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Qu'un dieu vous serve (IV, 1 & 2)

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Posté(e)

Acte IV

Scène 1 – Poséidon, Diomède, Chœur des Amazones

 

Poséidon, furieux, fait les cent pas sur scène, son trident à la main. Diomède et le chœur des Amazones le regardent. Comme toujours, les divinités éclairent l’obscurité des mortels.

 

Le coryphée (après un temps) : Apaise ton courroux, Souverain des océans ! Ton esprit ressemble à la nef brisée battue par la tempête : les flots tumultueux l’engloutiront peut-être mais c’est sa propre coque qui est sa principale faiblesse et l’empêche d’affronter les eaux avec le calme qui lui serait nécessaire !

 

Chœur des Amazones :

Écoute notre sœur, Souverain des océans !

D’Harmonie, notre mère à toutes, elle naquit la première :

Le droit d’aînesse donne primauté à la parole,

Il donne aussi l’expérience et la sagesse qui l’accompagne !

 

Diomède : N’écoute rien, Souverain des océans ! Tu sais donner à la marée la plus faible des houles si bien que les amants qui s’enserrent sur le sable de la plage, quand la lune éclaire leurs amours secrètes, ressentent à peine les vagues leur mouiller les pieds. Mais tu sais aussi frapper de ton trident le sol des mers et, avec lui, c’est l’ensemble du monde qui tremble, ressentant jusqu’à l’intérieur des terres les plus sèches ta colère divine ! Alors tous les amants du monde se retirent, révélant leur honteuse imposture. Ton humeur aujourd’hui est pareille à ces deux extrêmes : de la plage aride à la terre humide ou de la croûte rafraîchie au sable rocailleux, ton esprit est cette plante qui recherche ses minéraux et, comme elle, il doit prendre en considération toutes les possibilités !

 

Le coryphée : La colère entend peut-être plusieurs conseils mais elle n’en écoute qu’un et c’est rarement le mieux choisi ! Souverain des océans, je m’adresse à toi une nouvelle fois : je te conjure au nom de toutes mes sœurs ici réunies de réfléchir à la situation ! Sois calme et posé, repense à la barque qui sommeille sur le lac aux eaux placides et dis-toi que c’est au petit matin, quand celui qui porte la lumière va se cacher pour laisser la place au jour, que le nautonier reprend ses esprits et sait ce qu’il a à faire !

Chœur des Amazones :

Écoute notre sœur, Souverain des océans !

Après elle nous ne reconnaissons que notre mère

Et condamnons tous les mâles sans appel !

Mais filles d’Harmonie, nous sommes donc filles d’Arès !

 

Poséidon : Dites plutôt les sauvageonnes d’un sauvageon ! Votre présence ici offense l’ordre mâle, vos lamentations nous insupportent et votre requête va à l’encontre de Diomède, fils par son nom de la volonté de Zeus !

 

Le coryphée : Tu nous traites de sauvageonnes mais ton insulte ne nous atteint point au cœur, Roi des mers ! Qui pourrait en effet se sentir insulté d’être ce qu’il est ? Tu rappelles les desseins de Zeus et tu as raison. Mais ne sommes-nous pas, nous aussi, l’interprétation de sa volonté ? Qui nous fit guerrières si ce n’est lui ?

 

Chœur des Amazones :

Écoute notre sœur, Roi des mers !

Zeus fait la terre, toi les océans, Hadès la mort :

Qui peut vous reprocher cette juste répartition ?

Arès est dieu de la guerre et nous guerrières par lui, étant ses filles.

 

Diomède : Ce ne sont là qu’arguties, Roi des mers ! Le bousier vit de la fosse à purin mais c’est son rôle et il se doit de l’accepter car telle est sa nature. Il en va de même pour le serpent à la langue fourchue qui ne peut que ramper sur le sol ou du charognard au bec plus dur que la mort que l’on chasse alors qu’il se nourrit de cette même mort ! Les Amazones ici présentes reconnaissent être filles d’Arès, qu’elles assument donc la filiation de leur rejeté père ! Et qu’elles cessent donc, comme tu l’as si sagement rappelé, leurs lamentations : les larmes sont réservées aux morts, certainement pas aux outrecuidants qui outrepassent la mesure, quand bien même celle-ci viendrait d’un dieu en personne ! Car les dieux dictent les héros qui dictent les mortels, de conduite en conduite !

 

Le coryphée : Ne nous égare pas, roi d’Argos. Nous ne faisions que mettre à égalité les desseins de Zeus te concernant et concernant notre père. Ta cité s’argente comme la pointe d’une flèche qui brille au soleil mais je te rappelle aussi que plus d’un chien y renifle son fumier quand ce n’est pas le serpent qui s’est immiscé dans la lignée des rois qui t’ont précédé. Quant au charognard que tu citais également, on le trouve partout, à commencer sur vos champs de bataille !

