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Poursuite infernale

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

  La forêt jetait ses griffes à droite à gauche tandis qu’il avançait, pauvre petit homme en pleine tempête de neige. Les flocons prenaient plaisir à brouiller ses repères, des bouts de branches volaient dans tous les sens sous les coups des vents déchaînés. Plus d’une fois, il les prit pour des serres d’oiseaux de proie géants qui s’apprêtaient à l’attraper. Le lugubre chant des elfes retentissait à ses oreilles gelées : « Poucet, rejoins-nous dans le tintamarre des souffrances, nous te ferons rôtir aux marais de l’été, sans attendre tu n’auras plus froid, nul besoin de la chevelure des bois pour un petit pou comme toi, tes frères sont déjà là qui t’attendent, dans mon ventre ! » Une immense clameur fit vibrer les troncs et les ramures. Et il courait à toutes jambes, sautant par-dessus les chablis, si peu vêtu que sa peau sur son corps maigre était devenue blanche comme marbre.

          Autour de lui réagirent les animaux pour lui porter secours. Comme il traversait l’aire du renard, celui-ci feignit mille ruses pour tromper la bourrasque, mais elle tint bon. Le loup galvanisa sa meute et, en chœur, ils poursuivirent les vents pour leur faire peur, mais les vents couraient plus vite qu’eux, hurlaient plus fort qu’eux. La harde des cerfs menaça, tous en rang, d’encorner et déchirer la tempête, mais celle-ci en rit et passa son chemin, sur les traces de l’enfant. L’ours enfin se dressa sur les talons de Poucet et, très agacé d’avoir été réveillé, rugit contre le ciel, élança ses pattes aiguës contre les elfes qu’il ne voyait pas, arracha un aulne pour barrer le chemin, mais rien n’y fit. Malgré l’aide des êtres de la sylve, l’orage grondait d’un cri de plus en plus sauvage.

          « Je t’aurais, mugissait le roi des elfes, regarde mes aulnes, ils sont garnis d’épieux pour t’embrocher, mes sujets les elfes, se repaîtront de toi ! »

          L’enfant était éreinté, ses efforts allaient en mourant, il n’avait même plus la force de faire un pas, ni même de trembler. C’en était fait de sa conscience, qu’un ultime rai de lumière quittait. Il s’effondra dans la neige sous les hourra du tortionnaire à sa poursuite. Les vents à présent étaient chargés d’une haleine d’ogre.

          Or, se tenait là l’ermite, un pauvre hère rendu au monde sauvage, qui ne croyait ni à Dieu ni à diable. Vêtu d’un haillon chargé de mousses, appuyé sur un bâton noueux, il vit ce petit tas de chair déjà à moitié recouvert d’un linceul de neige. Interrogeant la forêt, il perçut les éructations barbares des monstres de l’orage. Il faisait nuit, mais la neige illuminait le paysage comme sous la pleine lune. Il ramassa le petit d’homme et, comme il devinait le surgissement imminent de la horde des démons, il les attendit. Ils apparurent, groins aux dents pointues. Mais l’ermite les défia d’un regard si terrible, qu’ils se figèrent un temps, celui de faire quelques pas en arrière, sa chaumière étant derrière lui. Sitôt rentré, il barricada la porte de rondins, déposa, puisqu’on était dans l’étable, l’enfant inconscient dans la paille de la mangeoire. Il y avait un âne et un bœuf. Ils penchèrent leur tête et réchauffèrent de leur haleine le petit. Puis l’ermite le transporta et le mit dans un baquet qu’il remplit d’eau afin de le laver. Enfin, il le coucha dans un berceau plein de mousse et de vieux tissus et le laissa dormir.

          Au matin, l’ermite s’éveillant n’y trouva plus personne. Il ouvrit sa porte. Le temps était calmé, le ciel brillait d’azur. Un pas dans la neige : il tressaillit. Un homme vêtu de fourrure se tenait près de lui. Son beau visage reflétait une bonté sans limite. Sa taille était si haute qu’on eût cru contempler un dieu. Quelque chose de magnétique rappelait l’enfant sauvé la nuit et disparu. L’homme, visiblement d’un âge jeune et mûr à la fois, se pencha sur l’ermite, lui donna l’accolade, et, le saluant – fut-ce un malencontreux rayon de soleil ? – disparut.

Modifié par Thy Jeanin

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un très beau conte subtilement symbolique, touchant et suggestif !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

C'est un conte complet, à la fois sombre et lumineux, qui parle de la peur, de la compassion et de la rédemption, avec la force des légendes qui hantent la mémoire des forêts. Merci !


Posté(e)

Un très beau conte qui parle de fragilité et de salut, de lutte contre les forces obscures, mais aussi de la possibilités d'une lumière inattendue. Très très beau texte!!

Posté(e)

Une forêt menaçante personnifiée à merveille (c'est le cas de le dire...), un ermite salvateur et une chute remarquable pour ce très beau conte : Poucet a bien grandi !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Ce conte est superbe , @Thy Jeanin

J'ai adoré quand les animaux portent secours au petit poucet et cet ermite est fabuleux.

Il y a tant de magie dans cette apparition...

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