Posté(e) 11 janvier11 janv. Semeur d’échos comment_212601 Le jour où j’ai dressé mon humain Journal intime d’un chat Je crois que je peux officiellement l’écrire : aujourd’hui, j’ai dressé mon humain. Pas complètement, il reste encore beaucoup de travail, notamment sur la gestion des horaires de repas et l’usage abusif de l’aspirateur, mais un cap a été franchi. Je suis fier de moi. Tout a commencé ce matin, à 5 h 42. L’humain dormait profondément, roulé dans sa couette. J’ai sauté sur le lit avec la grâce d’un ninja, puis j’ai entrepris ma technique préférée : la marche lente sur le torse. Une patte après l’autre, bien centrée, bien appuyée. Il a grogné. J’ai insisté. Il a ouvert un œil.Je me suis assis sur son sternum, queue enroulée autour de mes pattes, posture impeccable. Je l’ai regardé fixement. Il a résisté. Les humains sont têtus. Mais j’ai un atout imparable : le ronronnement stratégique. Je l’ai enclenché, en mode intensité moyenne et vibrations régulières. Il a soupiré. Puis il a murmuré : «M&M… pas maintenant… ».J’ai augmenté le volume, Il s’est levé alors. Il a marché en titubant jusqu’à la cuisine. Je l’ai suivi, queue haute, comme un général inspectant ses troupes. Il a ouvert le placard, pris ma boîte préférée, et m’a servi mon repas du matin. J’ai reniflé. Pas assez rempli. Je l’ai regardé. Il a compris. Il a ajouté une cuillère. Victoire.Après le petit déjeuner, j’ai décidé de passer à l’étape suivante de mon programme de dressage : l’occupation de l’espace. J’ai sauté sur son bureau, juste devant son rectangle lumineux. Il a dit : « M&M, pas maintenant, je dois travailler ». J’ai répondu en m’asseyant sur le clavier. Il a essayé de me déplacer. J’ai fait le poids mort. Il a finalement déplacé son ordinateur pour me laisser la place. C’est gagné !Vers 10 h, j’ai décidé de lui offrir une pause tendresse. C’est important, pour maintenir la motivation du sujet. Je me suis approché, j’ai frotté ma tête contre sa main. Il a souri, ravi. C’était dans la poche (façon de parler), popularité au plus haut.Ensuite, j’ai entrepris la grande mission du jour : l’éducation émotionnelle. L’humain semblait stressé. Il tapait fort sur son clavier, fronçait les sourcils, parlait tout seul. J’ai sauté sur ses genoux. Il a sursauté. Puis il a posé sa main sur mon dos. J’ai ronronné. Il s’est détendu. J’ai continué. L’objectif était atteint.Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai compris que j’avais franchi un cap. Il ne me voyait plus seulement comme un colocataire poilu, mais comme un guide spirituel, un gourou, un maître en puissance. Je progressais dans la bonne direction. Lui aussi.Vers midi, il a décidé de cuisiner. J’ai supervisé. Il a failli faire tomber un morceau de poulet. J’ai tenté de l’attraper en vol, mais il a été plus rapide. Cependant, j’ai obtenu une récompense : un petit fragment, posé délicatement dans ma gamelle. L’humain avait compris l’utilité des bonus gustatifs. Tout se passait au mieux de mes intérêts.L’après-midi a été plus calme. J’ai dormi sur le canapé, en position de sphinx. L’humain est venu me regarder plusieurs fois. Il a même pris une photo. Je l’ai laissé faire. La patience est l’apanage des sages.Vers 17 h, j’ai décidé de tester son niveau d’obéissance. Je me suis posté devant la porte d’entrée. Il a compris immédiatement. Nous sommes sortis. Il n’a pas protesté et m’a suivi. Je marchais deux pas devant lui, en bon dominant qui se respecte. Il ne disait mot, toujours attentif à mon bien-être. Bonne attitude. J’ai choisi le chemin. Il a obéi. Le but était atteint : j’avais décidé de tout lors de cette promenade.De retour à la maison, j’ai reçu une avalanche de caresses. J’ai fait mine de ne pas trop apprécier, pour maintenir le mystère. Mais en réalité, j’étais ravi. Les humains sont maladroits, mais leurs mains sont chaudes. Et ils sentent bon la sécurité.Ce soir, alors qu’il s’installait sur le canapé, j’ai sauté à côté de lui. Il a posé sa main près de moi. J’ai posé ma patte dessus, en dominant sûr de son droit. Il a seulement murmuré : « adorable chaton… ». Les humains sont d’un aveuglement et d’une sottise, parfois… Ils ne voient que ce qu’ils veulent voir.Avant d’aller dormir, il a rempli ma gamelle d’eau fraîche. Sans que je le demande. Le dressage était complet, l’humain allait au-devant de mes désirs.Maintenant, je suis sur mon coussin préféré, en train d’écrire ces lignes imaginaires avec ma patte. L’humain dort déjà. Il ronfle un peu. Je l’entends d‘ici. Je me sens étrangement fier. Et curieusement attaché à ma créature dominée. C’est compliqué à dresser, un humain. Ça demande du temps, de la patience, beaucoup de pédagogie. Mais quand on y arrive, c’est un bonheur.Demain, je commencerai l’étape suivante : lui apprendre à ouvrir la fenêtre exactement quand je veux sortir. Et à la refermer exactement quand je veux rentrer. Ça risque d’être long. Mais je suis un chat. J’ai tout mon temps. Et l’avenir s’annonce tout à fait radieux. FIN Envoyer une note adhésive
