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Qu'un dieu vous serve (I, 6)

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Posté(e)

Scène 6 – Arès, Jacques

 

Arès : Mon maître, me voici.

 

Jacques : Pas de cela avec moi je vous prie, Arès. Non seulement j’ai passé l’âge de chercher les honneurs mais je n’en ai, de surcroît, pas le statut. Installez-vous donc sur un de ces bancs afin que nous discutions un moment entre nous.

 

Arès : Soit. (A part : Entendrais-je une once de virilité dans sa voix ? Il serait temps !)

Jacques : Voyez-vous, Arès, nous allons passer treize mois ensemble et, là-dessus j’ai bien compris le contrat, il est impératif pour la sauvegarde des miens et la mienne propre que je vous donne des ordres. J’ai déjà quelques idées en tête mais, auparavant, je souhaitais en apprendre un peu plus sur vous-même. C’est ainsi que nous pratiquons dans notre monde, voyez-vous : l’on se reçoit, l’on s’entretient, l’on se présente même si, tout le monde le sait, il ne s’agit là que d’une saynète destinée à abuser. Je vous propose de commencer, êtes-vous d’accord ?

 

Arès : Soit.

 

Jacques : (A part : Au moins il n’est pas contrariant…) Très bien, je commencerai donc. Cela ira vite, croyez-moi. Jacques donc, la quarantaine passée, marié, deux enfants. Ancien enseignant, je me suis reconverti et je travaille désormais comme ouvrier métallurgiste depuis une dizaine d’années. Voilà, à vous maintenant.

 

Arès : (A part : En effet, il a fait court, le privilège de la mortalité sans doute.) Pardonnez-moi mais par quoi dois-je commencer ?

 

Jacques : Je ne sais pas, présentez-vous…

 

Arès : Arès.

 

Jacques : Soit, mais ne pouvez-vous pas en dire un peu plus ? Si je puis me permettre, c’est tout de même un peu court, jeune homme ! (A part : Mais je suis tombé sur la tête ou quoi ? Il est mille fois plus vieux que moi !)

 

Arès : Arès le Tueur, le Meurtrier, le Furieux ; Arès le Fléau, la Ruine, la Malédiction ; Arès l’Assailleur de remparts, le Destructeur de cités, l’Eradicateur de terres ; Arès le Lanceur de javelots, le Pourfendeurs de boucliers, le Porteur de dépouilles ; Arès le Dieu des larmes, la Danse des morts, le Garant des serments ; Arès la Divinité de la Guerre dans tout ce qu’elle a d’abstrait, le Maître du Carnage dans tout ce qu’il a de concret, le Porteur de la Malédiction pour tout ce qui vit et pour tout ce qui meurt ; Arès le…

 

Jacques : Soit ! Soit ! Soit ! Arès, ce sera très bien ! Votre famille alors ?

Arès : Un père qui a fait recracher ses enfants à un père qui a tranché les testicules au sien ; une mère qui a persécuté ses propres enfants et ceux de son mari qui n’y étaient pour rien dans ses frasques adultères ; des sœurs qui persiflent, bataillent, chahutent, enfantent dans la douleur ; des demi-frères et des demi-sœurs qui…

 

Jacques : Soit ! Soit ! Soit ! (A part : Pitié, faites venir un psy !) Votre conjointe alors ?

 

Arès : Un cœur de catin dans un corps de créature de rêve.

 

Jacques : C’est déjà mieux…

 

Arès : Non, ce n’était que la première. Voulez-vous les suivantes ? Une mégère qui ravage votre ménage sans compter une coucheuse qui quitte le lit d’un autre pour le vôtre sans compter…

 

Jacques : Ce n’est guère mieux. Vos enfants dans ce cas ?

 

Arès : Une bande d’efféminés qui sous leurs airs de petits anges vous pervertissent l’amour par leurs incessants désirs charnels et à qui je couperais bien ce que mon grand-père trancha à son propre père ; une autre bande de garçons manqués qui ne demanderaient pas mieux que de s’ajouter ladite marchandise ; ainsi que…

 

Jacques : Soit ! Soit ! Soit ! (A part : Oubliez le psy !) Vos compétences alors ?

