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J'ai adopté un écrivain

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un mardi d'hiver aussi triste qu'un ciel d'Islande, j'étais sortie sans but précis ; seules, pensai-je, les collines sauraient mettre sur ma mélancolie quelque baume magique.

Je marchai longtemps, la truffe au vent, jusqu'à l'apaisement et c'est à cet instant que je le vis.

Il était assis au pied du calvaire, abandonné dans la posture de yoga asana Shavasana , sans filet de sécurité où l'esprit est plus facilement domptable, mais aussi conscient qu'il est libre.

J'eus une sensation étrange, comme devant un tableau qui nous bouleverse parce qu’il nous dit, de façon subliminale, au moment précis où nous le regardons, qu’il "sait" quelque chose de notre intimité profonde.
...

C'est ainsi que j'ai adopté un écrivain, sans collier, dans un refuge au bout du monde.

Quand je l'ai amené dans ma cabane au toit de chaume, je n'avais aucune arrière-pensée.

Il gambadait gaiement à mes côtés et nos yeux prirent la parole sans que nos bouches s'en mêlent.

Je savais l'instant éphémère et lui, pour me plaire, restait silencieux.

Un pacte tacite s'était noué dans le grésil de l'air, plus solide qu'une poignée de main.

Plusieurs jours ont passé ainsi, et, arrivés au samedi, jour des petits farcis, il me dit :

enferme moi dans ton bureau, et au matin du septième jour, je te donnerai le roman que j'ai toujours voulu écrire ; ici tout m'inspire.

Sa voix était un murmure de pages que l'on tourne, chargées d'une promesse qui sentait les mots surannés et le papier buvard.

Je dois dire que j'avais un peu négligé la pièce ces derniers temps, il y faisait plutôt froid et j'y claquai des dents ; les muses migratrices étaient parties vers des ciels plus cléments.

Mais quelques coups de plumeau, ma lampe orange et mon radiateur à bain d'huile eurent tôt fait de rendre à son bazar une figure humaine.

Personne jusqu'ici n'était entré dans mon bureau ; cependant mon écrivain s'y sentit tout de suite à l'aise, il renifla l'encre et remua la queue devant les feuilles blanches.

Je flattai son encolure, il me lécha la main ; il avait vu le distributeur de croquettes d'encre violette dans un coin et me jeta un regard qui en disait loin.

Ses yeux, deux puits d'encre encore fraîche, me fixèrent un instant.

J'y lus une gratitude inquiète, celle du voyageur qui confie son bagage le plus lourd avant de traverser un désert.

Je refermai doucement la porte blindée.

Ma mélancolie s'était enfuie, et par la fenêtre, je vis un vol d'oies sauvages.

Leur vol en V fendit le ciel gris, et je me surpris à leur adresser une prière muette : qu'elles veillent sur lui, de là-haut, dans les courants ascendants où se forment les histoires.

Puis je tournai les talons, laissant derrière moi le léger grattement de la plume qui commençait déjà sa danse sur le parquet de mon bureau.

Je tirai le rideau et rejoignis ma niche où tant de fois j'avais raté l'acrostiche, le sonnet, la rime riche, la féminine, l'embrassée, l'alternée et m'endormis dans mon panier en ronflant, sans plus me soucier du temps ...


(joailes -) 4 février 2026 - 22h O3

(à suivre)

Posté(e)
  • Semeur d’échos

La vie d’un écrivain, une vraie vie de chien ! On attend la suite .

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une écriture précise et soignée, l'atmosphère est créée et le décor en place, on attend la suite avec impatience !

Posté(e)

Tu excelles toujours dans l'originalité @Joailes : la métaphore filée de l'écrivain-animal et l'atmosphère oniriques sont délicieuses, la langue riche et imagée , pleine d'imagination!

J'aime aussi cette phrase "me jeta un regard qui en disait loin.", cela change la définition habituelle et je sens qu'en fait, le regard va au-delà, vers l'avenir.....

La chute finale avec le narrateur-chien qui rejoint sa niche délicieuse aussi§ Un texte plein de tendresse et d'imagination! 🌠

Posté(e)

Le titre m'ayant rappelé le nom d'un site, je me suis dit que vous vouliez fonder un site de rencontres pour écrivains... Ce sera peut-être le cas dans la suite que j'ai hâte de découvrir !

Modifié par Nils Exo

Posté(e)

     Ton très beau texte est on ne peut plus sibyllin. Il contient une véritable énigme.  Je vais essayer, sans prétention aucune, de lever le voile sur cette énigme.  À première vue, tout laisse à penser qu’il s’agit d’une prosopopée qui ne dit pas son nom.  Ton texte, en effet,  met en scène deux canidés, une femelle et un mêle.  La chienne reçoit dans son gîte une chienne, ce que  montre  le champ lexical relatif au chien : «  la truffe au vent », « collier »,  «  remua la queue », «  lécha la main »,  « encolure », « niche », « panier ».

     Au-delà de cela,  il est question d’écriture, de création littéraire. Le personnage féminin, habitué à manier la plume « j'avais raté l'acrostiche, le sonnet, la rime riche, la féminine, l'embrassée, l'alternée » est en mal d’inspiration : «  les muses migratrices étaient parties vers des ciels plus cléments»,  il adopte alors un écrivain qui se cache dans la peau d’un chien. Pourquoi cette adoption ? Ce chien n’est-il en fait qu’un « nègre littéraire », un prête plume qui lui promet de lui écrire son roman.  

       Est-ce une dénonciation d’une certaine usurpation de la paternité littéraire ?

« rendre à son bazar une figure humaine. »  À qui renvoie le possessif «son » ?  À l’écrivain adopté ou à la narratrice, autrice boudée par les muses ? Est-ce un lapsus calami ? D’après le contexte, l’adjectif possessif « son » désigne la narratrice qui s’exprime pourtant à la 1re personne du singulier. Je m’attendais à lire « mon bazar ».

Je peux être complètement à côté de la plaque….

        Merci  Joailes du partage.

 

Posté(e)

Merci Joailles pour ce partage et cette écriture que tu manies si bien.

Je ne sais plus qui est qui, qui adopte qui, qui remue de la queue, qui écrit.

Avoue, tu aimes quand les lignes ne sont pas parallèles, que se croisent les réalités, les réalités des mondes de chacun de tes "personnages" et "narrateur".

Et j'ai un "truc" à t'avouer : j'aime les chemins torves de ton imaginaire qui fait décoller celui des autres. Le mien aussi.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Ainsi vis-tu en couple, ce qui permet l'échange des rôles. Je rejoins ce que vient d'écrire Errances et attends avec impatience la cueillette des fruits de cette aventure.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Pour répondre à certains de vos questionnements tout à fait légitimes, je dois dire que j'écris toujours sans brouillon, "en live" comme on dit aujourd'hui ; quand je m'autorise une suite, je ne sais absolument pas ce qu'elle sera ni où elle va me mener. D'autant plus lorsque je suis sur "Plume errante" j'erre, je divague, et laisse ma plume s'exprimer selon ce qui lui vient à l'instant précis ; il m'est infiniment précieux, après, de lire vos commentaires, et de voir où je vous ai menés, comment vous avez interprété mes mots !

Je vous remercie pour cela : c'est tellement enrichissant !!

Chacun s'approprie ce qu'il lit selon sa propre sensibilité de l'instant.

Puis-je répondre seulement par cette parole de Guy Goffette : "C'est étrange, tout part d'une musique intérieure qui vient on ne sait d'où, se déclenche, je me laisse porter, je la suis" ...

Et vous, en me lisant, vous vous laissez porter vers d'autres horizons. Merci !!


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