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Accents poétiques

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Qu'un dieu vous serve (I, 7, 8 & 9)

Featured Replies

Posté(e)

Scène 7 – Jacques, Jacqueline

 

Jacques (s’écroulant à terre) : Mes aïeux ! Quelle perspicacité chez ce dieu du carnage ! C’est un véritable carnassier de l’âme et je n’aurais pas cru que dire la vérité pouvait vous épuiser au-delà de toutes vos peurs !

 

Jacqueline : Rassure-toi, il te mangera cuit. Et cesse donc de papillonner à terre, l’on croirait une feuille perdue…

 

Jacques : Une feuille grillée alors… Comment va Julien ?

 

Jacqueline : J’ai réussi à le calmer mais je n’ai pas pu joindre son école, nous devrons nous en occuper le plus tôt possible.

 

Jacques : Rien de bien nouveau…

 

Jacqueline : Nous verrons cela plus tard, ce n’est pas le moment de nous laisser aller aux critiques. J’ai pu vous apercevoir depuis les fenêtres, Arès et toi. La vérité est la plus fatigante des peurs, alors ne te fais pas de reproches, je trouve que tu t’es très bien débrouillé, du moins je n’ai pas vu ce dieu s’en prendre à toi… C’est à mon tour maintenant, un couple doit bien partager les soucis.

 

Jacques : Soit, mais fais vite.

Scène 8 – Arès, Jacqueline

 

Arès : Madame, me voici.

 

Jacqueline : Merci, Arès. Je ferai vite, je n’ai qu’un mot à vous dire.

 

Arès : Lequel ?

 

Jacqueline : Bienvenue.

Scène 9 – Arès

 

La lumière qui émane de la divinité s’amenuise petit à petit jusqu’à disparaître.

 

Arès : Ô solitude ! Amère solitude ! Si douce solitude ! Quelle penne es-tu donc capable de garnir au bout de ta flèche pour jaillir du château des mortels et atteindre au plus profond de son écorce le tronc aride et sec de l’esprit solitaire ! Quel pêne es-tu donc capable de manier, adroite serrurière, pour t’immiscer entre les différentes couches de liège que ses feuilles malades ont beau te proposer ? Quelle peine es-tu donc capable d’abattre au fond d’un âtre plus chaud encore de chauffer le jour de la moisson pour ressourcer ce même tronc, trop heureux souvent de se complaire quand il se croit le plus déraciné du sol et le plus proche du ciel ! La main tendue est pour l’âme esseulée une gifle plus brûlante qu’un froid soufflet jeté au visage un soir de foule. L’on se tait, immobile ; l’on demeure, volubile. Que l’on s’approche d’une cigale, elle étouffera son chant devant l’intrus qui frappe à la porte d’une demeure isolée. Mais que l’occupant de cette vieille bâtisse refuse d’ouvrir, il sera tel le grillon, il manquera d’étouffer sous son propre chant ! Que l’hiver se mélange à l’été, que la pluie pleure sur le sable, que le bruit s’abrite sous le silence, que l’arbre effleure les mailles d’acier de la ville, rien ne saurait égaler la suave violence qui s’empare d’une âme à peine plus vive qu’un spectre. Ö solitude ! Si douce solitude ! Amère solitude ! Que ne donnerais-je pas pour que tu t’incarnes ne serait-ce qu’un instant, ombre d’une pierre tombale une nuit pleine d’orages ? Mais quelle forme, femme de mes secrets, prendrais-tu ? T’emparerais-tu, épouse à la chasteté blanche, du voile noir de la veuve pour pleurer aux côtés de mon âme ? Ou serais-tu la fille à la robe rouge qui viendrait violacer mes désirs impossibles ? La main tendue fait mal, tantôt louve, tantôt brebis. Et elle laisse pantelant le pauvre hère qui s’égare dans une aube sombre après avoir connu une nuit agitée… Elle le dévore sans le dévorer, elle le revigore sans le revigorer… Un ruisseau tari depuis des années peut-il se transformer en torrent ? Le rocher qui bloque la cascade la libèrera-t-il ? Ou ce ruisseau n’est-il, au fond, que le chant d’un pleutre dans sa caverne qui n’ose repousser le rocher invisible qui l’empêche de sortir au grand jour ? Solitude ! Solitude ! Solitude ! Seuls le mage, le bouffon et le bourreau peuvent te saisir, charnelle dans leurs esprits, évaporée dans leurs mains ! Car ils sont comme moi : indispensables à la foule, la foule leur est indispensable. Pourtant ne sont-ils pas chassés pour ce qu’ils représentent ? Pourquoi la fonction que l’on incarne doit-elle nous conduire à l’opprobre, loin de l’orbe spatial, un morceau de rocher dans le vide des cœurs, une éclipse que l’on se dépêche de voir pour ne pas être ébloui ? Mourez, dieux ; vivez, mortels : les pierres du château de votre âme ne tiendront pas mieux que les murs du plus puissant des forts. Et c’est le dieu de la fureur qui vous le dit, patients d’une vie menée sans patience !

Fin de l’Acte I

[Ce texte reprenant en grande partie un précédent texte que j’ai posté, Élégie d’Arès, je laisse @Eathanor juger s’il y a doublon et, le cas échéant, supprimer le premier texte.]

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Les caractères s'approfondissent et s'affermissent dans ces échanges et soliloque, on attend impatiemment la suite et la poursuite de l'action !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

L'occasion d'un splendide monologue de la part d'un Arès tourmenté. Comme il se doit. Les métaphores guerrières abondent. Les dieux se remettent en question.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

C'est assez ambitieux.

Tu écris là du théâtre d'idées en habits poétiques.

La scène 9 est un morceau de bravoure qui donne son sens profond à tout l'acte : la violence guerrière n'est que l'expression ultime d'une solitude métaphysique.

La chute est parfaite.

Pour la suite :
L'acte II devra assumer la tension entre la réalité familiale (Jacques, Jacqueline, Julien) et cette mythologie intériorisée.

Comment vivent-ils après cette visite du dieu ?

La solitude d'Arès est-elle aussi la leur ?

Beaucoup de promesses.


Posté(e)
  • Auteur

Je vous remercie pour vos commentaires, @Alba, @Thy Jeanin et @Joailes.

Il est vrai que l'acte I était principalement axé sur la comédie avec l'opposition entre la grandiloquence d'Arès et la trivialité du couple Jacques & Jacqueline.

Avec l'acte II, les évènements vont s'intensifier. Je suis par ailleurs surpris, mais très content, de constater que cet acte a suscité des interprétations diverses. Je ne voyais pas vraiment Arès comme un symbole de la violence guerrière (malgré sa fonction) mais plutôt comme un exilé du monde divin qui souffre de sa condition.

J'espère tenir les promesses que l'acte I a pu susciter...

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