Aller au contenu
View in the app

A better way to browse. Learn more.

Accents poétiques

A full-screen app on your home screen with push notifications, badges and more.

To install this app on iOS and iPadOS
  1. Tap the Share icon in Safari
  2. Scroll the menu and tap Add to Home Screen.
  3. Tap Add in the top-right corner.
To install this app on Android
  1. Tap the 3-dot menu (⋮) in the top-right corner of the browser.
  2. Tap Add to Home screen or Install app.
  3. Confirm by tapping Install.

Le destin de Cyllia, passagère du Temps

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Le destin de Cyllia, passagère du Temps

 

La soirée s’annonçait tranquille mais pour la jeune femme confortablement installée devant l’écran de son ordinateur, il n’en fut rien. Cyllia se sentit aspirée brutalement par des ténèbres glacées. Lorsqu’elle reprit conscience, elle regarda autour d’elle. La pièce était si étroite que la jeune femme pouvait toucher les murs rugueux des deux mains en étendant les bras. L’air était lourd, chargé d’une humidité qui collait à sa peau comme une seconde couche de vêtements. Une seule certitude s’imposait à elle : elle devait choisir, choisir, choisir. Ce mot revenait en boucle dans son esprit. Devant elle, elle voyait deux portes entrouvertes, deux promesses, deux mystères. Elle les regarda plus attentivement.

La première porte, à gauche, laissait filtrer une lumière dorée, douce et tremblotante, comme celle d’un coucher de soleil vu à travers un voile de brume. La seconde, à droite, exhalait un parfum envoûtant, celui des jardins oubliés, des roses anciennes et des lys nocturnes. Deux appels, deux tentations s’offraient à elle. Cyllia ferma les yeux un instant, cherchant une réponse au fond de son cœur. Mais elle ne perçut rien. Juste le silence. Aucune réponse n’était inscrite nulle part. Elle s’écrirait au moment où la jeune femme aurait fait son choix.

Elle avança d’un pas hésitant vers la porte de gauche, attirée par cette clarté qui semblait promettre la chaleur, la vie, peut-être même la liberté. Mais au moment où ses doigts effleurèrent le bois usé, une voix chuchota à son oreille, si proche qu’elle sursauta :

- La lumière n’est pas toujours ce qu’elle paraît.

La pièce était vide. Pourtant, le souffle sur sa nuque était réel, presque caressant. Elle se tourna vers la porte de droite. Le parfum s’intensifia, sucré et entêtant, comme s’il voulait l’enlacer, la convaincre. Une autre voix, plus lointaine cette fois, murmura :

- Ce qui sent bon peut aussi être poison.

Cyllia sentit un frisson lui parcourir l’échine. Qui parlait ? Était-ce sa propre conscience, ou quelque chose d’autre, de plus ancien, de plus sage ? Elle hésita encore. La lumière était rassurante, familière. Mais le parfum… Il éveillait en elle des images floues : des champs infinis, des rires d’enfants, des mains qui se tendaient vers elle. Des souvenirs qui n’étaient pas les siens, ou peut-être si, enfouis si profondément qu’elle ne les reconnaissait plus.

Elle poussa enfin la porte de gauche. La lumière l’enveloppa, aveuglante un instant, puis se fit plus douce, comme un manteau de soie. Elle se retrouva dans un couloir infini, aux murs tapissés de miroirs. Chaque reflet montrait une version différente d’elle-même : souriante, puis en larmes, enfin couronnée de fleurs. Les miroirs chuchotaient, se moquaient, lui offraient des vérités qu’elle ne voulait pas entendre.

Cyllia n’avait pas du tout envie de se voir ainsi. Elle avait envie d’avancer. Elle accéléra le pas, jusqu’à ce que le couloir se termine devant un escalier en colimaçon, descendant dans les profondeurs. L’air devint froid, humide. Les marches semblaient sans fin. Quand elle atteignit enfin le bas, elle se retrouva face à un lac noir, immobile, dont la surface reflétait non pas son visage, mais celui d’une femme inconnue, aux yeux aussi profonds que l’eau. Ses mains glacées l’agrippèrent par les chevilles, la tirant vers le bas. Elle hurla, se débattit, mais les doigts étaient trop forts. Le lac l’aspirait, l’engouffrait. Elle ferma les yeux, s’attendant à la noyade, à la fin.

Elle rouvrit les yeux dans la pièce sombre, haletante, comme si elle venait de se réveiller d’un cauchemar. La porte de gauche était toujours entrouverte, mais la lumière s’était éteinte. Elle se précipita vers l’autre porte, celle du parfum, et la franchit sans hésiter.

Un jardin l’attendait. Un jardin luxuriant, où les fleurs semblaient respirer, où les arbres chuchotaient des secrets en langue ancienne. L’air était tiède, chargé de promesses. Une silhouette se dessina entre les roses : une dame fine et élégante, vêtue d’une robe ornée de pétales, aux cheveux tressés de lierre.

Elle suivit la silhouette à travers le jardin, où chaque fleur, chaque feuille, semblait raconter une histoire. Des souvenirs lui revinrent par vagues : une enfance dans une maison au bord d’une forêt, des nuits passées à écouter les contes de sa grand-mère, des rituels étranges sous la Lune.

La dame prit la parole :

- Si tu veux rester, reste. Si tu veux partir, choisis la troisième porte.

