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Les contes de la mère Jo (20) Callie

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

20 -

Callie, la luciole manquante

Il était une fois une petite fille très solitaire nommée Callie.

Livrée à elle-même, elle ne savait rien de la vie cruelle qui se tramait de l'autre côté du mur de lianes oranges qui lui en interdisait l'accès.

Elle ne marchait pas, elle dansait.

Elle ne parlait pas, elle déclamait.

Elle était plongée dans le silence, à mille lieues sous la mer.

Son monde était fait d'encre et d'émerveillement, et elle portait son prénom comme un destin : elle devait calligraphier la vie.

Entre ses doigts, les brins d'herbe devenaient des pleins et des déliés, et le vol des oiseaux traçait des signatures parfaites dans le ciel si vaste.

Callie rêvait d'écrire un chef-d'œuvre, un poème parfait, celui qui ferait chuchoter les feuilles, sourire les ruisseaux et chanter les anges.

Je lui disais que tous ses poèmes étaient parfaits, mais elle n'était pas satisfaite ; il y avait dans ses yeux bleus des points d'interrogation couverts d'écume, comme un vol de cormorans.

Elle disait que les mots sur sa page restaient sages, alignés comme une armée d'écoliers sous un préau au nord, plus occupés à se réchauffer qu'à chercher un trésor.

Ils manquaient de lumière vive, de cette étincelle qui transforme une phrase en sortilège.

Mes mots sont en deuil, chantait-elle. Il leur faut un traducteur de clarté.

Je connaissais ces accès d'amertume à l'approche du soir, quand le crépuscule vient, tendant sa toile d'araignée violette entre les branches.

Les premières étoiles apparurent, comme des points de ponctuation célestes.

C'est alors qu'Elles arrivèrent, invitées à la grande soirée de l'herbe silencieuse.

Les lucioles, ces points-virgules vivants, ces suspensions respirantes.

Callie les regarda, bouche bée.

Chaque éclat était une idée en fusion, chaque vol une phrase en mouvement.

Mais ... vous épelez la nuit ! s'écria-t-elle, subjuguée.

Elle ouvrit son grand cahier et, à la lueur pulsatile de ces lampes divines, sa main se mit à voleter.

Elle n'écrivait plus avec de l'encre, mais avec de l'ombre et de l'or.

Les lucioles se rapprochèrent, intriguées par ce papier pâle qui buvait leur lumière.

L'une d'elles se posa sur un o, le transformant en bulle scintillante.

Elle y pondit un chapeau et Callie fit ô, rompant le silence.

Une autre suivit la courbe d'un s, le soulignant d'une rosace suave et si brillante qu'on eût dit l'auréole d'un saint.

Leurs abdomens battaient la mesure, scandant le rythme secret du poème en train de naître.

La nuit n'était plus un vide, mais la page immense d'un livre que la terre écrivait pour le ciel.

Callie comprit tout à coup : son poème ne devait pas parler de la lumière, il devait l'incarner.

Elle rayonna et sa plume s'envola.

Vous, clignoteuses du néant,
points d'exclamation ambulants,
vous écrivez avec vos ventres,
ce que j'ébauche avec mes petits doigts.
Mon encre est trop noire

la vôtre est d'or !

La luciole reine, celle avec un petit scintillement en plus, vint se poser sur le point d'exclamation et

pulvérisa de la poudre d'étoiles sur chaque mot pourtant banal.

Callie était en extase, elle applaudissait doucement des deux mains.

À l'aube, quand les lucioles rangèrent leurs lampes, Vénus vint lire le poème de Callie qui s'était endormie.

Les mots semblaient avoir absorbé la lueur, brillant doucement d'une lumière d'emprunt, comme un souvenir phosphorescent de la nuit.

Ô vous, clignoteuses du néant,
points d' interrogation flottants,
qui de vos ventres palpitants
tracez un alphabet d'instant ;
moi qui, de mes doigts hésitants,
cherche un vers frêle et vacillant,
nous échangeons l'ombre et l'éclat :
votre or furtif, mon encre noire,
écrivant sur le livre du soir
la même strophe éphémère.
Ô sœurs de l'éther, astres d'herbe,
nos plumes au même ciel vibrant
vous, avec le sourire ardent,
moi, avec le soupir tremblant 
nous faisons, sous le firmament,
l'œuvre unique d'un clair obscur !

Callie, désormais, n'écrivit plus que la nuit.

Callie n'a jamais grandi.

Dans son monde, derrière le mur de lianes orange, elle a ce sourire des bienheureux qui ne veulent rien d'autre que ce qu'ils ont

et surtout pas la petite luciole manquante.

(joailes -) 28 décembre 2025 - 22h 50



Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un récit attachant, touchant, mêlant poésie et narration, la plume a des ailes dans ce délicieux cocktail d'écriture et de songes !

À savourer avec l'émerveillement qu'il mérite !

Posté(e)

Un conte joliment poétique qui nous plonge dans une belle réflexion sur l'écriture, les doutes et les interrogations qu'elle suscite ; je crois qu'il y a un peu de Callie en chacun de nous...

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Merveilleux texte empreint d'une belle et touchante poésie. Eprise de beauté, Callie a compris qu'un texte a pour tâche de toucher son lecteur. Les lucioles sont l'élément magique auquel sont si sensibles les enfants amateurs de contes. Que Vénus reste sa lectrice zélée!

Posté(e)

Magnifique page de poésie !

Et derrière toute cette beauté, ces scintillements et ces trépidations, les rythmes de la nature se font entendre, sans que cela fut énoncé. Rythmes et phosphorescences : c'est bien la poésie !

Cette enfant habitée, qui habite elle-même le monde avec tant de gourmandise ne mourra jamais ! Elle vivra éternellement, réfugiée au plus profond de l'adolescente, de la femme jeune, moins jeune, puis âgée... Réfugiée mais active, vigilante et prodigue.

Et quelque chose me dit, Joailes, que votre petite voix d'enfance intime a encore de longues et belles heures devant elle.

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