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Le duel entre la plume et la faux

Featured Replies

Posté(e)

Je relis parfois mes poèmes pour me laisser surprendre.

Dans celui-ci, datant de 2018, le peintre meurt le pinceau à la main.
Il ne l’a pas lâché.
Même dans la destruction, même dans la douleur paroxysmique, il tenait encore son outil.


Le peintre illuminé quand ai-je écrit cela ?

Il me revient des lambeaux de mémoire

des copeaux de poèmes taillés à la serpe

des drapeaux en berne pour ce que j'ai cru dire.

Est-il possible d'écrire deux fois

les mêmes mots, les mêmes béances ?

J'ai l'impression de tourner en rond,

d'écrire toujours les mêmes choses

est-ce un signe, un message codé

depuis que je suis de silence ?

Les mots baumes ne sont plus des caresses,

les états d'âme ambigus comme des haillons.

Il est resté des rires accrochés au balcon

entre les pots de géranium si chers à ma mère

l'azur goutte à goutte et la clepsydre pleure

j'ai touché l'horizon qui ne va pas plus loin

c'est un soir d'orage qui bat à ma tempe

un duel entre la plume et la faux

qui sortira vainqueur ?

La ponctuation m'assaille et se venge

j'ai voulu si souvent me passer d'elle

croyant faire des mots un savoureux mélange

comme le peintre qui n'explique rien

de ses coups de pinceaux.

J'attendais ainsi qu'on attend un train très en retard

ou un bateau qui change de cap sans prévenir

sur le mur, étaient clouées quatre guitares,

et des poèmes à n'en plus finir ...

Où s'en vont les verts et les jaunes

les rouges carmin et les roux panachés

et tous ces doux parfums d'automne

valsant sous le vent qui les faisait danser ?

Un coup de tonnerre traverse l'atelier

tout tremble et tout se brise

la boussole bleue oscille delà les palmiers

et je suis sur la banquise.

Ecrire doigts et cœur gelés

dessiner des falaises

peindre des champs de blé

attendre que tout s'apaise ...

Mais me reste-t-il du temps ?

(joailes -) 8 janvier 2025 - 22h 35

Modifié par Joailes

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Entre hier et aujourd'hui, des états de l'âme, confidences et réflexions d'une artiste qui parle de l'art.

Ces vers qui s'égrènent sur la page somme un soupir, comme un sanglot, touchent énormément. Ils subjuguent aussi le lecteur par l'immense dimension esthétique qu'ils recèlent.

Posté(e)
  • Administrateur

Bon, forcément, j'ai pris le temps de relire ce peintre illuminé, un de tes premiers textes sur AP et, si en 2018, l’artiste mourait héroïquement, pinceau levé puis rideau ; en 2026 , le poète regarde ses anciens textes et se dit : « …mince, j’ai encore écrit ça ? » 😅

Plus sérieusement, il y a toujours quelque chose d'émouvant dans cette relecture de soi à six ans de distance. Le poème de 2018 parlait d’un peintre consumé, mort le pinceau à la main ; celui-ci parle d’un poète qui survit mais qui doute, grelotte et se demande s’il lui reste du temps. Quelque part, tu as acquis en six ans une forme de maturité douloureuse... Contrairement au peintre de 2018, le poète n’est pas ici détruit par le cataclysme mais il reste là à écrire malgré le gel.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Relire ses anciens poèmes et se rendre compte qu’on n’est plus le même, les considérer de façon critique, un exercice qui n’est pas sans complaisance, mais qui peut faire apparaître leur caractère dérisoire. Les peintres éprouvent peut-être les mêmes sentiments en voyant leurs anciens tableaux.

Modifié par Jeep

Posté(e)
Il y a 15 heures, Joailes a écrit :

Je relis parfois mes poèmes pour me laisser surprendre.

Dans celui-ci, datant de 2018, le peintre meurt le pinceau à la main.
Il ne l’a pas lâché.
Même dans la destruction, même dans la douleur paroxysmique, il tenait encore son outil.


Le peintre illuminé quand ai-je écrit cela ?

Il me revient des lambeaux de mémoire

des copeaux de poèmes taillés à la serpe

des drapeaux en berne pour ce que j'ai cru dire.

Est-il possible d'écrire deux fois

les mêmes mots, les mêmes béances ?

J'ai l'impression de tourner en rond,

d'écrire toujours les mêmes choses

est-ce un signe, un message codé

depuis que je suis de silence ?

Les mots baumes ne sont plus des caresses,

les états d'âme ambigus comme des haillons.

Il est resté des rires accrochés au balcon

entre les pots de géranium si chers à ma mère

l'azur goutte à goutte et la clepsydre pleure

j'ai touché l'horizon qui ne va pas plus loin

c'est un soir d'orage qui bat à ma tempe

un duel entre la plume et la faux

qui sortira vainqueur ?

