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Qu'un dieu vous serve (III, 8 & 9)

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Posté(e)

Scène 8 – Arès, Caius, Volubile, Matamore, Amour

Volubile entre le premier, consultant son téléphone portable et sans faire attention à là où il met les pieds, ce qui fait qu’il heurte Arès, lequel ne bronche pas. Caius et Matamore suivent après, d’une marche moins rapide car ils portent avec eux de nombreux accessoires de scène propres à rejouer une pièce de théâtre antique (manteaux courts ou longs pour les représentations d’épisodes civils ; tenues complètes d’hoplites avec casques, cuirasses, jambières, boucliers, lances, épées courtes pour les représentations d’épisodes militaires ; masques de tragédies, de comédies, de satyres et de danseurs pour les grandes généralités) : autant que possible, ces accessoires doivent être désignés avec des étiquettes visibles pour faire ressortir le grotesque de la situation, par exemple sur des morceaux en carton présentés au public. Caius et Matamore, trop occupés justement à montrer les accessoires qu’ils portent, viennent à leur tour heurter Volubile qui, de nouveau, heurte Arès qui ne bronche toujours pas. Amour, le délinquant engagé pour l’occasion par Volubile, arrive le dernier, poussant devant lui une benne à ordures. A son tour, mais volontairement cette fois, il vient heurter Caius et Matamore, les deux heurtant une nouvelle fois Volubile qui heurte une dernière fois Arès… qui ne bronche toujours pas.

 

Caius, Volubile & Matamore : Aïe !

 

Volubile, à Matamore : Trouffion !

 

Matamore, à Caius : Politicailleur !

 

Caius, à Amour : Délinquant !

 

Amour : C’est moi ! Mais je suis le seul à ne pas jouer un rôle…

 

Caius et Matamore, sans un regard pour Amour mais avec de grandes révérences en direction d’Arès, prennent Volubile à part pour s’entretenir avec lui.

 

Caius : Bravo, mon cher Volubile ! Vous nous avez mis dans de beaux draps !

 

Matamore : Maintenant, nous savons qui est le maître ! Arès a été assez clair, je crois !

 

Volubile : Allons, allons, du calme ! Les faits sont tragiques mais l’espérance est désespérée, pardon : reste à espérer. Pour commencer ces deux morveux n’ont pas parlé à leur père, sinon nous l’aurions déjà entendu ! La colère a parfois les ailes d’un faucon ! Et quand bien même ce serait le cas, je pense que nous pourrons retourner la situation à notre avantage, j’ai une idée… Quant à Arès, ma foi, nous avons peut-être juré de lui rendre la place qu’il mérite mais nous n’avons pas prêté serment de réussir, que je sache !

 

Caius : Si vous croyez qu’un dieu tel que lui accorde de l’importance à la sémantique…

 

Matamore : Vous allez vite vous retrouver la corde au cou, mon ami !

 

Volubile : (A part : Voilà ce que je craignais, me retrouver entre la langue bien pendue et celle au gibet !) Pour éviter la corde, il faut monter ! Alors cessez donc de trembler et mettez-vous un peu au travail ! Nous avons promis une mise en scène à Arès, nous allons la lui donner ! Rejoignons-le, maintenant ! Et de la fermeté, que diable !

 

Caius (à part) : De la fermeté ? Facile à dire !

 

Matamore (à part) : Et qui est le diable ici ?

 

Ils rejoignent Arès et Amour qui les attendent à côté de la benne à ordures.

 

Volubile (tandis que Caius, Matamore et lui se serrent mutuellement la main tout en toisant Amour) : Allons, mes amis, oublions cet incident et nos invectives d’un autre temps ! Qu’une première poignée de mains scelle la désunion passagère, qu’une seconde poignée de mains renouvelle notre union passagère ! (Il a un regard appuyé en direction d’Amour.) Vous aurez constaté comme moi combien, si l’homme d’élite s’associe à l’homme du peuple, il a le plus grand mal à s’associer à l’homme du vulgaire ! Nous devons malheureusement tolérer ce vulgum pecus comme un mal nécessaire mais aussi voir en lui la nécessité que nous autres, le commun des mortels, avons le devoir, que dis-je ?, l’insigne devoir d’élever à notre statut ! Et non point de lui élever une statue, cela va sans dire. (Il rit seul.)

