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Accents poétiques

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Featured Replies

Posté(e)

Mon cher compagnon,

Je te dis enfin le mot qui me taraudait depuis longtemps mais que je n’avais pas le courage de prononcer. Je n’en ai d’ailleurs pas plus en ce moment puisque je t’écris cette lettre au lieu de te parler en face… mais comment peut-on parler à l’immatériel ? Je n’aurai pas non plus le courage de t’écrire, dans le sens le plus propre de ce verbe, c’est-à-dire de taper ton nom sur mon écran d’ordinateur avec mon clavier : tu te contenteras de figurer dans l’objet de ce courrier et ce sera bien suffisant, d’ailleurs tu prendras à cette occasion une certaine réalité concrète mais ce n’est pas pour autant que j’essayerai de te toucher.

« Taper », « réalité concrète », « toucher » : parfois c’est en mettant des mots un peu au hasard sur une page que l’on se rend compte de ce qu’un individu, si toutefois je te considère comme tel, admettons pour la commodité de la communication entre toi et moi et, qui sait ?, les âmes perdues qui me liront, peut nous faire comme mal, nous marquer si l’on préfère et, dans ton cas, me marquer au fer rouge. Tu as fleur-de-lysé mon épaule plus d’une fois parce que je n’ai jamais reconnu en toi la moindre royauté si ce n’est ton sceptre invisible qui cherchait toujours à fouiller dans les tréfonds de mon âme que je croyais perdue à jamais.

Je me souviens de mon premier accrochage avec toi. Il fut violent si toutefois on appelle « violent » la découverte première d’une sensation appelée à nous accompagner une bonne partie de notre vie. Pour ma part je crois sincèrement que les premières émotions sont les plus brutales, elles agissent justement comme des brutes qu’elles sont, elles vous surprennent quand vous vous y attendez le moins et vous laissent seul, pantelant, incompris et incapable de comprendre. Tout s’entremêle et l’on ne sait plus vraiment comment faire, aussi teste-t-on, au hasard, tâtonnant comme un nouveau-né à la découverte de son environnement.

Plus le lien est proche, plus la rupture est douloureuse. Un deuil, ça marque, quoi qu’on puisse en penser. C’est là que tu as commencé à t’immiscer en moi, vil serpent dont la langue fourchait en permanence mes petits souvenirs. Mais plus ces derniers grandissaient et plus ta langue exerçait son venin. Il vous chope d’un coup, là, sur le trottoir, en face de bambins en train de jouer ou d’un enfant serrant fort la main de sa mère, à moins que ce ne soit l’inverse : qu’importe après tout puisque ton insidieuse stratégie consiste justement à nous retourner la tête afin que nous perdions le peu de sensations que nous gardons.

L’accrochage le plus douloureux ne survint pas à mon adolescence, période dit-on propice aux changements : pour ma part je ne vis rien d’anormal. Non, cet accrochage survint bien plus tard, quand j’avais déjà dépassé le stade des adulescents, pour me surprendre, encore une fois !, au moment où je m’y attendais le moins. Une vie bien entamée déjà, un travail, une famille… et la rupture. Elle partit, moins d’accord avec elle que plus d’accord avec moi. C’est toute l’horreur de ton abjecte emprise sur moi, tu m’as fait dégoupillé et je ne savais plus quoi dire, les mots se sont emportés plus loin que ma bouche et voilà…

Quand le lien est intime, la rupture est viscérale. A l’image d’une maladie, elle peut se guérir rapidement ou, dans les pires cas, s’installer et commencer à nous gangrener de l’intérieur. C’est ce qui se passa avec moi. Je t’ai déjà animalisé en parlant d’un serpent tout à l’heure, je recommencerai en parlant cette fois d’un caducée : toujours prompt à tout tournebouler, ton bâton s’est envolé pour mieux retomber et me piquer doublement, une première fois à l’annonce du départ, une seconde fois avec ce remord qui m’a rongé parce que j’avais eu des mots pour le moins inappropriés. C’est tout de même bête de se laisser aller…

Mais l’accrochage que nous avons eu hier soir est le dernier, je tiens à te le dire. Ma vie n’est pas terminée, j’ai encore plein de montagnes à gravir, du moins je l’espère !, et puis d’ailleurs tant pis : tant qu’un sommet plus élevé se présentera face à moi, je tenterai son ascension. Si je dois tomber à la première pente, je tomberai et si je dois être frappé par la foudre à la dernière prise, je serai frappé : bas ou haut, haut ou bas, en quoi cela est-il important ? C’est avancer qui l’est, peu importe le chemin que nous avons choisi ou qui s’est choisi à nous, c’est selon mais j’ai tendance à croire à mon âge que c’est le premier cas.

Si le lien est personnel, la rupture se fait curieusement en douceur. Si je l’avais su plus tôt, j’aurais moins souffert mais ce sont les stigmates de l’existence qui nous font la leçon, pas nos parents, nos amis, nos collègues ou l’ensemble de l’humanité. Non. Juste un simple face à face à l’intérieur de soi, le temps de prendre son souffle (il était vraiment temps !) et de t’expulser en même temps que lui de ce carcan qui me sert de corps et que tu as tant fait souffrir. Tu pourris peut-être l’esprit mais c’est la chair qui s’en mord les doigts, c’est le cas de le dire. Au fond, l’on peut dire que la mangouste que je suis a gagné son combat.

Je t’ai qualifié de « cher » au début de ce courrier, non par politesse (tu me connais, je n’en ai aucune avec ceux qui m’ont fait du mal), mais parce que tu m’as coûté en efforts. Maintenant, c’est un autre mot qui me servira de compagnon. Il porte la même première lettre que toi mais il est plus long. Toi il y a « Dieu », lui il y a « paix ». Donc a-…

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une lettre ouverte pleine de surprises! À savourer jusqu'au bout !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un long cheminement intérieur si éprouvant.... Les métaphores sont saisissantes, poignantes.

Il y a tant de souffrance dans cette belle lettre d'adieu

On ne peut que lui souhaiter d'avancer pour reprendre ses mots, @Nils Exo

Posté(e)
  • Semeur d’échos

J'ai cru un moment qu'était visée l'IA. Au fond, quelle différence avec un fantôme céleste, peut-être un ange gardien trop bon à rien? Voici une lettre rédigée avec un remarquable esprit d'analyse.

Posté(e)

En parcourant votre lettre, Nils Exo, j'ai senti la morsure de votre douleur jusque dans ma propre chair Ce "deuil" d'abord, puis cette "culpabilité" qui s'est insinuée comme une maladie intérieure, vous les avez décrits avec une intensité telle qu'ils deviennent presque palpables. Après tant de souffrances, votre texte nous conduit vers une délivrance : la conquête de la Paix....

Vos mots m'ont profondément touchée et émue!

Posté(e)
  • Auteur

Merci pour vos commentaires, @Alba, @Sophie, @Thy Jeanin et @Vol Au Vent !

Dire adieu à... l'Adieu, c'est en effet trouver une sorte d'apaisement, c'est reconnaître que l'on a souffert, ce qui n'est jamais chose facile, et ce texte n'avait pas d'autre but que de l'illustrer.

Posté(e)

 Je lis ce texte comme un rituel d'auto-guérison où les mots sont à la fois la plaie et le baume, le rappel du lien intime et l'acte même de son dénouement.

La dernière phrase, laissée suspendue, fonctionne comme une respiration profonde : le lecteur devine le mot adieu, scellant ainsi non seulement une fin, mais la possibilité d'un nouveau départ.


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