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Le jeu de cache-cache

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Le jeu de cache-cache

 

Conte pour un matin d’hiver

 

Le matin levait à peine son voile de brume lorsque Madeleine Verneuil, emmitouflée dans son manteau de laine grise, décida de longer la rivière. C’était un de ces matins d’hiver où la lumière semble hésiter à éclore, où le givre suspend ses dentelles sur les roseaux et sur les branches nues des saules. Madeleine aimait cette heure tranquille où nul promeneur ne troublait encore le silence. Pourtant, ce matin-là, un son singulier vint rompre l’habituel murmure de l’eau. Intriguée, elle s’arrêta, plissa les yeux et aperçut une troupe d’oies sauvages.

Elles n’étaient pas en rang, comme elle en avait souvent vues, mais dispersées dans un désordre joyeux, courant l’une après l’autre, tantôt plongeant la tête sous l’eau, tantôt se cachant derrière les touffes de roseaux qui perçaient la glace. On aurait dit une bande d’enfants en récréation. Madeleine resta un moment sans bouger, fascinée. Ce qui l’étonnait le plus, c’était cette impression de jeu qui animait tout le groupe : un jeu organisé, complice, comme s’il obéissait à des règles secrètes.

Madeleine, bien qu’attendrie, sentit aussi monter une pointe d’inquiétude. Elle n’avait jamais eu beaucoup de sympathie pour les oies. Depuis l’enfance, leurs cris rauques lui rappelaient les vieilles fermes de son village natal, où ces volatiles à l’œil sévère sifflaient à la moindre approche. Pourtant, devant ce spectacle surprenant, elle hésita entre rire et échapper discrètement à leur regard. Mais sa curiosité, sa fantaisie, prirent le dessus.

- Eh bien, mesdemoiselles, on s’amuse ? C’est une répétition pour le carnaval des oiseaux, n’est-ce pas ?

Un grand silence suivit. Quelques têtes se redressèrent, les becs tournés vers la berge. L’une d’elles - une belle oie grise rayée de blanc, probablement la meneuse - s’avança lentement, glissant sur l’eau avec une majesté tranquille. Son regard la fixa un long moment. Puis, à la stupéfaction de la promeneuse, la voix claire et légèrement rauque d’une oie se fit entendre :

- Mais oui, chère amie. Vous ne jouez donc jamais, vous, les humains ?

Madeleine faillit laisser tomber son parapluie.

- Seigneur tout-puissant ! Vous parlez ?

- Évidemment, répondit l’oie d’un ton gracieux. Encore faut-il qu’on veuille bien nous écouter.

Madeleine, bouche bée, s’accroupit au bord de l’eau.

- Et qu’est-ce que vous faites donc ? On dirait que vous vous poursuivez comme des enfants.

Une petite oie, très vive, lui répondit avec un gloussement coquin :

- C’est exactement cela ! Nous jouons à cache-cache. Ces longues journées de froid durcissent nos ailes et engourdissent nos pattes. C’est notre façon de nous réchauffer avant de repartir vers le nord.

Madeleine écarquilla les yeux.

- À cache-cache ! Et qui compte, alors ?

- Ce matin, c’était Brindille, déclara la meneuse avec gravité.

Une oie plus trapue leva aussitôt sa tête de derrière un amas de joncs, fière comme un coq.

- Mais je les ai toutes trouvées ! Même Hortensia qui s’était cachée derrière le vieux tronc !

Les autres éclatèrent de rires. Certaines battirent des ailes, d’autres plongèrent à nouveau par jeu. La scène était d’une grâce et d’une légèreté que Madeleine n’aurait jamais imaginée chez ces oiseaux d’ordinaire si bougons et si lourdauds.

- Je n’aurais jamais cru que vous soyez d’aussi joyeuses compagnes, murmura-t-elle presque pour elle-même.

- Oh, nous le sommes quand personne ne nous gronde, répondit la meneuse avec un clin d’œil invisible. Peut-être qu’un jour, vous viendrez jouer avec nous.

Madeleine éclata de rire, un rire clair qui s’éleva dans la brume.

