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Poème en prose gigogne : texte-cadre

Featured Replies

Posté(e)

      Boudé par les Muses, me jugeant sans doute indigne d’elles, moi, qui n’étais à leurs yeux qu’un piètre rimailleur, qu’un rémouleur  de mots désuets, je dus me résoudre à déserter cette pièce où j’avais pris l’habitude de m’enfermer, entouré de mots. Ce lieu fétiche presque secret, je n’y étais pas entré depuis de longs mois. La porte était fermée à double tour. La table à laquelle je m’asseyais pour composer mes poèmes était plongée dans une  solitude angoissante.

       Une nuit d’insomnie, je fus soudain pris par un désir irrépressible, le désir d’avoir  commerce à nouveau  avec le verbe. Je me mis alors sur mon séant, je jetai un coup d’œil furtif sur ma moitié toujours dans les bras de Morphée. Je quittai mon lit et regagnai ma thurne à laquelle moi seul avais accès. Je glissai la clef dans la serrure, fis jouer le pêne et l’huis en bois de palmier, cet arbre aux fruits mielleux, de pivoter sur ses gonds et de s’ouvrir subrepticement, sans bruit, silencieusement, tout en douceur. Je ne voulais surtout pas que ma femme à laquelle je vouais un amour fou, me vît en train de taquiner ma muse, cette rivale étrangère qui faisait usage d’une autre langue, fût-elle belle et musicale et qui,  dans l’esprit de ma femme un tantinet méfiante, me faisait, de surcroît,  les yeux doux. Elle ne voyait pas d’un bon œil mes apartés qu’elle jugeait suspects dans ce qu’elle appelait mon antre d’écrivaillon où elle ne s’autorisait pas à entrer plus par pudeur et discrétion que pour autre chose. Malgré tout, par prudence, (J’avais peur que notre amour réel entre deux êtres de chair et de sang ne pâtît d’une passion virtuelle, la mienne, pour une pléthore d’objets de papier et d’encre) je pris donc bien soin de refermer la porte derrière moi. Je ne tardai pas à m’asseoir à ma table où m’attendaient mon stylo à plume gorgé d’encre et une feuille de papier immaculée.

       Des mots s’agitaient dans ma tête. Ils se heurtaient à un mur mou, mais infranchissable. Ils tentaient de s’extraire de ce lieu clos, de cette geôle particulière, noyée dans la nuit noire et où l’astre du jour ne pénétrait jamais. On entendait des froufrous auxquels se mêlaient des gémissements, des murmures plaintifs. La tête baissée, pressant mon front comme pour libérer ces vocables retenus prisonniers, je perçai de mon regard le papier blanc comme pour en faire sourdre quelque signe salvateur. La page demeurait cependant taciturne. Ainsi, sous mes yeux éberlués, languissait dans une sorte d’apathie  ma  feuille de papier silencieuse, muette, désespérément blanche. Vierge. Ma plume, pourtant gorgée d’encre, demeurait figée, pétrifiée. De son bec d’acier ne sourdait aucun chant, aucune mélodie, aucune beauté, habituée pourtant à emplir les jardins de mes phrases de fleurs exubérantes, d’arbres feuillus toujours verts, habituée à animer les forêts et les buissons de ma prose d’oiseaux brailleurs, de jolis bêtes folâtres. Je désespérais de voir des fleurs, fussent-elles inodores, éclore dans le jardin de ma feuille. Je désespérais d’entendre des bêtes pousser leurs cris dans les bois de mes vers.

        Dans ce mur spongieux, flasque s’entrevit soudain une faille, une brèche à travers laquelle un mot, en retrait, parvint à se glisser, il fut suivi d’un autre vocable, puis par tant d’autres. 

        Je vis  alors pointer une goutte d’encre bleu azur qui se mua en un fin filet  dévalant la pente lisse de la plume de mon stylo avant de se mêler à la poudreuse de la  page blanche étalée sous mes yeux émerillonnés. 