Cyllia vit alors un arbre se matérialiser au centre du jardin, un chêne immense dont le tronc s’ouvrait comme une porte. C’était l’issue. Elle avait donc le choix de partir. Elle s’approcha de l’arbre. Derrière l’écorce, une lueur vibrait, ni lumière ni parfum, mais quelque chose de plus pur, de plus vrai. Elle franchit le seuil.

Le monde changea. Plus de pièce sombre, plus de jardin enchanté. Juste une forêt sous un ciel étoilé. Une route s’étirait devant elle, sinueuse, inconnue. Elle prit une profonde inspiration. Pour la première fois depuis longtemps, elle se sentait légère. Libre. Elle avança, enfin, vers l’inconnu.

La forêt était silencieuse, mais ce silence semblait vivant, peuplé du bruissement des feuilles, du craquement des branches, du chant lointain d’un oiseau nocturne. Son pas était prudent sur la route sinueuse, ses sens restaient en alerte. L’air sentait la terre et de la mousse, une fragrance simple, réelle, sans la douceur envoûtante du jardin ni l’éclat trompeur des miroirs. Elle toucha son visage, ses bras, comme pour s’assurer qu’elle était bien là, bien entière. Plus de reflets moqueurs, plus de voix murmurantes. Juste elle, et cette forêt qui semblait respirer avec elle.

Au loin, une lueur vacillante attira son attention. Elle s’en approcha, poussée par une curiosité mêlée d’appréhension. La lumière émanait d’une petite clairière, où un feu de bois brûlait doucement. Trois silhouettes l’entouraient, immobiles, comme si elles attendaient Cyllia. Leurs visages étaient dissimulés sous des capuches, mais Cyllia sentit leurs regards peser sur elle dès qu’elle franchit la lisière des arbres. Elle s’adressa aux formes.

- Qui êtes-vous ?

Les trois capuches se relevèrent simultanément, révélant des visages qui firent reculer Cyllia d’un pas. Le premier était le sien, mais plus âgé, marqué par des rides profondes et une sagesse triste. Le second était celui d’une enfant, une version d’elle-même à huit ans, les yeux brillants de malice et de peur. Le troisième était un visage qu’elle ne reconnut pas tout de suite. Une femme magnifique, aux yeux dorés comme ceux d’un fauve, et dont la peau semblait tatouée de motifs mouvants, comme des ombres dansantes.

La vieille Cyllia prit la parole :

- Nous sommes ce que tu as été, ce que tu es, et ce que tu pourrais devenir. À présent, tu as des choix à faire. Assieds-toi et souviens-toi de ton passé.

Docile, fascinée, Cyllia s’assit près du feu, les mains tremblantes. Elle ferma les yeux pour tenter de mieux se souvenir. Fatale erreur. Elle fut effacée en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire. Le passé est un monde jamais achevé qui absorbe volontiers les âmes errantes et se nourrit quotidiennement de bien des naïfs. Fermer les yeux un instant, renoncer à penser, donner foi à des ombres aussi dansantes que séduisantes, écouter la voix des sirènes de l’apparence, c’est se mettre à la merci du Maître des souvenirs. Il ne vous veut pas du bien, mais souhaite vous entraîner toujours plus loin dans son royaume maudit, loin de vous, près de lui. Car il a faim de vous.

 

FIN

Posté(e)

Un conte philosophique qui nous fait réfléchir sur la nécessité d'avancer et de ne pas s'appesantir sur le passé, leçon, hélas !, trop souvent négligée...

Posté(e)

Quel imaginaire!! Passer d'un monde à l'autre, métaphore de strates psychiques .... quelle belle idée, magnifiquement écrite, et tu sais toujours sublimer la fin de tes textes, en leur donnant une tonalité plus sombre, mélancolique à souhait! 🤩

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci à vous pour vos commentaires si pertinents !

Dans le monde des apparences, les illusions sont reines et nous sommes bien peu de choses !

Qu'importe la mélodie, malheureusement, la chanson est toujours la même.

( ͡°_ʖ <)

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un conte philosophique dont le contexte peut faire peur, surtout si l'on est un tant soit peu claustrophobe. Son contenu est essentiellement allégorique et amène à réfléchir à la place que l'on accorde à un passé qui nous dévore ainsi qu'à celle que l'on s'accorde à soi-même. Ton imagination est sans limite, pour notre plus grand plaisir!

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci beaucoup, Thy Jeanin !

Le passé, autrement dit les choix de la mémoire, sont des tentations irrésistibles mais dangereuses !

C'est un terrain fangeux où l'on s'embourbe vite, et cela, d'autant plus que les souvenirs finissent par être totalement déformés par le désir, ou plutôt la volonté pervertie.

Nous sommes travaillés de tous côtés par des forces qui tentent de prendre le dessus sur la conscience et la volonté !

C'est peut-être cela, les démons ?......................

⊙▽⊙

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un parcours onirique et labyrinthique pour aboutir à cette vérité : ne pas se retourner sur son passé.

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

C'est tout à fait exact, Jeep, merci pour cette remarque de bon sens, éprouvée par les temps !

Le passé n'est jamais qu'une projection de nous-mêmes. L'être humain, selon moi, croit maîtriser le temps, en réalité, il le crée puis le transforme à sa guise, ou pas.

( ͡°- ͡°)

Account

Navigation

Configure browser push notifications

Chrome (Android)
  1. Tap the lock icon next to the address bar.
  2. Tap Permissions → Notifications.
  3. Adjust your preference.
Chrome (Desktop)
  1. Click the padlock icon in the address bar.
  2. Select Site settings.
  3. Find Notifications and adjust your preference.