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Soirée pyjama au 21, rue de Flandres

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Soirée pyjama au 21, rue de Flandres

 

Personne, absolument personne, n’aurait pu imaginer que le paisible immeuble du 21 rue de Flandres passerait dans la nuit du 22 au 23 septembre 2019 de « bâtiment tranquille » à « champ de bataille en pilou-pilou ». Tout avait pourtant commencé normalement : une nuit calme, une brise légère, un immeuble bien rangé, chaque habitant profitant d’un sommeil lourd et mérité.

Il était 22h32 très précisément lorsque la catastrophe, ou l’aventure selon certains, commença.

Dans l’appartement 5B, M. Valère, passionné de bougies parfumées, avait encore oublié d’éteindre sa fameuse bougie « Bois de cheminée et épices de Noël ». Un parfum si chaleureux que son chat, Cannelle, avait décidé d’y fourrer la queue. Résultat : un miaulement aigu, un bond spectaculaire, et la bougie renversée sur un tapis vaguement synthétique.

L’alarme incendie de l’appartement se déclencha aussitôt, à peine couverte par les hurlements du pauvre félin enflammé (de la queue seulement, heureusement). M. Valère se mit à courir en rond avant d’étouffer les flammes avec son peignoir rose à lapins brodés.

Mais le mal était fait : l’odeur de brûlé s’était répandue dans le couloir, et l’alarme générale de l’immeuble s’activa. Les premiers habitants sortirent la tête de leurs portes, hébétés, décoiffés et en pyjamas. Au moment où les résidents du 3e étage se demandaient si tout cela valait vraiment la peine d’évacuer leur lit, un bruit de cascade se fit entendre.

Mme Ducaroy, au 3C, avait décidé de lancer une lessive à minuit précisément, « parce que l’électricité est moins chère », répétait-elle. Après la troisième secousse due à l’alarme incendie, la machine avait rendu l’âme et vomi environ 200 litres d’eau dans l’appartement.

L’eau s’échappa par le palier, glissa sous les portes voisines, dévala l’escalier comme un torrent miniature et fit déraper plusieurs habitants qui descendaient prudemment pour comprendre l’origine de la fumée.

Ainsi se retrouvèrent, au sol, bras et jambes emmêlés, un pyjama rayé bleu et blanc (M. Huguet), une chemise de nuit à volants (Mme Lorrain) et un tee-shirt « Le camping, c’est la vie » (Roland du 2A), tous trempés et furieux.

C’est alors que surgit l’improbable.

Au 4e, le sergent-chef en retraite Émile Bouvret, paranoïaque assumé et passionné de documentaires trop alarmistes, avait repéré, selon ses dires, un moustique tigre porteur du chikungunya dans son salon.

Sans hésiter, il avait enfilé son treillis (porté par-dessus un pyjama Snoopy) et, armé d’une tapette électrique, avait foncé dans les escaliers à la poursuite du prétendu insecte meurtrier.

Il déboula dans le hall, criant :

- Ne paniquez pas, je maîtrise la situation !

Personne n’était paniqué avant son arrivée.

Juste au moment où les résidents se demandaient s’ils n’allaient pas se rendormir debout, un hurlement retentit dans les couloirs du 2e. Un vrai hurlement. Les têtes se tournèrent, les yeux s’écarquillèrent, et les propriétaires d’animaux domestiques serrèrent leurs compagnons d’un peu plus près.

Surgit alors… un loup. Un véritable loup. Poils gris, yeux ambrés, souffle puissant. En réalité, il s’agissait de Lupo, le chien-loup tchécoslovaque de Mme Delphine du 2F, qui avait profité de la panique générale pour filer hors de l’appartement et terroriser l’immeuble dans un enthousiasme communicatif.

Il renversa dans sa course deux pots de fleurs, trois propriétaires, un sac de couchage et un voisin qui avait décidé de descendre dormir dans l’escalier « au cas où ». Et comme si cela ne suffisait pas, un petit garçon en grenouillère étoilée descendit les marches en pleurant :

- J’ai perdu maman ! Et j’ai vu un monstre dans l’ascenseur !

Personne n’eut le temps de poser la moindre question. L’ascenseur venait d’émettre un ding particulièrement dramatique. Les portes s’ouvrirent lentement. Et quelque chose en sortit. Une tête de mort flottante, aux yeux rouges lumineux et à la mâchoire claquante.

Les habitants hurlèrent, reculèrent, se poussèrent, glissèrent dans l’eau du troisième et tombèrent en un amas humain gémissant au pied de l’ascenseur. La tête passa au-dessus d’eux en silence, avant de se coincer dans une toile d’araignée au plafond.

M. Huguet, plus téméraire qu’il n’en avait l’air, s’approcha, attrapa l’objet et découvrit… un drone. Avec une tête de mort en plastique fixée sur lui. Un petit rire honteux s’éleva alors du fond du hall : celui d’Antoine, 14 ans, habitant du 5A.

- Ben, euh… C’était pour une vidéo… Je voulais tester un effet spécial.

L’assemblée se tourna vers lui avec un regard qui disait clairement qu’il allait, un jour ou l’autre, être mangé vivant.

Entre l’eau, la fumée, le chien-loup, le moustique imaginaire, les drones maléfiques et les chutes dans l’escalier, l’immeuble du 21 rue de Flandres s’était officiellement transformé en parc d’attractions cauchemardesque.

