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Trêves de Noël

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

 

          Le jour de Noël est le seul de l’année où l’enfançon perdu dans la grande et sauvage forêt, celui que l’on surnomme Poucet, peut en franchir l’orée pour effleurer le vaste monde. Oublier l’Ogre.  Celui-ci, ce jour-là, ne mord guère. Il devient presque gentil. Poucet le sait, soulève les feuilles trop ratatinées pour lui faire de moelleuses couvertures et dans son habit de mousse, il frôle de la paume les arbres sentinelles des confins sylvestres et ouvre les yeux tout grands : une colline enneigée tend sa cime vers une éclatante étoile. Les oiseaux le lui avaient dit : c’est l’Etoile de Noël.

 

          Les pieds dans les demi-coques d’une noix, l’abandonné avance et gravit la montueuse pente. Il a tout le temps, la nuit de Noël ne se compte pas en heures. La nuit et le jour sont suspendus dans un baiser complice. Le flanc de la montagne est comme couvert d’une peau d’argent soyeuse, la froidure même est d’une douceur incroyable. C’est comme si l’hiver avait changé de nature, ses gerçures sont devenues des caresses.

 

          Là-haut, l’Etoile lui fait de l’œil. En son cœur s’allume un âtre auquel le petit être a pendu ses rêves. Il va, tranquille, et grimpe avec patience et vaillance. Mais le chemin est long. Ce temps de la natalité, dit-on, est propice à l’enchantement. Et voici que surgit du néant quelque chose, quelqu’un. Poucet pense : l’Ecureuil lui aurait dit non, rien ne surgit du néant, et la Chevêche l’eût confirmé. Mais Noël, c’est à part.

 

          C’est un adorable blanchon qui s’approche et lui propose son dos. Ainsi juché confortablement dans la laine de son échine, ensemble, l’on va plus vite. En quelques bons gracieux, ils sont au faîte. Mais Poucet écarquille en vain les yeux : il n’y a là-haut pas la moindre lueur. De l’autre côté de la colline, l’adret qu’il scrute est noir d’abord, puis devient, un peu plus bas, gris. L’on aperçoit au loin un ciel de fer blanc. Une immensité de sable sec.

 

          Alors c’est Horus, le bel épervier, qui vient le chercher pour l’emmener toujours plus loin, au pied de la colline, de l’autre côté. Poucet a confiance, la nuit de Noël, les prédateurs n’ont faim que d’amitié, il ne sera pas mangé.

 

          Poucet a marché assez pour ressentir ce qu’est d’être perdu dans un désert brûlant. En réalité, il n’a fait que deux pas et rencontre un garçon, plus mûr que lui, qui songe, assis à côté d’une rose. Sans avenir. « Il y eut ici l’ultime pluie, alors que scintillait l’Etoile, dit le Prince. Aujourd’hui, je veille la fleur dans l’espoir d’une nouvelle floraison. »

 

          Puis une silhouette se dessine au loin. C’est un homme dont l’habit de prisonnier est en lambeaux. Il est évadé du Village, une prison dorée, raconte-t-il quand il est à leur hauteur. Il croyait devoir son salut à l’Etoile mais pour lui aussi, elle a disparu. Il erre au désert, libre mais solitaire, depuis des siècles, des millénaires, sans but, et la violence jaillit de sa bouche, quand il évoque celui qui l’avait condamné à n’être qu’un numéro, le 6, celui du diable, alors que son bourreau vivait bien confortablement au n°2…

 

          C’est le numéro où habite Monsieur l’Ogre ! s’écrie Poucet. « Qui est au n°1 ? demande l’évadé.  - C’est le château », répond Poucet.

 

          Les choses se compliquent inutilement, de l’avis de ma plume. Il est temps de repasser sur l’ubac. La redescente est d’une facilité réjouissante. Cela console le cœur du petit garçon. « De Papa et Maman, point de don, mais des glaçons… » fredonne-t-il.

 

          Au loin, un air chanté à tue-tête. C’est l’air de la Reine de la nuit. Sitôt franchi la lisière forestière, Poucet est chaleureusement accueilli par les hôtes de ces bois. En chemin, il rencontre Maître Renard. Il glisse à ses belles oreilles rousses ces mots rassurants : « Pas d’inquiétude, elle se porte encore bien, la rose. » Lequel lui rétorque qu’il faut savoir, si jeune, encore attendre sa Papagaya. Sa princesse. Au n°1 du printemps. Comprenne qui pourra.

Modifié par Thy Jeanin

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un conte de Noël charmant, empli de fantaisie et d'humour !

Posté(e)

Une relecture originale des contes, et Poucet n'a plus ses bottes (il est vrai que l'Ogre est toujours là...) mais un blanchon qui semble bondir aussi vite...

Posté(e)
  • Semeur d’échos

J'ai particulièrement aimé l'atmosphère de nuit suspendue, le style ciselé, poétique et l'idée de Poucet libéré un jour par an.


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