Posté(e) 11 janvier11 janv. comment_212604 Si l'on doutait encore que le chat est bien le maître et non l'inverse, votre texte en apporte une preuve... chatoyante ! Envoyer une note adhésive
Posté(e) 11 janvier11 janv. Auteur Semeur d’échos comment_212621 En effet, Nils, et ô combien miaulante (mais il faut se méfier) ! C'est un sourire adressé à ces petites boules de poil que nous chérissons tant et à leurs "humains de compagnie" !Cela dit, je me suis quand même renseignée sur la psychologie féline avant d'écrire ce texte : quel mystère dans les yeux des chats ! Une énigme à décrypter, quand on est curieux. Et j'avoue que je le suis...( ͡~ ͜ʖ ͡° ) Envoyer une note adhésive
Posté(e) 11 janvier11 janv. Semeur d’échos comment_212656 Tout à fait réaliste, ce point de vue félin! En tous cas, c'est un cas de servitude volontaire pour les adorateurs du Chat. Il y a quelque chose de la vie de couple avec ces élus, je crois que Colette le disait... Envoyer une note adhésive
Posté(e) 11 janvier11 janv. Auteur Semeur d’échos comment_212657 Merci Thy jeanin pour ces mots lucides ! Nous avons trop tendance à projeter nos affects sur nos animaux (et pas seulement). S'ils sont nos "petits chéris", nous ne sommes pas leurs "petits chéris", loin de là. C'est la première chose que j'ai lue dans les articles traitant de psychologie féline, soulignée en rouge.Le monde animal et le monde humain sont deux univers différents. trop d'humains l'oublient. L'anthropomorphisme cause du tort aux humains, comme aux animaux.⊙▽⊙ Envoyer une note adhésive
Posté(e) 11 janvier11 janv. Semeur d’échos comment_212662 A mes yeux, il n'y a pas loin de la bête à l'humain et le retour n'est pas moins rapide, mais ce n'est que mon avis. En tous les cas, ne nous privons pas de tendresse: les chats connaissent. Envoyer une note adhésive
Posté(e) 12 janvier12 janv. Auteur Semeur d’échos comment_212676 Merci Thy Jeanin, pour cette réflexion !Que d'abandons de ces pauvres animaux lorsque les "maîtres" se rendent compte qu'ils n'ont pas une peluche avec eux ! Ils tombent de haut. Une adoption en toute connaissance de cause éviterait beaucoup de souffrances. Le savoir libère et prévient.´・ᴗ・` Envoyer une note adhésive
Posté(e) 12 janvier12 janv. comment_212698 Ce chat qui sait parfaitement ce qu'il fait met à jour bien des malentendus. Bien vu. Envoyer une note adhésive
Posté(e) 12 janvier12 janv. Auteur Semeur d’échos comment_212707 Ah ! ce regard du chat, observateur et concentré, parfaitement immobile, quand il observe sa proie....Quelle intelligence et quel prodige de tactique !Cela dit, ce conte n'est qu'une aimable fiction, un divertissement qui ne porte aucune prétention éthologique.Mais c'est aussi sans doute une fable, un peu éloignée de La Fontaine, certes, mais dont la moralité pourrait être : sachons changer parfois de point de vue pour entrapercevoir la vérité...( ಠ‿<) Modifié 12 janvier12 janv. par Alba Envoyer une note adhésive
Posté(e) 13 janvier13 janv. comment_212731 Ce texte est un excellent exemple d’humour animalier et de renversement de point de vue. Le chat, narrateur sûr de lui et plein de morgue, décrit avec une solennité amusante les interactions quotidiennes comme un programme méthodique de dressage de son "humain". Le ton est à la fois fier, condescendant et légèrement affectueux, capturant parfaitement l’aura de supériorité féline tout en évoquant la relation complice et parfois absurde entre un chat et son propriétaire. L’effet comique repose sur l’anthropomorphisme et l’inversion des rôles.Dans ses chroniques ou son album Désirs de chats, l’auteur Bernard Werber prête souvent aux chats une voix et une philosophie très proches de ce ton. Envoyer une note adhésive
Posté(e) 13 janvier13 janv. Auteur Semeur d’échos comment_212761 Merci beaucoup Joailes, merci à tous !La prochaine fois, je proposerai le Journal intime d'un papillon. Comme ça, je ne vous saoulerai pas par mes discours !(^▽^) Envoyer une note adhésive