Les habitants circulaient en tous sens : certains montaient, d’autres descendaient, d’autres encore couraient après Lupo, M. Bouvret essayait toujours de prouver l’existence de son moustique, le petit garçon en grenouillère étoilée hurlait qu’il voulait un chocolat chaud,

Mme Ducaroy tentait de contenir l’inondation avec une serpillière inoffensive.

L’ascenseur, probablement traumatisé lui aussi, se mit à clignoter aléatoirement et à s’arrêter entre les étages.

Dans un coin, trois voisins s’étaient assis pour observer le carnage comme on regarde un feu d’artifice.

- On se croirait dans un film.

- Oui, mais sans pop-corn.

- Et avec Lupo à la place du héros.

Vers quatre heures du matin Le calme finit par s’installer. La bougie était éteinte, l’eau du troisième avait été coupée, Lupo avait été récupéré (et câliné malgré tout), le petit garçon avait retrouvé sa mère, le drone avait été confisqué, et personne n’avait trouvé le moustique -ce qui n’empêcha pas M. Bouvret d’annoncer fièrement :

- Mission accomplie !

Les habitants, vaincus par la fatigue, s’installèrent dans le hall comme dans un dortoir improvisé. Certains posèrent des couvertures, d’autres s’endormirent à même le carrelage. On partagea des biscuits, du thé, des couvertures et quelques fou-rires lorsque l’on repensa aux chutes dans l’eau ou à la tête de mort coincée dans la toile d’araignée.

Vers cinq heures du matin, quelqu’un déclara :

- On dirait une soirée pyjama géante.

Et tout le monde éclata de rire.

Quand le soleil se leva enfin, l’immeuble ressemblait à un champ de bataille de peluches et de pantoufles. La gardienne, Mme Yvette, ouvrit la porte du hall et resta figée. Devant elle se tenaient des voisins endormis en pyjamas, un chien-loup ronflant, une tapette électrique posée sur un coussin et un drone pendu au plafond, sinistre et ridicule.

Sans un mot, elle referma la porte.

- Pas mon problème, décida-t-elle en remontant chez elle.

Une réunion de copropriété fut organisée sept jours après pour tirer le bilan des événements surprenants qui s’étaient déroulés dans l’immeuble le 23 septembre 2019. La réunion fut chaotique, comme prévu. Tout le monde voulut accuser quelqu’un : la bougie, la machine à laver, le chien, le moustique inexistant, le drone, les tuyaux, l’ascenseur, la vie…

Personne ne tomba d’accord sur rien, sauf sur un point : plus jamais une nuit pareille. On afficha même une note dans le hall : « Par décision unanime, les soirées pyjama sont désormais interdites au 21 rue de Flandres. » Ce qui fit rire tout l’immeuble. Parce qu’après tout, personne n’avait vraiment organisé cette soirée. Elle leur était simplement tombée dessus… comme une tête de mort volante.

 

FIN

 

Posté(e)

Je crois que c'est Charlie Chaplin qui déclarait que la comédie, c'est ce qui est éloigné et la tragédie, c'est ce qui est proche. Je trouve que c'est très vrai à lire votre texte, @Alba, car si j'ai beaucoup ri... je n'aurais pas aimé être à la place des habitants de cet immeuble...

Posté(e)

J'ai bien ri et c'est là que ce texte touche: on dirait une comédie de boulevard, avec des voisins burlesques et des situations improbables (?) . La fin, la concierge indifférente et la réunion de copropriété est savoureuse car elle nous ramène à la dure réalité administrative!

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci à vous, un récit fantaisiste écrit pour faire rire, en effet !

Je me suis moi-même beaucoup amusée à rédiger cette pièce farcesque, emprunte de jovialité et de bonhommie.

( ͡^ ͜ʖ ͡^ )

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Le ton est vif, les situations sont exagérées mais crédibles, et l'auteur excelle à peindre la panique dérisoire de ces voisins en pyjama.

Derrière le chaos, se dessine une satire douce de la vie en copropriété et de ses travers.

La chute, avec l'interdiction des "soirées pyjama", couronne parfaitement cette nuit où le quotidien bascule dans le burlesque, pour finalement créer un souvenir collectif et inattendu de solidarité et de fou rire. C'est un texte qui célèbre, en filigrane, la poésie du désordre et de l'imprévu.


Posté(e)
  • Semeur d’échos

Machine infernale que le destin! Quand on vit en voisins, ça peut être terrrrrrible! 😆 C'est un récit mené de main de maître...sse. Drôle et haletant à la fois. Jespère que Minet n'aura pas eu trop chaud aux fesses!

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci à vous pour cet intérêt partagé !

La convivialité trouve parfois d'étranges chemins pour se manifester, ce récit humoristique en est la preuve.

Petite farce entre voisins.

(¬‿¬)

Posté(e)

texte très drôle, merci pour le sourire :)

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Et merci à vous pour ces mots, Nergal !

Dans l'attente de vous lire à nouveau !

( ͡^ ͜ʖ ͡^ )

Posté(e)
  • Semeur d’échos

On ne dira jamais assez le danger des bougies parfumées qui peuvent au pire déclencher des incendies où, comme ici, une cascade d’événements drolatiques mais peu favorables au repos des copropriétaires. Un texte réjouissant !

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci beaucoup, Jeep, gare aux bougies et aux luminaires en tout genre, ils sont dangereux par nature !

L'inverse est vrai, d'ailleurs, naturellement.

( ͡^ ͜ʖ ͡^ )

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