 

Caius : Ces accessoires m’ont coûté une fortune, j’espère les faire passer en douce au budget.

 

Matamore : C’est vrai qu’ils courraient un marathon avec cette tenue sur le dos ? Il paraît que des historiens ont essayé ? C’est lourd !

 

Amour : C’est dommage pour la poubelle : les potes et moi, on voulait la brûler !

 

Volubile : Tais-toi, insolent ! (Il désigne avec ostentation son téléphone portable.) J’étais donc en train de lire le chant V de l’Iliade puisque notre bien-aimé Arès a choisi de réécrire ce passage. Je serai son aide dans cette entreprise, Caius et Matamore nos témoins, car l’Histoire réclame toujours des témoins !, et Amour, ce triste sire que j’ose à peine nommer, encore que j’aime si bien nommer les choses !, l’ennemi. Nous n’avons point trouvé de femme, nous nous passerons donc de l’épisode où Athéna exhorte Arès à laisser les Acharniens et les Trotskystes se battre entre eux. Qui plus est, aucun fleuve ne traverse ce parc, il faudra y remédier, Caius !, par exemple en reprenant le plan local d’urbanisme de la ville, ça vous fera un peu de lecture !, et il nous est donc impossible de représenter le Salamandre sur les rives duquel ces deux dieux choisirent de s’installer. Comme, décidément !, nous manquons de femme, nous passerons également sur l’épisode où Aphrodite (à part : que cela me coûte de passer car je serais bien passé sur elle !) tombe aux genoux de son frère (à part : c’est curieux, Arès avait déclaré qu’il était l’unique fruit de Zeus !). Qui plus est, Caius et Matamore ont refusé de jouer les coursiers alors qu’il suffisait d’aller lui acheter ce qu’elle réclamait au marché du coin, des produits de beauté sans doute ! Bref (il fait défiler l’écran avec son doigt), je vous propose d’en arriver à l’épisode où Arès se retrouve enfermé dans une jarre de bronze. Alors, voilà comment nous allons procéder. Seigneur Arès, je vous prie !, installez-vous dans la benne. (Arès s’exécute mais dépasse de beaucoup. Quand il regarde, Volubile comprend pourquoi : des sacs sont entassés au fond. Il toise avec colère Amour.) Triple buse ! Des sacs poubelle dans une benne !

 

Amour : Je ne vois pas le problème : des poubelles dans une poubelle !

 

Volubile : Une benne vide, diantre, vide !

 

Amour : Vous parlez juste : mon ventre était vide et quand c’est le cas, je le remplis et bois !

 

Volubile : La jarre était de bronze, non de bois, tu ne comprends décidément rien ! Vide cette benne au plus vite !

 

Amour (à part) : Benner une benne ici, mais ils sont fous !

 

Amour s’exécute mais avec tant de précipitation que certains sacs tombent invariablement sur Caius, Volubile et Matamore.

 

Caius, Volubile & Matamore : Aïe !

 

Amour : Désolé, mais reconnaissez que l’on peut confondre !

 

Il finit de vider la benne. Arès recommence à y monter. Cette fois-ci tout se passe bien mais Amour claque sans le faire exprès le couvercle de la benne sur le dieu. Arès ne bronche pas.

 

Volubile : Je ne t’ai pas demandé de casquer le dieu !

 

Amour : Quand est-ce que je lui ai demandé du fric ?

 

Volubile (se précipitant vers Arès) : Seigneur Arès, vous n’avez rien ? Non, bien sûr, un dieu comme vous, je veux dire : les dieux sont faits d’une autre étoffe que celle des mortels. Il est donc évident que vous ne pouvez souffrir ! J’ai lu quelque part que vous vous nourrissiez de nectar ? Vous avez bien raison : un petit verre de vin, c’est bon pour la santé ! Voilà qui vous aide à surmonter toutes les difficultés et même à atteindre l’immortalité ! (A part : Décidément, je n’en rate pas une ! C’est justement à un immortel que je m’adresse !) Bien, maintenant, il faut vous libérer, vous n’allez tout de même pas rester dans cette benne pendant treize mois, n’est-ce pas ? Et puis treize, quel chiffre affreux ! Quelques secondes suffiront amplement ! Attention, je referme le couvercle doucement sur votre tête. Voilà, ployez un peu le cou s’il-vous-plaît, je ne voudrais pas vous faire de mal. Vous serez dans l’obscurité une ou deux secondes, j’espère que cela ne vous dérange pas ? Allons, on y va… Maintenant vous vous libérez tout seul, vous en avez la force (à part : zut, qu’est-ce que je raconte ? C’est une simple benne !), vous n’avez certes pas besoin de l’aide d’un quelconque messager…

 

Arès s’exécute, le couvercle de la benne est violemment rejeté quand il se redresse. Caius, Matamore et Volubile applaudissent.

