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Qu'un dieu vous serve (II, 8 & 9)

Featured Replies

Posté(e)

Scène 8 – Arès, Juliette

 

Juliette entre à pas feutrés comme si elle avait peur de se faire surprendre par ses parents. Arès fait mine de ne pas la voir, conscient de sa présence mais ne souhaitant pas lui parler.

 

Juliette : Arès ?

 

Arès : C’est moi.

 

Juliette : Vous recommencez à balayer ?

 

Arès : Faire, défaire et refaire sont des activités de condamné.

 

Juliette : Vous vous disputiez avec les parents ?

 

Arès : Vous devriez vous en aller.

 

Juliette (minaudant) : Moi, je vous trouve sympathique…

 

Arès : C’est mon oncle Hadès que l’on ne voit pas.

 

Juliette (piquée au vif) : Je ne comprends pas, je vous parle gentiment, je…

 

Arès : Ce n’est pas parce que l’antilope se comporte comme telle que cela l’empêchera d’être dévorée par le lion.

 

Juliette (plus calmement) : J’aimerais quand même comprendre quelque chose…

 

Arès : Laquelle ?

 

Juliette : Si vous servez les mortels, comment se fait-il que les guerres continuent ?

 

Arès : Peut-être parce que les guerres n’ont pas besoin des dieux pour se nourrir mais uniquement des mortels. Vous me rappelez l’un de mes anciens maîtres qui s’était plu à déclarer qu’il marchait aux côtés du dieu de la guerre. Ah, l’impudent ! Pour avoir participé à toutes les guerres du monde, j’en suis venu à la conclusion que c’est l’estomac qui pousse les mortels à s’entretuer. Les divinités aussi d’ailleurs, quand on y pense !

 

Juliette : Vous me donnez envie de pleurer…

 

Arès : Les larmes n’empêchent pas la guerre.

 

Juliette s’apprête à répondre quand un brouhaha l’interrompt.

Scène 9 – Arès, Juliette, trois religieux

 

Les trois religieux entrent en se disputant sans faire attention à Arès et Juliette.

 

Religieux 1 : Sacrilèges ! Blasphèmes ! Mécréants !

 

Religieux 2 : Mécréants ! Blasphèmes ! Sacrilèges !

 

Religieux 3 : Blasphèmes ! Sacrilèges ! Mécréants !

 

Arès : Ils vont nous le faire dans chaque ordre ? Je dis ça, je ne dis rien… Mais s’ils continuent comme ça, on en a encore pour toute la journée !

 

Juliette : Je le crains… Les religions sont d’une redoutable mathématique quand il leur faut mettre une conscience en ordre…

 

Arès : Ils sont arrivés après moi… Remarquez, puisque que vous vous posiez des questions existentielles, vous n’avez qu’à leur demander…

 

Juliette : Je ne vois rien de drôle dans ce qu’il se passe ! La servitude vous aurait-elle fait perdre le sens de la mesure ? A moins que ce ne soit votre divinité ?

 

Arès : J’apprécie votre franc-parler, Juliette ! Au moins, vous n’êtes pas comme votre père qui me donne l’impression de réunir en une seule personne et mon cousin Éole et mon parent Typhon ! Avec lui, on a l’impression que tout est zéphyr et tout est aquilon en même temps ! Ah ! Ah ! Ah !

 

Juliette : Le respect, vous connaissez ? Ou vous l’avez oublié sur un champ de bataille ?

 

Arès : Une adolescente de votre âge devrait s’amuser plutôt que de minauder auprès d’un dieu, qui plus est le dieu le moins fréquentable de tous !

 

Juliette : C’est vrai. Vous avez triplement raison : je ne devrais pas minauder, je ne devrais pas vous parler, je ne devrais pas me poser trop de questions. Mais c’est justement ce qui m’agace ! Car c’est fatigant, vous ne pouvez pas savoir comment c’est fatigant pour une femme comme moi, dans un quartier comme celui-ci, de devoir faire semblant, de ne pas être soi-même… Chez moi ça va, car mes parents et mon petit frère me soutiennent, mais dehors, c’est autre chose ! Je suis comme l’insecte qui prend l’apparence de la brindille pour ne pas être dévoré ou comme le papillon qui prend la couleur de l’arbre pour ne pas être aperçu. Mais, dans mon cas, l’entomologie est fragile, croyez-moi ! Non que je ne me sente pas forte, bien au contraire ! Mais j’ai peur d’éclater et de laisser aller ma colère pour devenir la cinquantième Danaïde et remplacer celle qui ne fut pas condamnée. Pour vous, ce n’est rien, un matin succède au matin, une nuit passe après une autre nuit et ainsi de suite… Mais pour l’humanité, c’est long, du matin à la nuit et de la tombée du jour à l’aube, alors imaginez pour une mortelle qui n’a que peu de matins, peu de nuits à envisager… Je ne prends plus le bus pour me rendre à l’école car ce n’est que le bordel à l’intérieur : on y crie, on y insulte, on y menace ! Mes heures de liberté ne sont pas mieux : dehors à frôler les murs, à minauder comme vous dites pour éviter les ennuis, à s’adapter et à se costumer sans cesse ! Et regardez un peu ces trois-là ! (Juliette désigne les religieux.) Quand je les vois se disputer, je me dis que c’est un peu comme une mauvaise pièce de théâtre qui s’étirerait à l’envi et que le public devrait supporter jusqu’à la fin ou un mauvais film qui tournerait sans cesse en boucle et que chacun aurait dans sa tête et qu’on vous impose de regarder…

 

Arès : Nul besoin de tomber dans la redondance, je crois que j’ai compris : dois-je les tuer ?

 

Juliette : C’est inutile, ils y arrivent très bien tout seuls.

Fin de l’Acte II

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une suite intéressante, qui ne manque pas d'émotion et de réflexion !

À suivre...

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Tout est ici, dépassé l'aspect comique, d'une grande profondeur!

Posté(e)
  • Auteur

Je vous remercie pour vos retours, @Alba et @Thy Jeanin !

Maintenant que la présence d'Arès a attiré les convoitises (Caius, Volubile et Matamore), place aux intrigues de cour...

Jacques est un peu laissé de côté mais il reviendra !

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