       Je n’avais d’yeux que pour ce fin filet bleu azur qui ondulait lascivement sur ma feuille couleur d’écume, désormais déflorée. De mon stylo je n’entrevoyais que sa plume plutôt pâle comme un soleil terne, noyé de brume. Le papier bleuissait à mesure que le filet d’encre étalait dessus sa teinte. On eût dit un ciel renversé où couraient des nuages cotonneux cachant par moment le soleil pâle presque éteint de la plume d’acier de mon stylo.

       Au moment où s’écrit l’incipit ma plume semblait se mouvoir avec nonchalance, allant son train de sénateur avec de surcroît un brin de volupté, sensation qui transparaissait dans la rotondité des lettres cursives, avec pleins et déliés. Signes très suggestifs, glissant lascivement, voluptueusement sur la feuille couleur de neige ! Je ne sentais désormais plus le grain de l’étui de mon stylo que je serrais entre le pouce et l’index, je n’avais plus le contrôle de cet outil fixateur des mots pour l’éternité, ce verseur d’encre cavalait sur la poudreuse. Au bout d’un moment, les lettres, sans doute suite à un avachissement dû  à un effort intense, finissaient cependant par s’amollir, s’aplatir, par perdre de leur superbe, de leur joliesse, de leur fraîcheur. Elles faisaient place, en bout de course, à des signes  anodins, insipides, manquant d’élégance.

       La feuille était maintenant presque entièrement recouverte de vocables alignés à la queue leu-leu. Il y avait encore de l’espace sur la marge qui aussitôt se couvrit de mots bleus.

       Le stylo s’arrêta enfin. Et je ne sais comment, il me glissa des doigts et tomba par terre, il roula sur les tommettes couleur de sang sombre qui recouvraient le sol de ma thurne et s’immobilisa devant mes pantoufles douillettes. En me levant j’entendis un craquement. Je venais d’écraser mon stylo.

       À mes pieds gisait piteusement cet oiseau au bec d’acier souillé de sang bleu azur. Je venais de trucider, fût-ce par inadvertance, le géniteur. Mais demeurait cependant le bébé qu’il fallait toiletter, parfumer, bercer, aimer tendrement.

        Après  m’être remis de mes émotions, je me mis à lire ce qu’avait pondu ma plume.

Sont-ce mes mots ? Est-ce moi qui ai écrit tout cela. Suis-je l’auteur de ces vers, de ce pamphlet. Faut-il mettre des guillemets ? Mais pourquoi dois-je en mettre puisque je suis bel et bien l’auteur de ces écrits dont je revendique la paternité ? Qu’importe !

         Voilà deux poèmes nés de ma plume : l'un en vers libres et l'autre en vers réguliers, des hexasyllabes, les deux textes sont intitulés respectivement : Le Verbe salvateur et Le serin, le jasmin et la main de l’humain.

 

PS Vous découvrirez prochainement  les deux textes à l’occasion d’une  autre livraison. 

 

 

Posté(e)

Avant toute chose, je suis ravi de vous relire ici cher @Ouintenabdel . Je retrouve avec plaisir votre plume si particulière. Je me permets d'attirer votre attention sur un point. Lorsque vous nous dites que nous découvrirons prochainement vos deux textes Le Verbe salvateur et Le serin, le jasmin et la main de l’humain lors d'une autre livraison, prenez bien soin de poster chaque texte dans un sujet distinct, comme précisé dans la charte.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un joli récit, empli d'originalité, de sensibilité et d'émotion !

Voilà qui donne envie de lire vos livraisons prochaines !

Posté(e)

Je vous découvre Ouintenabdel et votre texte m'a époustouflée. Il m'a donné l'impression d'assister à une véritable résurrection intérieure. De très belles métaphores qui structurent tout le récit, un langage riche, travaillé, volontairement luxuriant. Chez vous, le verbe n'est pas un outil, c'est un partenaire, un souffle, une présence. Vous aimez les mots et ça se ressent à chaque ligne. Merci de m'avoir enchantée!

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Je suis ravi de votre retour, @Ouintenabdel , et attends vos prochaines productions poétiques dont j’anticipe la qualité.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Quel joli cadeau de Noël que de vous lire à nouveau, cher @Ouintenabdel ! Vous savez combien j'appréciais votre écriture et vous m'avez manqué ! Je retrouve avec grand plaisir votre univers.

