Aller au contenu
View in the app

A better way to browse. Learn more.

Accents poétiques

A full-screen app on your home screen with push notifications, badges and more.

To install this app on iOS and iPadOS
  1. Tap the Share icon in Safari
  2. Scroll the menu and tap Add to Home Screen.
  3. Tap Add in the top-right corner.
To install this app on Android
  1. Tap the 3-dot menu (⋮) in the top-right corner of the browser.
  2. Tap Add to Home screen or Install app.
  3. Confirm by tapping Install.

Le cap, mais lequel? (1/2)

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

 

          Je venais de revoir le capitaine. Bien sûr, il me demanda de mes nouvelles, insistant lourdement sur mes amours.

 

- Je navigue en eaux calmes, métaphorisai-je. Que dis-je ! je suis en rade et m’en soucie fort peu.

 

Sous sa casquette, ses arcades sourcilières s’arrondirent.

 

- Feriez-vous partie, à votre âge avancé, moussaillon, de ces navigateurs qui n’ont jamais, par une sorte de paresse, posé le pied sur Cythère ? Je respecte le fait, entendons-nous bien…

- Paresse ? répondis-je. De quoi ? D’esprit ?

- Certes non, voyons. Mollesse hormonale, réticence au fantasme, déception expérimentale, déclina-t-il.

- Autant me traiter d’asexué, tant que vous y êtes ! m’effarouchai-je.

- Non, je ne suis pas dans l’ironie. Mais ils sont de plus en plus nombreux, celles et ceux qui ne cherchent que leur tranquillité en ce domaine. Bon, comme moi, vous subissez l’hiver dû à notre grand âge, pas vrai ? C’est pourquoi l’ancre s’emmousse au creux de notre port d’attache.

 

Le ton était plus confidentiel, mais le thème de notre échange commençait à me peser. Je m’apprêtai à quitter mon ami ex-coureur des mers, lorsque une plaisanterie me vint à la bouche avant même que j’eusse le temps de la censurer. Il avait couru des bruits sur le capitaine…

 

- Ce n’est pas plus mal, bah, que de patauger à voile et à vapeur, lançai-je, tout en gardant un ton respectueux. Mon nez enrhumé n’aurait pas supporté une châtaigne, bien que ce fût la saison.

 

Je guettai avec appréhension un signe d’irritation à travers sa barbe, mais, contre toute attente, le capitaine se détendit et sourit.

 

- Mon ami, vous avez tort de croire qu’il y ait quelque difficulté systématique avec cette question de l’orientation. La vie vous met la boussole en main et vous suivez le cap que vous pouvez. Justement, je faisais dans ma cabine (ainsi nommait-il son for intérieur) le point sur le vert paradis des amours enfantines, comme disait Baudelaire. Voulez-vous que je vous en touche deux mots ?

 

Sans attendre ma réponse :

- Eh bien j’ai aimé, voyez-vous, ce qui mérite le vrai nom d’amour, hors amitié et tendresse fraternelle ou filiale, dès  six ans et demi. Il y eut, avant, Isabelle et Christine, mais c’était l’âge du pot. Trop sommaire, n’est-ce pas ? Mais là, dans la cour de l’école, sapristi : un coup de foudre sur une mer habituellement étale ! Un joli garçon d’un an mon cadet, allez savoir pourquoi, m’ébahit. Je recherchai sa présence, nous nous abordâmes et quelque chose se passa qui nous lia. Lui, peut-être de l’ordre de l’amitié ? Pour moi, il est certain que cela dépassait l’amitié… pour devenir particulière.

- Comment pouvez-vous vous en assurer , à un tel âge ?

- Par cet effet de sidération qui m’amenait à prier le soir en pensant à lui. Voyez-vous, chrétien débutant, je confondais vie dans l’au-delà et seconde vie (métempsychotique si j’ose le mot). Savez-vous ce que je demandais au barbu céleste et tout-puissant ? La faveur de connaître une seconde vie où je serais… aussi joli que ce garçon ! (Je lisais à cette époque un bel illustré sur le sieur Bonaparte qui disait, en légende à son portrait de jeune homme, que sa beauté était intéressante, ce dont je me convainquais sans doute à le contempler.) Clairement, il y avait l'embryon de l'érotisme dans l’air, vous ne trouvez pas ? Si jeune !

- Je devine une suite comment dirai-je, quelque peu graveleuse…

- Vous n’y êtes pas, m’interrompit-il. Six ans et demi, c’est trop jeune pour une sensualité qui se met à peine en route, vers un cap inconnu, d’ailleurs. Il semble que vous fassiez partie des blasés de l’outrance, en ces temps pornographiques…

- Capitaine…

- Non, rien de grivois, l’innocence même, mais de caractère sensuel, oui, certainement, dans ses balbutiements. Au reste, peu importe. Le seul contact physique de ce morveux aura consisté à me gratter la nuque lorsque nous sortions en rang dans le quartier. Jusqu’à la mettre à vif ! Mes parents s’en aperçurent qui me questionnèrent sur ce camarade passablement brutal.

- Une caresse maladroite, refoulée, peut-être…

- Toujours est-il que je cachai scrupuleusement aux dits parents l’état d’éblouissement qui m’avait lié à cet enfant. Je devinais, voyez-vous, que je me misse en péril dans leur opinion. A cet âge déjà, on sent le poids des préjugés.

- Et c’est bien dommage. Et, donc, ce cap s’est-il confirmé par la suite, si vous me permettez ?

A SUIVRE

Modifié par Thy Jeanin

Posté(e)

Quel thon, euh ...ton, moussaillon🙂! Sérieusement, votre texte Thy Jeanin, a une saveur particulière, sans tomber dans le grivois, ce dialogue entre le capitaine et vous est un régal! Cette confession explore le rapport au désir et à l'amour à travers les âges : la vieillesse qui apaise, l'enfance qui découvre et la société qui juge. Non aux préjugés!

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une expression des plus raffinées pour nous introduire au cœur d'un récit faussement léger et véritablement profond dont nous avons hâte de découvrir la suite !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Le petit garçon s’appelait-il Tintin ?

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Je viens de lire une prose d'une grande qualité littéraire, qui allie la concision de la nouvelle à la profondeur psychologique du roman.

Le style est classique dans sa forme mais d'une modernité frappante dans son propos.

Je pense à la finesse dialoguée d'un Marcel Aymé ou à la profondeur pudique d'une Marguerite Yourcenar, pour la manière dont elle traite de l'intime.

Du pur @Thy Jeanin , quoi !

Un texte abouti, intelligent et émouvant. La suite est impatiemment attendue.



Posté(e)

Un dialogue entre deux marins qui a le mérite de sortir des sentiers battus et d'interroger sans tomber dans la grivoiserie, vivement la suite en effet !

Account

Navigation

Configure browser push notifications

Chrome (Android)
  1. Tap the lock icon next to the address bar.
  2. Tap Permissions → Notifications.
  3. Adjust your preference.
Chrome (Desktop)
  1. Click the padlock icon in the address bar.
  2. Select Site settings.
  3. Find Notifications and adjust your preference.