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Mission cadeaux au pays d'Absurdie

Featured Replies

Posté(e)

Tout d'abord, j'avais réduit ma liste de membres, fussent-ils de la famille ou pas, oublié l'idée du cadeau obligatoire, afin de n'acheter que pour le plaisir d'offrir à ceux que j'aimais vraiment.

J'ai enfilé ma combinaison ignifugée, un gilet pare-balles et des boots étanches, me suis motivée au maximum en écoutant dix fois de suite "Petit papa Noël" de Tino Rossi et me voilà lancée dans la grande aventure des cadeaux de Noël.

Cette année, j’ai décidé de sortir des sentiers battus, de faire un effort d'imagination.

Pas de cravate, chaussettes, eau de toilette, foulards, baise-en-ville et autres babioles sans âme !

Plus de sites internet, place à l’artisanat local, au sur-mesure, à l’émotion pure.

Enfin, c’est ce que je me disais avant d’entrer dans la première boutique, l’Échoppe sous-narines, en quête d'un cadeau pour oncle Djamal Opif, fâché avec les odeurs communes.
L’enseigne représentait un gros nez souriant.

À l’intérieur, un monsieur avec une moustache en tire-bouchon m’a accueillie

d’un : Cherchez-vous une fragrance d’intérieur ou d'extérieur ?

J’ai bredouillé que je cherchais un cadeau sans idée préconçue.

Il m’a proposé un bocal à souvenirs olfactifs .

Celui-ci contient l’odeur exacte d’une librairie anglaise un jour de pluie de 1887.

Celui-là, le parfum d’un coup de pied dans un tas de feuilles mortes.

Authentiques, bien sûr, ce qui explique leur prix.

Ah bon ? Pour moi, ça n'explique rien, pensai-je tout bas ce que j'aurais pu dire tout haut.

Et Noël doit être magique, on n'entre pas dans les détails mesquins.

Je choisis, pour tonton, un flacon étiqueté Souvenir du premier souvenir.

Je n'allais pas regarder à la dépense, même si je sentais bien que la remise annoncée sur l'étiquette était une grosse entourloupe, quand on aime, on ne compte pas.

En plus, le vendeur m’a fait signer une décharge stipulant que sa responsabilité était dégagée.

Son sourire était déjà suspect, mais quand je le vis se frotter les mains après mon passage en caisse, j'eus une forte envie de lui tendre un flacon souvenir de la première fois où tu as arnaqué Joailes mais il ne perdait rien pour attendre.

Dans la seconde boutique, au Poil Près, j'espérais trouver un jouet pour le chat de ma cousine, Eva Cuélélieu.

Elle aime tant son animal !

En entrant, je fus quelque peu surprise par la pancarte qui indiquait :

Ici, on ne vend que des perruques pour animaux de compagnie. Un rasta pour votre iguane ? Une coupe mulet pour votre boxer ? C’est très tendance.

J’ai longuement discuté avec une vendeuse passionnée des besoins capillaires des chinchillas, et j’ai finalement opté pour une petite tiare en faux diamants et vraies plumes, adaptée au crâne d’un sphynx.

Excellent choix, me dit-elle, elle a appartenu à un soufi, d'où le prix un peu élevé.

Un soufi ? Non, mais ça suffit ! Il n'y a pas d'égyptien en Chine ! lançai-je à la vendeuse après avoir louché sur l'étiquette minuscule "made in China" cachée parmi les perles.

Vers la mi-janvier, nous nous reverrons et ma vengeance sera terrible, songeai-je avec l'envie de sortir mon calibre.

La vendeuse parut gênée mais ne répondit pas en me tendant le ticket de caisse.

J’espère qu'Eva saura apprécier le geste artistique, même si elle n’a pas de sphynx.

Ce sera à elle de s’adapter.

La boutique suivante était particulièrement attrayante, toute rose : Marcel et ses Nuages.

Je pensais à ma nièce rêveuse, Kelly Diote.
Là, ça devenait technique.

Marcel, un homme perché sur une échelle, capturait délicatement avec une épuisette à papillons des nuages en coton accrochés au plafond par des fils invisibles, probablement en nylon.

Je les élève moi-même, ils sont bio et sans gluten, m' a-t-il assuré.

Il m’a vendu, après maintes palabres, un cumulonimbus de colère gris avec des paillettes argent pour les jours de rancune et un petit cirrus espiègle à suspendre au-dessus du lit pour avoir des rêves de galipettes.

Il m’a fait jurer de ne pas les mettre dans un environnement trop sec, sous peine de les voir dépérir et devenir de simples stratus déprimés.

Là encore, j'ai dû signer un papier en plus d'un gros chèque.

Une petite pause s'impose, me dis-je, en entrant au Petit café du logis où un lutin espiègle me servit un chocolat chaud aussi épais que l'humour de mon voisin Tarek Tifié et deux petits beignets aussi gras que les cheveux de ma concierge, Yolande Décosse.

