Aller au contenu
View in the app

A better way to browse. Learn more.

Accents poétiques

A full-screen app on your home screen with push notifications, badges and more.

To install this app on iOS and iPadOS
  1. Tap the Share icon in Safari
  2. Scroll the menu and tap Add to Home Screen.
  3. Tap Add in the top-right corner.
To install this app on Android
  1. Tap the 3-dot menu (⋮) in the top-right corner of the browser.
  2. Tap Add to Home screen or Install app.
  3. Confirm by tapping Install.

Le très beau et très étonnant destin de Pois-Menu, le petit pois ambitieux

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Le très beau et très étonnant destin de Pois-Menu, le petit pois ambitieux

 

 

- Quand je serai grand, je serai une pastèque !

Ainsi parlait Pois-Menu, le plus petit des petits pois, et le vent en riait dans les hautes herbes. Dans le nid tiède où il dormait, il nourrissait d’immenses rêves. Il voulait être vaste, blond comme la Lune, admiré comme ces légumes d'été qu’on applaudit au marché. Mais il n’était que petite boule verte, blottie au creux d’un écrin velouté.

Ses frères se moquaient de lui doucement :

- Rêver n’agrandit pas le cœur, Pois-Menu, cela ne fait pas grossir la graine.

Mais Pois-Menu rêvait quand même, car il sentait en lui battre la promesse d’un monde plus vaste que sa peau fine et luisante.

Un matin de récolte, la main du jardinier cueillit sa gousse et la posa dans un panier d’osier. Le petit pois en fut tout chose. La journée s’enfuit parmi les cris d’enfants et les parfums de terre fraîche. Puis vint la nuit. Le vent, ce farceur invisible, fit basculer le panier. Pois-Menu roula jusqu’à tomber entre deux planches du potager. La terre l’engloutit avec douceur.

Sous le sol, tout était silence et mystère. Lui qui rêvait de grandeur se sentit prisonnier du néant.

- Me voilà perdu, pensa-t-il, désespéré. Si petit et si inutile…

Mais la terre savait, elle, ce que le petit pois ignorait. Elle le serra contre elle dans son manteau humide, l’arrosa tendrement de ses sucs secrets, et un matin, une fêlure survint. De cette brisure naquit une jeune pousse, légère comme un souffle, qui recherchait instinctivement le ciel.

Quand la tige perça enfin la croûte terrestre, Pois-Menu vit pour la première fois le grand théâtre du monde. Le soleil, là-haut, semblait rire joyeusement ; les gouttes de rosée accrochaient l’horizon comme des perles de verre. Pourtant, le pois se sentit encore bien petit au milieu de tant d’éclat.

C’est alors qu’il aperçut une silhouette étrange : un liseron léger, vêtu de brume et de pétales, dont la voix résonnait comme une flûte dans le vent.

- Bonjour, petit être des terres profondes. Je suis le Mage Liseron.

Pois-Menu l’observa, intimidé.

- Dis-moi, fleur sage, pourquoi suis-je si petit ? Moi qui rêvais d’être grand, je ne suis que poussière parmi les herbes.

Le liseron sourit de toutes ses corolles.

- Petit pois, entends cette vérité : dans la nature, ni grand ni petit n’existent. Le colibri qui frémit plus vite que le tonnerre, la goutte de pluie qui fait naître la mer : tous sont nécessaires et tous sont uniques. Vois-tu, le monde se compose de milliers d’infinis.

Et le mage se mit à conter. Il parla du grain de sable, si léger qu’un souffle le porte, mais qui, uni à ses frères, devient rivage et lumière au bord des océans. Il parla du pollen invisible, qui féconde les fleurs et empourpre les champs. Il parla du murmure des racines, de la patience de l’eau, de la gloire cachée des choses humbles. Pois-Menu écoutait, émerveillé. Les mots du mage faisaient briller des étoiles dans son esprit.

Mais un jour, le ciel se déchira. Le vent rugit, la pluie tomba avec colère, et la terre, saturée, céda. Pois-Menu, déraciné, fut entraîné par le torrent. Il roula dans l’eau furieuse, balloté entre mousse et gravier, jusqu’à se perdre dans le vaste fleuve qui portait l’écho des montagnes. Le flot l’emmena loin, très loin, jusqu’à la bouche du monde, là où le fleuve devient mer.

Quand les vagues cessèrent de résonner, Pois-Menu s’échoua sur une plage immense. Autour de lui, des milliards de grains de sable chatoyaient sous le soleil comme un peuple d’or endormi. L’un d’eux, minuscule, lui chuchota  :

- Bonjour, frère. Tu ne nous vois pas, mais c’est nous qui faisons resplendir les rivages. Chacun ici est petit, mais ensemble, nous sommes l’infini.

