trident. Les trois religieux sursautent de nouveau.

 

Poséidon : Silence ! La folie est de ne pas reconnaître la puissance qui est devant soi. Qu’elle soit divine, humaine, animale, naturelle, elle sait s’imposer. Bien malheureux celui qui ne sait pas l’apercevoir à temps ! Il croit s’imposer, nageant au-dessus des gouffres sombres de la mer, humant dans l’air salé sa supériorité. Qu’il est bien fou de ne pas apercevoir en dessous de lui l’ombre du squale qui s’élance des fonds marins pour le saisir et lui rappeler sa mortelle nature ! Et pareillement, la squille a peut-être la capacité de voir toutes les dimensions de son univers, elle peut peut-être distinguer les couleurs mieux que le meilleur des peintres, elle peut même, puisque telle nous l’avons faite !, frapper avec une rapidité extraordinaire, sa folie n’en sera que triple car plus grand, plus sanguinaire et plus fort qu’elle s’en saisira pour s’en repaître ! Tel est le double visage de la folie : le masque de l’esprit sur un visage humain, le costume de la souffrance sur l’armure d’un crustacé. Voyez-vous cette double distinction sur ma personne ? Vous apparaîtrais-je donc insensé, incohérent, indéfinissable ? Ou respirais-je sans m’en apercevoir l’air putride de la mollesse, de la faiblesse, de la paresse ? Allons, j’attends vos explications à tous les quatre puisque vous me paraissez être plus fins psychologues que moi !

 

Religieux 1 : Tu décris la folie des hommes, nous te parlons de la folie de l’âme.

 

Religieux 2 : La violence de ton langage ne nous impressionne pas malgré ta fougue !

 

Religieux 3 : Pourquoi ressens-tu un tel besoin de domination ?

 

Arès : C’est peut-être curieux pour le dieu de la guerre que je suis mais je crois que je vais déserter cette querelle : votre divinité ne vous a pas rendu fou mais présomptueux.

 

Poséidon frappe une troisième fois le sol de son trident. Les trois religieux sursautent une troisième fois.

Arès : Voilà trois coups qui, pour une fois, annoncent la fin de la pièce.

 

Poséidon : Assez !

 

Arès, aux trois religieux : Je crois qu’il est inutile de poursuivre cette conversation. Autant ai-je appris à cohabiter que mon oncle ne s’habite plus…

 

Religieux 1 : Le débat s’arrêtera donc là ? Il n’a même pas commencé…

 

Religieux 2 : Je ne comprends pas : nous défends-tu ou non ?

 

Religieux 3 : Je sens pourtant en toi un être angoissé…

 

Arès, aux trois religieux : Si cela peut vous consoler, dites-vous que toutes les religions ne sont au fond que l’expression des angoisses de l’homme et que, par certains côtés, oui, j’ai fini par en devenir un.

 

Poséidon, à Arès : Comment oses-tu ?

 

Arès, aux trois religieux : Je vous conseille de quitter les lieux.

 

Religieux 1 : Dans ce cas, bonne chance à toi, je crois en ta sincérité.

 

Religieux 2 : Je te remercie pour ta prise de parole en notre faveur.

 

Religieux 3 : Je reste en désaccord avec toi mais je te souhaite bonne chance.

 

Les trois religieux quittent la scène en saluant Arès et Poséidon, qui demeure indifférent.

 

Poséidon : M’expliqueras-tu à la fin ta conduite ? Maintenant tu renies ce que tu es ?

 

Arès : Et que vous importe ?

 

Poséidon : Si tu veux la guerre ! Mais quoi encore ! Qui sont à nouveau ces trois-là ?

A suivre.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une scène permettant de dresser le portrait approfondi d'une personnalité divine tonitruante : Poséidon, avec ses faire-valoir.

Des idées intéressantes et des arguments forts : une scène fine et réussie.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Cette scène tout particulièrement, captive.

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