La ponctuation m'assaille et se venge

j'ai voulu si souvent me passer d'elle

croyant faire des mots un savoureux mélange

comme le peintre qui n'explique rien

de ses coups de pinceaux.

J'attendais ainsi qu'on attend un train très en retard

ou un bateau qui change de cap sans prévenir

sur le mur, étaient clouées quatre guitares,

et des poèmes à n'en plus finir ...

Où s'en vont les verts et les jaunes

les rouges carmin et les roux panachés

et tous ces doux parfums d'automne

valsant sous le vent qui les faisait danser ?

Un coup de tonnerre traverse l'atelier

tout tremble et tout se brise

la boussole bleue oscille delà les palmiers

et je suis sur la banquise.

Ecrire doigts et cœur gelés

dessiner des falaises

peindre des champs de blé

attendre que tout s'apaise ...

Mais me reste-t-il du temps ?

(joailes -) 8 janvier 2025 - 22h 35

Ce poème est profond… peut-être vient il à présent creuser un peu plus loin et chercher les racines de nos récits ? Les frôler dans ce mouvement (où à l’inverse du sentiment de stagnation qui nous rend captif )nous nous libérons encore plus de cette illusion : le temps… nous ne saurons jamais s’il nous en reste… alors oui Joailes « écrire doigts et cœurs gelés » , écrire quoiqu’il en soit des états d’âme , c’est témoigner de la vie et ici la partager 😌

Posté(e)

Au-delà de nos écrits, l'on se retourne souvent aussi sur nos actions et, que nous le voulions ou non, il faut faire avec le passé mais avoir "les doigts et le cœur gelés" et pourtant écrire encore, c'est la preuve que vous avancez malgré tout.

Posté(e)

"Il avait en ses yeux je ne sais quels enchantements De rêves inachevés, de visions éphémères, Comme des étoiles lointaines, filées au firmament Et des rayons de lune emplis de lourds mystères."
C'est tellement beau !
on n'écrit peut-être pas deux fois la même chose, mais on écrit sans doute toujours à partir des mêmes profondeurs , des mêmes blessures/affects. Ils affleurent par moments et l'on prend le stylo.
Ainsi on a l'impression qu'on écrit toujours le même poème, c'est intime et c'est vrai (même quand on nous dit que non).
Pourtant le temps fait son oeuvre, même si parfois il nous intime le silence, on avance.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

J'aime tes interrogations à la relecture de ton poème. Relire un poème éveille tant...

Il est le condensé d'un moment, l'essence d'une émotion.... Il y a de soi et tant encore.

L'écriture, la peinture... j'aime quand ces deux univers s'interpénètrent.

La questionnement du dernier vers est émouvant. Nous pouvons tous nous la poser. 🩵

Posté(e)
  • Semeur d’échos
Le 09/01/2026 à 06:35, Joailes a écrit :

j'ai touché l'horizon qui ne va pas plus loin

Mais que pourtant vous dépasser encore @Joailes !

Posté(e)

Oui, derrière tout cela se cache finalement une question existentielle, ainsi qu'à pu le souligner @Nils Exo . MAis le peintre, le poète, le sculpteur, le chorégraphe, tous font, faisons le même constat, tôt ou tard : "Est-ce bien moi qui ait produit cela", ou "Qu'ai-je voulu dire ?", mais encore "Qui étais-je, qui suis-je ?"...

Avec une grande force et une profonde mélancolie, tes mots vont sonder les profondeurs de l'âme du créateur en quête d'une réponse qui je le suppose, n'existe pas...

Créer, c'est se jouer de soi, c'est s'exposer au monde et à soi-même, au risque de lire en soi aujourd'hui ou demain, des choses qui peuvent être objet d'un malaise ou d'un questionnement douloureux. Au risque de ne plus comprendre, se relisant a posteriori, celui ou celle que l'on fut...

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Visionnaire: tu contemples ta propre créativité et il est clair qu'elle émane de ce qu'il y a de plus profond et de plus vrai dans ton coeur. Le peintre ne baisse pas son pinceau, plus conscient que tout autre de ce qui s'ébauche à ses yeux. Auras-tu le temps: quand on crée, je crois que le temps n'a plus d'importance. Le poème prend toute la place, tout l'espace-temps, occupe toute l'âme. Il n'y a plus d'âge, tout est dans l'être. Très beaux vers.

Posté(e)

Écrire c'est être pleinement à soi-même, avec les contradictions, les jaillissements, les égarements et les peurs qui nous façonnent.

Écrire nous fait accéder à une sorte de maturité précoce qui décuple notre perception de la fragilité humaine et nous exhorte à entrer loin dans nos zones d'ombre autant que dans nos espaces de désir .

Magnifique réflexion @Joailes sous ta plume magique et infiniment sensible 💙

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