Pois-Menu se tut, bouleversé. Il resta là, écoutant la lente respiration de la mer. Le vent caressait sa peau, le sel le recouvrit de cristal, et il comprit que la grandeur n’est pas affaire de mesure, mais de présence dans la beauté du monde.

Des jours passèrent, puis un oiseau marin, curieux, le saisit dans son bec. Pois-Menu voyagea à nouveau. Il survola des plaines, des rivières, des vergers. La mouette pressée finit par le laisser tomber dans une prairie, au cœur d’un jardin inconnu.

La terre, accueillante, l’engloutit à nouveau, bien tendrement. La jeune pousse réapparut. Cette fois, elle était forte, multiple, entourée de feuilles en éventail. Pois-Menu n’était plus seul : il était devenu une tige généreuse portant des gousses pleines de vie.

Chaque graine en son sein portait un éclat de son rêve : non plus celui de devenir immense, désormais, mais celui d’être pleinement soi-même.

 

FIN

Posté(e)

Un conte "au naturel" très bien mené qui nous amène à réfléchir à notre place dans le monde, une belle quête initiatique qui invite au relativisme !

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci beaucoup Nils pour cette lecture fine et fort réfléchie !

Beaucoup de tendresse, un peu de philosophie et tout l'amour que l'on peut éprouver pour la nature...

Et voilà la recette littéraire d'Alba aux fourneaux !

( ͡^ ͜ʖ ͡^ )

Modifié par Alba

Posté(e)
  • Semeur d’échos

La leçon est belle : "ni grand ni petit n'existent".

Que d'enseignements pour le petit pois ! "le monde se compose de milliers d'infinis"

Il y a 12 heures, Alba a écrit :

- Quand je serai grand, je serai une pastèque !

Souvent, quand on est enfant, on se dit ce genre de choses ... Et puis la vie nous apprend que :

Il y a 12 heures, Alba a écrit :

Chaque graine en son sein portait un éclat de son rêve : non plus celui de devenir immense, désormais, mais celui d’être pleinement soi-même.


Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci Joailes pour ces mots !

Oui, nous sommes tous des petits pois, en fait, et la balance n'y fait rien !

Et être petit, en effet, c'est avoir beaucoup de choses à apprendre...

( ͡~ ͜ʖ ͡° )

Posté(e)

Un joli conte philosophique pour petits (sans jeu de mots😁) et grands : Contre l'ambition démesurée et la comparaison, le texte célèbre l'acceptation de soi et l'interdépendance. Chaque être, aussi petit soit-il, a sa place dans le "théâtre du monde". Ton poème @Alba est du taoïsme végétal, du bouddhisme horticole.

On sent un peu de Saint - Exupéry peut-être même un peu de Giono.

On ne s'est pas ennuyé avec ton petit pois! (Tiens ça fait un moment que je n'en n'ai pas mangé!🫛

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Méditation transcendantale devant un petit pois...

Voilà où ça nous mène ! ;)

J'aurais pu prendre un pot de lentilles, mais ces demoiselles lentilles ont un côté ancillaire qui ne chaut guère à la très distinguée compagnie...

(─‿─)

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une belle petite histoire qui porte son poids de philosophie. On parlait naguère d'étendre l'accès à la sagesse pensée jusqu'à l'école. Voilà un exemple de ce qu'on pourrait faire. 👏

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci pour cette lecture et cette réflexion, Thy Jeanin !

Je doute que les enfants s'intéressent à ce qui est l'image de la faiblesse et de la sagesse acquise. Ils cherchent tous des recettes pour élargir leur ego, sans limite à leurs yeux, à l'infini. D'où le succès des "super-héros", auxquels, assez ridiculement, ils s'identifient (voir les panoplies et les objets dérivés). Le commerce les encourage dans cette voie juteuse...

L'homme, quel que soit son âge, se bercera toujours d'illusions sur sa véritable place dans l'univers. Il est vrai que cela aide à vivre. La vérité est plus saumâtre.

( ಠ‿<)

Account

Navigation

Configure browser push notifications

Chrome (Android)
  1. Tap the lock icon next to the address bar.
  2. Tap Permissions → Notifications.
  3. Adjust your preference.
Chrome (Desktop)
  1. Click the padlock icon in the address bar.
  2. Select Site settings.
  3. Find Notifications and adjust your preference.