 

Arès : Aucune.

 

Jacques : Pourtant, (à part : même si je ne devrais pas le dire !), vous savez tuer, non ? C’est bien une compétence, non ?

 

Arès : Non, tuer est une compétence chez certains mais chez moi, c’est un plaisir.

 

Jacques : Très bien, euh… des hobbies donc ?

 

Arès : Tuer.

Jacques : Rien de plus… humain ?

 

Arès : Tuer est tout ce qu’il y a d’humain.

 

Jacques : (A part : Il marque un point.) Vos objectifs dans ce cas ?

 

Arès : Accomplir mon service auprès de vous pendant treize mois.

 

Jacques : (A part : Faudrait-il encore que nous tenions treize minutes…) Rien d’autre ?

 

Arès : Rien d’autre. Le maître parle, l’esclave obéit.

 

Jacques : (A part : Rien ne change au fond : l’employeur parle, l’employé obéit.) Bien, je crois que nous en avons fini. Avez-vous quelque chose à rajouter ?

 

Arès : Oui, quelques éclaircissements si vous le permettez.

 

Jacques : Je vous écoute.

 

Arès : Vous avez parlé d’une saynète destinée à abuser… Pouvez-vous m’expliquer ?

 

Jacques : Volontiers. Voyez-vous, Arès, le grand problème de notre société actuelle est que la motivation est le seul moteur de l’être humain : motivation à parler non pour dire quelque chose d’intéressant mais dans l’unique but de faire parler de soi, motivation à se montrer non pour agir dans un souci communautaire mais dans l’unique but de se montrer au monde sous son meilleur jour, motivation à dire que l’on est motivé dans l’accomplissement d’une tâche non pour avouer que seul le travail alimentaire nous intéresse mais dans l’unique but de se motiver. Nous sommes devenus des hamsters dans une roue et, comme je le disais, tout le monde le sait : le hamster sait qu’il est dans la roue, le propriétaire du hamster sait que le hamster sait qu’il est dans la roue, le propriétaire du propriétaire sait… Enfin, je crois que vous m’avez compris. Vous m’excuserez mes répétitions mais j’ai été enseignant comme je vous l’ai dit et l’on apprend vite dans ce métier que la répétition est la base de toute bonne pédagogie. Vous conviendrez néanmoins que vue sous cet angle, la vie n’est qu’une comédie sentimentale à l’eau de rose et aucun dieu, croyez-le bien, n’y joue au metteur en scène.

Arès : Je vois. Est-ce pour cela que vous vous êtes reconverti ?

 

Jacques : Non, je me suis reconverti parce que j’ai été dépucelé trois fois.

 

Arès : Pardon ?

 

Jacques : Oui, trois fois : ma première année m’a fait perdre mes illusions sur les élèves, ma deuxième année m’a fait perdre mes illusions sur la hiérarchie, ma troisième année m’a fait perdre mes illusions sur les collègues. Cela ne vaut-il pas un triple dépucelage ?

 

Arès : Je vois. Mais dans ce cas, êtes-vous un hamster dans sa roue dans votre usine ?

 

Jacques : Bien sûr, mon usine est même la plus grande roue à hamsters au monde car j’y crois, tout simplement. Croire est l’une des plus grandes souffrances au monde, Arès, et cette grande roue dont je vous parle ne fait que tracer une route inconnue dans l’espace.

 

Arès : Je vois.

 

Jacques : Si vous voyez, alors vous croyez. Laissez-nous, je vous prie, mon épouse revient. Vous lui parlerez dans quelques instants.

A suivre.

Modifié par Nils Exo

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Les choses se compliquent et les personnages se dévoilent !

Que de facettes au malheur d'exister !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Voici une discussion plus édifiante pour Arès que pour Jacques. Les dieux sont sur la sellette, or parler avec eux n'est-ce pas régler des comptes avec nous- mêmes?

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