 

Diomède : Rappeler l’ascendance, c’est agir maladroitement mais l’associer aux épisodes les moins glorieux, c’est agir traîtreusement ! En ma qualité de roi, je passerai cependant outre et poserai deux questions seulement. Puisque tu reconnais les desseins de Zeus, notre père à tous, qui veut changer la mythologie si ce n’est Arès ? Qui refuse sa nature si ce n’est Arès ? Le dieu rejeté rejetterait donc sa propre filiation ? Et de la pire des manières qui plus est, grimé comme au théâtre ?

 

Le coryphée : Nous ne le nions pas, Héros appuyé par Athéna, mais nous demandons un peu de calme et de modération pour juger de cette affaire. Tu as toi-même rappelé que notre père est rejeté : le rejet ne crée-t-il pas l’égarement et la folie ? Et je te reprendrai : les mortels suivent les héros qui suivent les dieux, de soumission en soumission ! Aussi laisse un dieu juger en cette affaire et, à ma connaissance, le seul dieu ici est Poséidon, marin inébranlable et dompteur de chevaux !

 

Chœur des Amazones :

Écoute notre sœur, Ebranleur de la terre !

Nous ne sommes que fureur, carnage et massacre

Et de telles réalités égarent jusqu’au plus fort d’entre nous,

Y compris Arès, fureur parmi les fureurs !

 

Poséidon : Cessez donc, tous autant que vous êtes ! Vous me semblez brailler depuis des millénaires et ma tête résonne comme si je revenais des orgiaques de Dionysos ! Faites silence maintenant et veuillez nous laisser ! Je vois l’engeance de mon frère qui arrive et mes yeux en sont révulsés, plus noirs que ceux du carnassier marin.

Scène 2 – Arès, Poséidon

 

Poséidon : Tu oses donc te présenter devant moi, dieu premier rejeté parmi les dieux ?

 

Arès : Je ne comprends pas pourquoi celui qui obéit doit se faire insulter.

Poséidon : Insolent ! Comme si tu ignorais l’ignominie de ton crime ! Heureusement que Diomède a mis fin à cette farce grotesque !

 

Arès : La vie n’est qu’une farce grotesque, je le sais mieux que personne, et en tant que dieu qui tue les mortels, et en tant que dieu qui sert les mortels.

 

Poséidon : Ne confonds pas les crimes, je te prie. Tu as tué mon fils, nous t’avons jugé, nous t’avons condamné à servir les mortels pour une durée que tu ne connais pas. Mais là, c’est autre chose… Comment oses-tu réécrire notre mythologie ? Et qui plus est avec des mortels vêtus de la manière la plus grotesque… Tant qu’à faire, pourquoi ne pas faire les mortels en dieux et les dieux en mortels ? Le roi d’Argos est trop bon, j’aurais pour ma part volontiers envoyé dans les plus profonds abîmes tous ces imbéciles qui tournoyaient autour de toi !

 

Arès : Je suis certain que votre admonestation aurait eu plus d’un piquant, trois je dirais…

 

Poséidon : Pas ce jeu avec moi, neveu !

 

Arès : Le jeu n’est qu’une définition plus nuancée de la farce.

 

Poséidon : Si je comprends bien, tu soutiens donc que l’on te jette aux ordures ? Et avec toi, l’ensemble des Olympiens ? Sans compter que tu permets que les mortels réécrivent les faits de notre histoire ?

 

Arès : L’Histoire n’est jamais qu’une simultanéité de versions. Quant aux Olympiens, je ne les aime pas beaucoup : j’ai toujours été un grand solitaire, vous le savez bien. Et pour ce qui est des ordures, je ne vois pas le problème : si les dieux comme vous se moquent des mortels, pourquoi ces derniers n’auraient-ils pas le droit de leur rendre la pareille ? Cherchez-vous le respect ou cherchez-vous la soumission ? Je crois que vous avez trop côtoyé les profondeurs de votre domaine et qu’il serait grand temps pour vous d’explorer les profondeurs de votre cerveau ! Un peu d’introspection n’a jamais fait de mal à personne et les dieux feraient bien de jeter le masque !

 

Poséidon : Par mon trident ! Cesseras-tu donc de te moquer pour m’expliquer clairement ce que tu faisais ? Et d’ailleurs… Mais qui sont ces trois-là ?

A suivre.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Belle joute verbale dans cette suite !

Et de superbes paroles de sagesse qui font réfléchir : "L’Histoire n’est jamais qu’une simultanéité de versions."

Deux scènes à lire et relire !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

L'ampleur et la force d'une comédie grecque. Chapeau!

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