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Accents poétiques

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Qu'un dieu vous serve (II, 6 & 7)

Featured Replies

Posté(e)

Scène 6 – Arès, Juliette, Julien

 

Arès : Je vous ai demandé de m’expliquer, j’écoute.

 

Julien (bombant le torse) : On voulait te voir !

 

Arès : Toi tu n’as pas peur, l’insouciance de l’âge je suppose.

 

Juliette (minaudant) : Moi non plus je n’ai pas peur…

 

Arès : L’âge de l’insouciance j’imagine.

 

Julien : C’est donc toi, le dieu-servant ?

 

Arès : Oui, c’est moi. Et maintenant que tu l’as vu, ton dieu-servant, que vas-tu lui demander ?

 

Julien : Je ne sais pas, je…

 

Arès : Allons, cela suffit. Vous devriez partir, vos parents arrivent.

 

Juliette (alors que Julien a déjà fait quelques pas, de manière à ne pas être entendue de lui) : Dieu-servant, je veux dire : Arès, merci.

Arès : Pour quelle raison ?

 

Juliette : Pour le coup de balai… Je veux dire : pour le coup de main…

Scène 7 – Arès, Jacques, Jacqueline

 

Arès reprend le balayage du parc tandis que Jacques et Jacqueline s’entretiennent à distance pour ne pas être entendus de lui.

 

Jacques : C’est curieux, nous voilà en odeur de sainteté auprès du militaire, du politique et du culturel… As-tu vu comment ils se précipitaient tous les trois, la main vers nous, pour nous saluer ?

 

Jacqueline : Dis plutôt six mains, la météo annonçait en effet beaucoup de précipitations pour la journée…

 

Jacques : Je suis sérieux, Jacqueline. Il est temps que nous nous débarrassions d’Arès. J’ai l’impression qu’il n’aime pas beaucoup la tâche que nous lui avons confiée…

 

Jacqueline : Quelle idée aussi de ta part ! Faire balayer une divinité !

 

Jacques : Où est le problème ? Je balaie bien, moi !

 

Jacqueline : C’est le faire qui fait la différence ou si tu préfères, c’est le sujet : « Tu balaies », ce n’est pas la même chose que « Arès balaie »…

 

Jacques : Parce que tu as mieux, peut-être ? Je n’ai guère envie qu’un dieu se balade dans mon usine, j’ai déjà assez d’ennuis comme cela ! Et je me vois mal m’adresser aux ressources divines pour recaser Arès, il me semble pour le coup loin de la sainteté chez les Olympiens…

 

Jacqueline : C’est un problème chronologique, rien de plus, tu sais aussi bien que moi que les saints sont apparus avec le monothéisme. Pourquoi n’essaierais-tu pas les techniques du management ? Renvoyer en douceur, c’est tout un art que nous apprenons avec le temps, nous autres, demandeurs d’emploi.

Jacques : Le problème, c’est que tout est dans le bon côté du bureau : recevoir, ce n’est pas renvoyer…

 

Jacqueline : C’est parce que nous n’avons pas l’habitude d’être du bon côté du bureau. Tout est dans l’habitude, le commandement comme l’obéissance. Et l’habitude doit se prendre très jeune ou elle passe, comme feuille qui file au vent. Tiens, me voilà poétesse pour une fois ! Cela me plaît ! Ah ! Ah ! Ah !

 

Jacques (d’un ton sérieux) : Que devons-nous faire alors ?

 

Jacqueline : Sois de fer pour commencer car Arès approche.

 

Jacques : Treize, mes aïeux ! Je ne suis pas superstitieux mais je crois que je vais le devenir !

 

Arès les rejoint.

 

Arès : J’ai débarrassé le parc de cinq vermines. Que dois-je faire encore ?

 

Jacques : N’auriez-vous pas remarqué trois hommes ?

 

Arès : Parfaitement : un bavard, un agitateur et un fier-à-bras.

 

Jacques : C’est tout à fait leur description mais comment peuvent-ils vous voir ?

 

Arès : Par tous les Olympiens dont je ferai bientôt à nouveau partie (à ces mots, Jacques et Jacqueline reculent), vous ne lisez donc pas les contrats que l’on vous remet ?