Posté(e)

Un poème en prose qui se lit comme une autobiographie, j'espère tout de même que votre épouse ne tombera pas sur votre texte ou vos prochaines livraisons...

Modifié par Nils Exo

Posté(e)
  • Semeur d’échos

La métaphore spatiale de la création littéraire est poussée aussi loin que dans les grands textes médiévaux. Voilà qui est original!

Posté(e)
  • Auteur
Le 20/12/2025 à 17:25, Alba a écrit :

Un joli récit, empli d'originalité, de sensibilité et d'émotion !

Voilà qui donne envie de lire vos livraisons prochaines !

Le 20/12/2025 à 17:25, Alba a écrit :

Un joli récit, empli d'originalité, de sensibilité et d'émotion !

Voilà qui donne envie de lire vos livraisons prochaines !

Votre commentaire si généreux me va droit au cœur. Je vous en remercie vivement.

Merci d’avoir été sensible à l’aspect un tantinet original de mon texte. J’espère que mes prochains écrits emporteront tout autant votre adhésion. Le prochain, un pamphlet,  sera  quelque peu virulent. J’espère ne pas trop vous décevoir.

Le 20/12/2025 à 17:25, Alba a écrit :

Un joli récit, empli d'originalité, de sensibilité et d'émotion !

Voilà qui donne envie de lire vos livraisons prochaines !

Le 21/12/2025 à 12:12, Joailes a écrit :

Quel joli cadeau de Noël que de vous lire à nouveau, cher @Ouintenabdel ! Vous savez combien j'appréciais votre écriture et vous m'avez manqué ! Je retrouve avec grand plaisir votre univers.

Le 20/12/2025 à 16:58, Eathanor a écrit :

Avant toute chose, je suis ravi de vous relire ici cher @Ouintenabdel . Je retrouve avec plaisir votre plume si particulière. Je me permets d'attirer votre attention sur un point. Lorsque vous nous dites que nous découvrirons prochainement vos deux textes Le Verbe salvateur et Le serin, le jasmin et la main de l’humain lors d'une autre livraison, prenez bien soin de poster chaque texte dans un sujet distinct, comme précisé dans la charte.

Merci infiniment  cher Eathanor d’avoir eu l’amabilité de lire mon texte et d’avoir été sensible à son originalité. Je tâcherai de ne pas écorner le règlement et de ne pas trop vous décevoir.

Poétiquement vôtre !

Le 21/12/2025 à 12:12, Joailes a écrit :

Quel joli cadeau de Noël que de vous lire à nouveau, cher @Ouintenabdel ! Vous savez combien j'appréciais votre écriture et vous m'avez manqué ! Je retrouve avec grand plaisir votre univers.

  Je suis fort ravi, chère Joailes, que mon écriture emporte toujours votre adhésion après ces longs mois de silence assourdissant. Je vous dois énormément, je vous prie de me croire. Je m’en souviendrai tout le temps : vous aviez été la première à me lire aussitôt que j’avais franchi pour la première fois en 2018 cet espace littéraire où il fait toujours bon rêver, où l’on s’affranchit gaîment des charges pesantes du quotidien envahissant. Là, on plane dans les cieux éthérés, les ailes déployées  comme ces oiseaux mythiques qui ont enthousiasmé mon enfance, la vôtre sans doute. Vos commentaires on ne peut plus généreux me confondent et me ravissent. Ils me donnent des ailes. Ce qui rime agréablement avec votre pseudonyme ! Autant vous aimez mes textes, autant j’adore les vôtres qui foisonnent de pépites étincelantes, de trouvailles littéraires que je m’évertue à dénicher en m’en délectant à loisir, sans modération. J’ai hâte de vous lire à nouveau.

Poétiquement vôtre !

 

Le 20/12/2025 à 17:25, Alba a écrit :

Un joli récit, empli d'originalité, de sensibilité et d'émotion !

Voilà qui donne envie de lire vos livraisons prochaines !

Votre commentaire si généreux me va droit au cœur. Je vous en remercie vivement.