 

Caius : Bravo, je ne fais pas mieux à Noël pour amuser mes enfants ! Si la cité entière pouvait vous voir !

 

Volubile (à part, à Caius) : Et puis quoi encore ? Vous voulez ameuter l’opinion ?

 

Matamore : Quelle force ! Il en faudrait au moins deux comme moi pour vous égaler ! Cette merveilleuse cité pourrait reposer sur vos épaules !

 

Volubile (à part, à Matamore) : Ce n’est pas bientôt fini de chercher la publicité !

 

Amour : Moi, je ne comprends toujours pas mon rôle ici…

 

Volubile : Toi, tu te tais. Tu ne serais même pas capable de servir de témoin, même pas d’un bâton de relais… Allons, allons ! Nous avons encore du travail. Apollon doit maintenant demander à Arès de venir en aide aux Trotskystes mais je ne vois personne capable de jouer le dieu solaire… à part moi évidemment ! Mais par ailleurs, il est question ensuite du voile de la nuit dont Arès recouvre le champ de bataille. Mince, cela fait beaucoup d’effets spéciaux… et je me vois mal m’obscurcir l’esprit pour la scène ! Nous nous en tiendrons donc à l’épisode suivant ; non, c’est inutile, Arès y tue beaucoup d’Acharniens. Je continue donc ma lecture rapide. Comme ces écrans sont utiles, ils évitent les erreurs ! Ah, voilà l’épisode dont parlait le dieu : l’arrivée de Diomède. Amour, tu joueras ce dernier.

 

Amour : Je vais accomplir la volonté de Zeus ?

 

Volubile : Non, crétin, tu te contentes de jouer Diomède ! C’est si difficile à comprendre, ce que je raconte ? Mais ce n’est pas possible d’être aussi inculte ! Pour la dernière fois, tais-toi et laisse-moi, pardon : laisse-nous faire ! Donc, Arès, vous vous placez de ce côté. Zut, vous êtes resté dans la benne… Descendez, je vous prie. (Arès s’exécute.) Voilà, sur ma gauche maintenant : non c’est trop sinistre ; passez sur ma droite : non, finalement, ça pourrait être mal interprété d’un point de vue politique ! Zut alors, placez-vous au milieu, juste devant moi ! Non, là aussi, ça n’ira pas : la tripartition, ce n’est vraiment pas un bon truc, c’est moi qui vous le dis ! Et puis zut, à la fin, placez-vous où vous le désirez, ce sera très bien. Je vous en prie, Seigneur Arès, prenez la pose. Et toi aussi, Amour, pose-toi vite !

 

Éclairs et tonnerres. A la manière d’un deus ex machina de l’Antiquité, au moyen d’une grue depuis les cintres ou d’une trappe depuis la scène, Diomède apparaît. Il descend de sa machine et, sans un regard pour les mortels, s’avance vers Arès.

Scène 9 – Arès, Diomède, Caius, Volubile, Matamore, Amour

 

Dans un silence pesant, Arès et Diomède se toisent. Prudemment, et en tentant de ne pas se faire remarquer, Caius, Volubile et Matamore reculent.

 

Diomède : Diomède, roi d’Argos.

 

Arès : Arès, fils de Zeus.

 

Amour : Euh… Amour, voyou des HLM ?

Fin de l’Acte III

A suivre.

Modifié par Nils Exo

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une scène emplie de moments farcesques. La pièce dans la pièce a du mal à hisser la voile mais voilà, c'est fait, et le pire s'annonce !

La scène 9 est un coup de théâtre dans le théâtre. On a hâte de lire la suite...

(─‿─)

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Amour vient amuser un peu davantage le spectateur et corser l'intrigue. Chacun en prend pour son grade!

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