 

Jacques : Un contrat, c’est fait pour être signé et nous n’avons rien signé !

 

Arès : Par chez nous, ils sont faits pour être exécutés.

 

Jacques (à part, à Jacqueline) : Il parle d’exécuter ?

 

Jacqueline (à part, à Jacques) : Ne t’inquiète donc pas, tout est dans la polysémie…

Jacques (prudemment) : Et que dit le contrat ?

 

Arès : Je vous l’ai déjà expliqué : je demeure invisible sauf à ceux qui ont pouvoir sur moi.

 

Jacques (même ton) : Ma famille et moi ne sommes donc pas les seuls à vous voir ?

 

Arès : Évidemment que non, c’est bien une idée de mortel que de penser avoir l’exclusivité !

 

Jacques (piqué au vif) : Nous n’avons rien demandé, nous !

 

Arès : Non, vous n’avez rien demandé ; non, vous n’avez rien fait. D’ailleurs, vous ne faites rien ni ne demandez rien, c’est bien là votre problème ! A part vous plaindre, gémir et pleurer sur votre vie, à part votre dépucelage d’élèves, de hiérarchie et de collègues, à part votre hamster, sa roue et le globe tout entier, que faites-vous ? Dites-le moi, un peu ! Et pour ma part, je ne suis guère connu pour ma patience, aussi vais-je clarifier les choses pour vous puisque vous avez peur de le faire vous-même : vous êtes obligé de faire avec moi tout comme je suis obligé de faire avec vous et cela pour une durée de treize mois. Ordonnez, j’obéirai : est-ce trop difficile pour les gens comme vous ?

 

Jacques (même jeu) : Nous avons un contrat d’embauche !

 

Arès : Un contrat d’embauche est une laisse bien mince quand on a affaire à un dieu.

 

Jacqueline (s’interposant) : Nous ne vous permettons pas, nous vous avons salué, nous…

 

Arès : De quelle façon ? La première, la deuxième ou la troisième ?

 

Jacqueline (étonnée) : Vous voulez dire que… ?

 

Arès : Parfaitement ! Je vous entends penser aussi facilement que si vous criiez à mes oreilles. Si je devais simplifier, je connais tout de vos pensées et de vos propos, et quand je dis « tout », c’est « tout », un point c’est tout ! Le monde dans lequel vous vivez n’est qu’une caverne, aussi grande soit-elle ; le mien se trouve dans les cieux, aussi illimités soient-ils. Comment des insectes tels que vous entendraient-ils le chant que j’ai la bonté de leur expliquer ? Car je suis un dieu, l’auriez-vous oublié ? Un dieu rejeté, un dieu condamné, un dieu asservi aux mortels mais un dieu quand même ! Et que vous le vouliez ou non, le dernier parmi les dieux restera toujours le premier parmi les mortels ! Alors consultez un psy si cela vous chante, saisissez-vous d’un fer pour entrer en guerre contre moi si vous en avez le courage mais, pour la dernière fois, donnez-moi quelque chose à faire ! Ne dit-on dans votre monde que l’oisiveté est mère de tous les vices ?

 

Jacques : Alors les dieux comme vous doivent être très oisifs…

 

Arès : Parfaitement ! Et c’est sans doute pour cela que je suis condamné à vous servir ! Qu’un dieu fréquente suffisamment longtemps les mortels et il n’aura plus envie d’être un dieu !

 

Jacqueline : Soit ! Dans ce cas, balayez !

 

Arès : Fort bien, je balayerai donc ce parc encore et encore mais n’oubliez pas une chose…

 

Jacques & Jacqueline : Laquelle ?

 

Arès : Vous devenez vite des dieux.

 

Arès repart balayer tandis que Jacques et Jacqueline restent cois quelques instants.

 

Jacques : Ciel, voilà une colère divine ou je ne m’y connais pas !

 

Jacqueline : Reconnaissons toutefois qu’il n’a pas tort !

A suivre.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une suite intéressante, qui nous fait mieux connaître Arès. Il deviendrait presque sympathique, avec sa franchise et sa clairvoyance...

À suivre...

Posté(e)
  • Semeur d’échos

On continue à interroger la condition des dieux comparée à celle des humains, sous une forme vivante. On ne s'ennuie pas un instant.

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