Ainsi réconfortée, je traversai la rue pour entrer dans l'espèce de hangar Bout de Ficelle et Cie : ici certainement je trouverai quelque chose pour oncle Sacha Touille, bricoleur du dimanche.
Le propriétaire, un dénommé Marc About, ne vend que … des bouts de ficelle.

Mais des bouts de ficelle avec un historique.

Celui-ci a servi à ligoter un manuscrit du XVIIIe siècle. Très littéraire. Celui-là a fait trois fois le tour d’un colis pour la Sibérie. Aventureux !

J’ai passé quarante minutes à écouter l’épopée tragique d’une cordelette ayant failli devenir lacet sur les chausses de Jeanne d'Arc.

J’ai finalement acheté un morceau de vingt centimètres, ayant tenu ensemble les lunettes de plongée du commandant Cousteau.

Oncle Sacha va être aux anges.

Ou il va me faire un nœud coulant avec.

Tout à côté, j'entrai dans la dernière boutique de la rue : La Guirlande Joyeuse.
Je m’attendais à trouver des guirlandes lumineuses et autres décorations pour sapin non consentant, pensant à tante Sarah Vigote, qui aime tant tout ce qui brille.

En fait, c’était une société de placement événementiel pour personnes hyper-enthousiastes.

Vous embauchez une Guirlande Humaine ! Elle se pend à votre porte, sourit sans s’arrêter, chante des cantiques décalés et agite des grelots.

Forfait 3 heures, avec option bougie chantante. Promotion !

Je perdis l'équilibre en voyant le prix et renversai un bac garni de boules dont plusieurs se cassèrent, ce qui me fit dire que je les avais déjà. (Les boules, vous suivez ?)

Aussitôt, le vendeur, surgi du néant, s'excusa d'être obligé de me faire payer les dégâts.

Je comprends, lui dis-je, dégainant avec grâce ma carte bancaire.

Jetant un œil sur ma montre connectée à ma banque, je vis clignoter un voyant rouge, ce qui n'est pas bon signe, même si et à fortiori, c'est Noël.

Quand même, pour ne pas léser ma pauvre tante, je pris une pochette de velours rouge avec des étoiles dorées en relief et demandai à emporter les débris de boules que j'avais payées.

Il ne me resterait plus qu'à m'arranger pour que tante Sarah Vigote trébuche sur le tapis avec son paquet afin de lui faire croire que c'était elle qui avait tout cassé et je prendrai le même air offusqué que le vendeur venait de me montrer.

Un jeu d'enfant, car tante Sarah est très maladroite.

Ce n'est que l'intention qui compte, n'est-il pas ?

J’ai dépensé une fortune dans de l’air, des poils, de la ficelle, du papier et de la folie pure.

Mais au moins, cette année, sous le sapin, il n’y aura pas deux cadeaux identiques.

Je crois que je vais m’offrir une bonne séance de massage ayurvédique bien huileux avant de rentrer et un casque anti-bruit, car tout ceci m'a épuisée.

Et comme je suis sur la paille, je vais rentrer me coucher dans la crèche et vais préparer une petite embrouille avec les autres membres de la famille qui n'auront pas de cadeau.

Le Père Noël n'existe plus, je comprends bien pourquoi.

L'artisanat est bien dans le local, celui des poubelles.

(joailes -) 6 décembre 2025 - 22h 26


Modifié par Joailes

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Humour et fantaisie au programme du menu de Noël, tout ce qu'on aime !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Le texte dénonce parfaitement, en creux et avec humour, le casse-tête et la ruine que représentent les cadeaux de Noël à nos proches, dont on n’est même pas sûr qu’ils feront plaisir.

Rupert Noël

Modifié par Jeep

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Autant en rire, en effet, cette coutume des cadeaux est si surfaite que je n'en achète plus à personne, même pas à moi. Et toc! 😶

Un texte bien de toi, qui est un excellent premier cadeau de Noël. Merci! 😊

Alec Teurcomblé

Posté(e)

Une très belle satire des achats de Noël davantage effectués par convention sociale que par affection pour ses proches : la dernière phrase est cruelle... mais malheureusement vraie.

Posté(e)

Je me régale Joailes de te lire à chaque fois! Ton humour corrosif a tout pour me plaire : une charge comique contre la société de consommation, les noms parlant, l'escalade de l'absurde....Tout cela au parfum de Noël ( et d'autres jours aussi)! Et là où tu touches un point très sensible: l'artisanat qui n'en est plus vraiment un. Il y a bien longtemps que je ne crois plus au Père-Noël, mais à toi si, de nous offrir de tels bijoux d'humour!🤣💙

  • 3 semaines plus tard...
Posté(e)
  • Auteur

Merci @Vol Au Vent de savoir que je te régale me pousse à écrire encore ! Et merci tout autant à @Alba @Jeep @Thy Jeanin et @Nils Exo !

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