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Mon château de tuiles rouges

Featured Replies

Posté(e)

Il faisait beau et calme, ce matin-là.

La neige avait étendu son grand manteau immaculé sur le monde.

J’étais seule sur la route, et cette solitude même me semblait un cadeau.

Une musique légère trottait dans ma tête, et je marchais sans but précis, simplement habitée par la beauté simple des choses.

Puis le vent s’est levé, d’un coup, avec une violence soudaine.

Il emmêlait mes cheveux, tordait les branches nues, faisait grincer la forêt.

On aurait dit que l’hiver, sentant la menace du printemps, se débattait dans une dernière colère.

Moi, je frissonnais ; le soleil pâle ne réchauffait plus mes vieux os comme avant.

C’est alors que j’ai aperçu, entre les arbres agités, un éclat de tuiles rouges.

Juste un bout de toit, à peine visible.

Mais pour mon cœur, c’était un château.

Ce petit fragment de merveille a fait renaître en moi l’enfant qui préfère les cabanes aux palais, les carrés de chocolat cachés dans le pain frais aux gâteaux précieux des vitrines.

Un instant, j’ai cru qu’on pouvait rester ainsi, croquer aux grappes de raisin violet sous le soleil, et refuser de grandir tout à fait.

Mais il y a cette vieille chanson, vous savez, celle qui murmure que le roi n’aime pas les enfants qui traînent à devenir grands.

Alors j’ai fait semblant.

J’ai rangé mon émerveillement comme un secret et j’ai pris le masque de l’adulte.

Aujourd’hui encore, quand le vent se lève, j’entends ses mélodies sauvages.

Et je me demande si grandir n’a pas toujours été cela : apprendre à feindre de ne plus entendre la musique que personne, autour de vous, ne semble écouter.

Et si, finalement, le vrai monde des adultes n’était qu’une conspiration silencieuse de sourds, où chacun fait mine de ne pas entendre la même mélodie qui le hante en secret ?


(joailes -) 21 janvier 2026 - 23h 13



Posté(e)
  • Semeur d’échos

Belle réflexion sur le temps qui passe et le masque social, au détour d'une promenade toute simple où rien ne pèse, rien ne pose.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Bel écho... Poucet n'est pas seul à s'émerveiller envers et contre tout. Tu ajoutes musique et réflexion. 👋

Posté(e)
  • Auteur
Il y a 2 heures, Thy Jeanin a écrit :

Bel écho... Poucet n'est pas seul à s'émerveiller envers et contre tout.

J'espérais que tu entendes l'écho ... en effet, j'ai écrit après avoir lu tes pensées de neige !! Ce fut pour moi comme une évidence ... 😉

Posté(e)
  • Semeur d’échos
Il y a 11 heures, Joailes a écrit :

J'espérais que tu entendes l'écho

Vos plumes errantes se rencontrent dans la nostalgie de l’enfance et partagent cet échange avec la communauté. Très bien ! Moi je retourne jouer aux billes.

Posté(e)

Poucet n'est pas loin en effet, le Petit chaperon rouge non plus, c'est du moins ce à quoi j'ai pensé en découvrant le titre puis en lisant le texte.

Posté(e)

    Ton histoire, en apparence, simple recèle un contenu hautement philosophique, elle véhicule une profonde idée d’actualité, elle met, en effet, en avant  le rapport  dialectique entre jeunesse et vieillesse. Ton personnage me fait penser à Peter Pan, le fameux personnage créé par l’auteur écossais, James Matthew Barrie, ce garçon qui justement refusait de grandir : « Un instant, j’ai cru qu’on pouvait … refuser de grandir tout à fait ». Ton personnage aspire à  revivre les vertus de l’enfance : « … a fait renaître en moi l’enfant ». Mais, se heurtant à une société d’adulte où l’enfant n’a pas droit au chapitre : «  le roi n’aime pas les enfants qui traînent à devenir grands. », il se voit contraint malgré lui de glisser à nouveau dans sa peau d’adulte : « j’ai pris le masque de l’adulte. », il vit alors un peu comme dans la clandestinité : «  apprendre à feindre ». Il n’est pas dans son milieu. Il n’est pas bien dans sa peau.

Il est une chose cependant qui distingue ton personnage  de celui de Peter Pan : le premier a connu la vieillesse : « mes vieux os » et aspire à revivre son enfance, le second qui n’a jamais atteint l’âge adulte, vit dans une enfance pérenne.

Ton très beau texte, une métaphore de la domination de l’enfance par le monde adulte, dénonce avec beaucoup d’habileté et de finesse une certaine forme de pouvoir, j’allais dire gérontocratique.

Merci du partage chère Joailes.

Posté(e)
  • Auteur

Merci infiniment @Alba @Jeep @Nils Exo et @Thy Jeanin ! Et encore plus particulièrement à toi, @Ouintenabdel qui a pris de ton temps pour cette analyse approfondie et judicieuse de mon texte !

Modifié par Joailes

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