Merci d’avoir été sensible à l’aspect un tantinet original de mon texte. J’espère que mes prochains écrits emporteront tout autant votre adhésion. Le prochain, un pamphlet,  sera  quelque peu virulent. J’espère ne pas trop vous décevoir.

Le 20/12/2025 à 18:21, Vol Au Vent a écrit :

Je vous découvre Ouintenabdel et votre texte m'a époustouflée. Il m'a donné l'impression d'assister à une véritable résurrection intérieure. De très belles métaphores qui structurent tout le récit, un langage riche, travaillé, volontairement luxuriant. Chez vous, le verbe n'est pas un outil, c'est un partenaire, un souffle, une présence. Vous aimez les mots et ça se ressent à chaque ligne. Merci de m'avoir enchantée!

Vos propos élogieux me confondent et me ravissent. Ils me vont droit au cœur. Vous m’accordez là un grand éloge, un vrai panégyrique que j’espère mériter. Un grand merci du fond du cœur. Oui, le verbe est pour moi plus qu’un moyen d’expression. Si certains se lient d’amitié avec les mots,  moi, j’en suis littéralement amoureux, je leur voue une passion immodérée,  un amour chaste, pur  cependant  qui élève vers les cieux  éthérés. Je me plonge corps et âme dans l’écriture de mes textes. J’en sors revigoré, ragaillardi comme lorsque l’on descend des hautes montagnes où l’on hume à pleins poumons l’air pur des hauteurs.  Je vous sais infiniment gré.

Poétiquement vôtre !

Posté(e)
  • Auteur
Le 21/12/2025 à 10:23, Jeep a écrit :

Je suis ravi de votre retour, @Ouintenabdel , et attends vos prochaines productions poétiques dont j’anticipe la qualité.

Je suis fort content de franchir à nouveau le seuil de  cet espace, fût-il virtuel, où il fait vraiment bon rêver à un moment où dans la vie réelle le rêve n’est pas toujours à portée de main. Merci d’avoir eu l’extrême gentillesse de me lire.

Poétiquement vôtre !

Le 21/12/2025 à 17:02, Nils Exo a écrit :

Un poème en prose qui se lit comme une autobiographie, j'espère tout de même que votre épouse ne tombera pas sur votre texte ou vos prochaines livraisons...

Le 21/12/2025 à 17:02, Nils Exo a écrit :

Un poème en prose qui se lit comme une autobiographie, j'espère tout de même que votre épouse ne tombera pas sur votre texte ou vos prochaines livraisons...

L’histoire que  je raconte dans mon texte, je l’ai inventée de toute pièce. Mon  écrit n’est aucunement autobiographique. Tout est pure fantaisie ! Je n’ai pas cassé mon stylo, d’abord j’écris à l’ordinateur, le sol de ma chambre n’est pas revêtu de tommettes, la porte  qui est ouverte aux quatre vents n’est pas en bois de palmier même si dans mon jardin poussent des palmiers dont les fruits sont effectivement mielleux. Je ne porte pas de pantoufles douillettes, à la maison je chausse des claquettes en plastique. Je ne fais rien à l’insu de ma femme. Elle sait  parfaitement que j’aime à taquiner ma muse, Et elle m'y encourage. Elle ne lit cependant pas mes textes pour une raison toute simple : elle ne parle pas français. 

« Tout le reste n’est que littérature », disait Paul Verlaine. « En littérature, le mensonge est une vertu cardinale », aimait à dire mon professeur de français au lycée, cela remonte à des années.

Merci  d’avoir réagi à mon poème en prose dans l’écriture duquel je me suis plongé corps et âme.

 

Posté(e)
  • Auteur
Le 21/12/2025 à 19:08, Thy Jeanin a écrit :

La métaphore spatiale de la création littéraire est poussée aussi loin que dans les grands textes médiévaux. Voilà qui est original!

Oui, j’ai usé et peut-être abusé par endroits de la métaphore. J’ai un faible pour cette figure de style. Je n’y peux rien. Je n’aime pas trop l’écriture plate, sans relief.  J’ai un penchant pour le style baroque, qui privilégie l’exubérance afin de créer plus d’effets, susciter plus d’émotion.

Merci pour votre commentaire.

Poétiquement vôtre

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