- Jouer avec vous ? Moi ? J’ai passé l’âge, mes belles ! Et puis, j’aurais trop froid aux pieds.

- C’est pour cela que nous avons des palmes, fit remarquer une jeune oie d’un ton moqueur.

Un nouveau concert de rires s’éleva. Madeleine sentit sa méfiance fondre comme neige au soleil. L’air glacé lui mordait les joues, mais son cœur s’allumait d’une douceur rare. Elle resta encore un moment, fascinée par ce ballet de plumes et de voix, puis, craignant de rompre le charme, elle reprit lentement son chemin. Avant de disparaître, elle se retourna une dernière fois.

- Au revoir, mesdemoiselles ! cria-t-elle. Continuez bien votre jeu !

Et l’oie meneuse lui répondit, très distinctement :

- À bientôt, gentille promeneuse ! Souviens-toi : il faut jouer pour garder son âme d’enfant.

Madeleine sentit l’émotion la gagner. La rivière s’était recouverte d’un léger voile de glace, le soleil perçait à peine la brume, mais tout semblait plus éclatant, plus vivant qu’à son arrivée. Elle retourna vers le village d’un pas léger, le rire des oies tintant encore joyeusement à ses oreilles.

 

FIN

 

Modifié par Alba

Posté(e)

Un conte plein de légèreté et de grâce d'une écriture un peu désuète qui fait tout son charme! Quand avons-nous perdu notre âme d'enfant? Madeleine, elle, l'a retrouvée grâce à ces oies espiègles. Pendant un moment, je l'ai rejointe dans cette fable lumineuse! Merci @Alba !

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci pour ces mots, Vol Au vent ! J'aurais pu poster une photo de la scène.

Je ne sais pas comment cette idée d'un jeu de cache-cache entre oies sauvages m'est venue. La pose, ailes écartées, de l'une d'entre elles, peut-être, le plongeon précipité d'une autre, ou cette vision d'un de ces volatiles soigneusement dissimulé sous les branches tombantes....

En tout cas, depuis que j'ai écrit ce récit, je leur dit "bonjour" différemment. Avec un brin de complicité...

Madeleine/Alba

( ͡~ ͜ʖ ͡° )

Posté(e)

J'ai cru que Madeleine allait se transformer en oie à son tour mais si elle en conserve l'âme, c'est déjà cela de gagner...

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Non, non, Madeleine ne se transforme pas, malheureusement, Nils ! Quoique je suis sûre que cela ne lui déplairait pas, pour élargir son point de vue sur les choses.

En fait le point de départ de cet apologue est très réaliste. Après tout, le jeu n'est qu'une des modalités de ce "vivre-ensemble" que nous pratiquons tous, oies ou non.

Merci pour cette lecture et ce commentaire pertinent.

( ͡~ ͜ʖ ͡° )

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Ce conte est une célébration de la poésie cachée dans l'ordinaire.

Il illustre parfaitement l'idée que la poésie "se glisse dans les interstices du réel" et qu'elle est avant tout une affaire de regard et d'écoute.

Il nous rappelle que le merveilleux n'est pas forcément loin ; il est parfois là, au bord d'une rivière gelée, dans le jeu insouciant d'une troupe d'oies.

Un récit qui réchauffe le cœur comme un rayon de soleil dans la brume hivernale.



Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci pour cette lecture et ces mots, Joailes, c'est vrai que l'imagination supplée souvent à la laideur prosaïque du quotidien.

Les belles histoires emplies de doux sourires et d'un soupçon d'humour allègent parfois l'écrasant fardeau de la vie.

Alors, jouons pour un moment avec ces oies !

(^▽^)

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Elles sont loin d'être des oies blanches, celles-ci. Ce joli petit conte plairait aux enfants. Je n'en suis plus un, mais j'ai pris grand plaisir à le lire.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci Thy Jeanin, le merveilleux des contes est aussi un moyen de réenchanter le monde, il est bien trop sombre en ce moment !

Et souvent, la magie se cache au creux des choses les plus inattendues et les plus prosaïques.

Reste à ouvrir les yeux, ou le cœur, ce qui revient au même...

( ͡~ ͜ʖ ͡° )

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