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La Mémoire du vivant

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

La Mémoire du vivant

 

Avant les étoiles, avant la lumière, il y avait le Silence. Un Silence si profond qu’il n’était pas absence de son, mais plénitude de l’être. Les Étants y dansaient, invisibles, intangibles, tissant la trame de l’univers à venir. Ils n’avaient pas de corps, seulement des consciences pures, des mélodies sans instrument, des pensées sans langage. Ils étaient les Anges avant que l’humanité ne les nomme ainsi, avant que la mémoire du vivant ne les réduise à des ombres de légende.

Ce jour-là, pour la première fois, le Silence trembla.

Les Étants s’approchèrent, intrigués. Ils ne connaissaient pas la peur, seulement la curiosité, l’émerveillement devant l’inconnu.

- Viens !

La voix n’était pas une voix. C’était une attraction, une faim. Les Étants ne comprenaient pas, mais ils sentaient, pour la première fois, quelque chose qui n’était pas eux. Quelque chose qui voulait les absorber.

- Qu’est-ce que cela ? demanda l’un d’eux, sa conscience s’étirant vers le point noir.

- C’est une faim, répondit un autre, plus ancien, plus sage. C’est une bouche qui s’ouvre sur le néant.

- Mais nous sommes la lumière, nous sommes l’être. Rien ne peut nous dévorer.

- Peut-être. Mais cela va essayer.

Les Étants se rassemblèrent autour de la singularité, leurs consciences fusionnant en un chœur harmonieux, tentant de communiquer avec l’inconnu.

- Qui es-tu ? demandèrent-ils, leurs voix résonnant comme des cordes célestes.

Le trou noir ne répondit pas par des mots. Il répondit par une attraction. Une force irrésistible, douce et violente à la fois, qui tirait sur leur essence, comme une marée aspirant des grains de lumière.

- Tu ne parles pas ? insista l’un d’eux, s’avançant davantage.

- Je suis ce qui reste quand tout a disparu, murmura le trou noir, d’une voix remplie d’échos, de vibrations liées à l’absorption de leur propre substance.

- Tu nous avales !

- JE SUIS.

Les Étants reculèrent, effrayés. Pour la première fois, ils connurent la peur. De n’être plus. De devenir silence, après avoir été chant.

- Nous devons partir, dit l’un d’eux.

- Nous devons comprendre, répondit un autre.

Et c’est ainsi que les Étants se divisèrent. Certains s’enfuirent, s’éloignant de la singularité, cherchant refuge dans les replis de l’univers naissant. D’autres restèrent, fascinés, attirés par cette faim qui promettait une réponse à une question qu’ils ne s’étaient jamais posée : que reste-t-il quand on n’est plus ?

Les Étants qui restèrent furent les premiers à disparaître. Leurs consciences, aspirées, devinrent énergie pure, nourrissant le trou noir, le faisant grandir. Et plus il grandissait, plus il attirait. Les Étants comprirent trop tard : ces trous noirs n’étaient pas des accidents. Ils étaient une loi. Une loi de l’univers qui disait : tout ce qui est doit un jour cesser d’être.

Ce premier trou noir ne resta pas seul. Comme une maladie de la géométrie, d'autres singularités apparurent, nées de l'effondrement des premiers soleils. Les Étants, mus par leur nature altruiste, tentèrent de « soigner » ces plaies en y injectant leur propre énergie.

Ce fut leur perte. Chaque Étant qui plongeait dans l'Abîme pour le combler ne faisait que nourrir sa masse. Les trous noirs grandissaient, devenaient des ogres galactiques. La Plénitude s'effaçait. L'espèce des Étants, autrefois infinie, s'étiola. À chaque Étant dévoré, une nuance de la conscience universelle s’éteignait.

Ils comprirent trop tard que l'Abîme était l'inverse de leur nature : ils étaient l'irradiation, le trou noir était l'implosion. Ils ne pouvaient pas gagner, car se battre contre le vide, c'était encore lui donner de l'importance.

Avant que le dernier cercle des Étants ne soit aspiré, ils émirent une ultime vibration, un codex de mémoire gravé non plus dans la lumière, mais dans la matière organique qui commençait à poindre sur des planètes froides. Ils déposèrent leur essence dans le futur « vivant ».

Des milliards d’années plus tard, sur une petite planète bleue, une espèce fragile apparut : l’Humanité.

Les Étants n'existaient plus physiquement. Le cosmos était désormais un cimetière de géants sombres entourés d'étoiles isolées. Pourtant, au plus profond de la psyché humaine, dans ce que Jung nommerait plus tard l'inconscient collectif, résidait une nostalgie inexplicable.

L'homme regardait le ciel et, sans savoir pourquoi, il imaginait des êtres de lumière, invisibles, protecteurs, dotés d'une sagesse primordiale et d’un altruisme infini. Il les appela les Anges.

Cette intuition n’était pas une invention religieuse, mais une réminiscence cellulaire. La mémoire du vivant se souvenait de l'époque où l'espace n'était pas vide, mais habité par les Étants. Le traumatisme de leur disparition face aux « démons », les trous noirs dévorants, s'était transformé en mythes de guerres célestes.

Quand un astrophysicien moderne observe un trou noir avec terreur et fascination, il ne fait que rejouer l'effroi de ses ancêtres immatériels. Et quand un poète rêve de créatures ailées veillant sur le monde, il ne fait que capter l'écho affaibli de ceux qui, jadis, tentèrent de dialoguer avec l'Abîme pour sauver la Lumière.

Les Anges ne sont pas dans le ciel : ils sont le souvenir de ce que l'univers a perdu quand le premier trou noir a ouvert la bouche.

 

FIN

 

 

Posté(e)

Un récit fantastique qui propose une hypothèse certes poétique mais plausible après tout de la conscience humaine ; Freud, Jung, Lacan et tant d'autres auraient-il rejeté cette vision des choses ?

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci Nils pour ces mots !

J'aime la poésie qui plane dans le vent. Tout vibre de poésie pour moi, passé et présent se mêlent, légendes et mythes accompagnent mes pas rêveurs, un pied ici, un pied ailleurs.

Avec le désir peut-être de tutoyer les anges...

( ͡^ ͜ʖ ͡^ )

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un conte de philosophie de haut niveau. Bien qu'abstrait, il se laisse lire avec bien du plaisir, peut-être parce qu'il y est question de notions fondamentales pour les vivants que nous sommes. Être absorbe les étants, ceux-ci ne pouvant se stabiliser dans leur entité, pure illusion. Car les étants sont existants. Heidegger est passé par là. Associer l'Être ogresque au trou noir est une féconde idée qui fait dévier le récit de la pure phénoménologie au conte merveilleux. Voilà qui donne à réfléchir!

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci beaucoup pour ce beau et fin commentaire, Thy Jeanin ! Le réponse à toutes les questions réside peut-être dans l'inconscient collectif...

Être ou ne pas être, être Étant ou Être errant, le Trou noir et son Double...

≖‿≖

Posté(e)

Qui y a t’il derrière un trou noir ? Notre galaxie en comporte un en son centre.

Un autre univers ?

Celui que vous nommez « Je suis » me renvoie au « Je suis » de la Bible, attirant Moïse au buisson ardent, par son Amour irrésistible…

Votre allégorie donne à réfléchir aux commencements de toutes choses….Genèse 1:1…

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci Martialys, pour ces paroles si sensées et si sages !

Réfléchir dans le miroir des connaissances, certes ! Prenons seulement garde de ne pas nous y réfléchir...

ɷ◡ɷ

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