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La Reine Claude et l’enfant

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

La Reine Claude et l’enfant

 

- Mmm…, tu es délicieuse ! s'exclama Margot en croquant délicatement dans la prune dorée qu'elle venait de cueillir dans le verger de sa grand-mère.

- Attends, attends, ne me mange pas trop vite ! Laisse-moi d'abord te raconter mon histoire, s'il te plaît ! Je suis une reine-claude, et mon nom vient d'une vraie reine de France !

Margot écarquilla les yeux, surprise et amusée, tenant le fruit à distance respectueuse de sa bouche.

- Une vraie reine ? Avec une couronne et tout ? Raconte-moi vite !

- C'était en 1515, dans le verger paisible d'un monastère parisien, celui de Saint-Germain-des-Prés. Un vieux moine jardinier aux mains noueuses avait créé une nouvelle variété de prune, moi ! J'étais verte et dorée, translucide comme du jade, parfumée comme jamais aucune prune ne l'avait été. Un matin de juin, la reine Claude de France, l'épouse du roi François Ier, visitait le monastère pour ses œuvres de charité.

- Elle était belle, cette reine ? demanda Margot, léchant avec gourmandise le jus sucré qui coulait déjà sur ses petits doigts poisseux.

- Très belle, et surtout très gentille et pieuse. Le moine, intimidé, lui offrit mes toutes premières ancêtres à goûter. Dès qu'elle les goûta, son visage s'illumina comme un soleil d'été ! « C'est merveilleux, mon frère », dit-elle avec émerveillement. Le vieux moine avoua humblement que sa création n'avait pas encore de nom.

Margot mordit à nouveau dans le fruit, engloutissant un bon quart de sa chair tendre.

- Hmmm... c'est vrai que tu es extraordinaire ! Et alors, que s'est-il passé ensuite ?

- Hé ! Doucement, petite gourmande ! Tu vas trop vite ! Une dame de compagnie de la cour suggéra timidement de m'appeler comme la reine elle-même. Claude rougit beaucoup. Mais les courtisans, toujours empressés et flatteurs pour gagner les faveurs royales, adoptèrent immédiatement le nom « prune de la reine Claude ». Très rapidement, tout le monde dans Paris m'appela « reine-claude ».

- C'est pour ça que tu portes un nom si noble ? s'émerveilla la fillette, les yeux brillants de curiosité.

- Exactement ! On me planta dans tous les vergers de France, puis dans toute l'Europe. Les nobles d'abord, puis les bourgeois, puis les paysans. Tout le monde voulait cultiver la prune de la reine. La pauvre reine Claude mourut très jeune, hélas, à seulement vingt-quatre ans, épuisée par huit grossesses successives. Mais moi, je lui ai survécu glorieusement. Chaque été, quand mes sœurs mûrissent sous le chaud soleil de juillet, les gens se souviennent encore d'elle avec tendresse.

Margot croqua encore généreusement, ne laissant plus qu'un gros tiers du fruit. Le jus doré dégoulinait sur son menton.

- Continue vite, avant que je te finisse !

- Oh là là ! Au fil des siècles, je suis devenue un véritable trésor du patrimoine français. Les paysannes faisaient de moi des confitures dorées dans de grandes bassines de cuivre brillantes. Les pâtissiers habiles m'incorporaient dans leurs tartes fondantes. Les distillateurs patients tiraient de moi des eaux-de-vie sublimes et parfumées. On me mangeait fraîche aussi, encore tiède de soleil d'été, comme tu le fais maintenant...

- Comme moi, oui ! gloussa joyeusement Margot, enchantée de cette conversation magique.

- Exactement ! Dans cette ferme normande où nous sommes, au début du XXe siècle, ta propre grand-mère cultivait déjà mes ancêtres plantées par son grand-père. Elle les cueillait amoureusement à l'aube, quand la rosée fraîche perlait encore sur notre peau veloutée. Elle répétait souvent que nous avions le goût du temps qui passe, le goût des souvenirs d'été.

- Pourquoi elle disait ça ? demanda Margot, tenant maintenant juste un petit morceau minuscule entre ses doigts poisseux de sucre.

- Parce que nous durons si peu de temps, ma chérie. Deux ou trois semaines seulement, pas plus. Après notre brève saison, c'est terminé jusqu'à l'été suivant. Nous apprenons aux humains à savourer l'instant présent, à profiter de la beauté éphémère des choses. Nous sommes fragiles, précieuses justement parce que nous ne durons pas. Nous contenons tout l'été, toute sa chaleur et sa douceur dans notre chair translucide et sucrée.

Margot approcha lentement le dernier morceau de sa bouche entrouverte.

- Tu es vraiment spéciale, petite reine-claude. Je ne t'oublierai jamais.

- Merci infiniment, mon enfant. Tu sais, je suis bien plus qu'une simple prune ordinaire. Je suis une véritable histoire vivante, un héritage précieux transmis amoureusement de génération en génération depuis cinq cents ans. Cette jeune reine du XVIe siècle n'a jamais su qu'elle deviendrait immortelle dans les mémoires. Non pas par ses actes politiques, non par des conquêtes militaires, mais grâce à moi, un simple fruit d'été qui porte fièrement son doux nom à travers tous les siècles...

- C'est vraiment beau, murmura Margot, émue par cette longue histoire.

- Oui, n'est-ce pas merveilleux ? Et maintenant, je vais te confier mon dernier secret, le plus important de tous. Écoute-moi bien. Chaque fois qu'on croque dans une reine-claude, on se relie mystérieusement au passé, à tous ceux qui nous ont savourées avant toi. Ta grand-mère, ton arrière-grand-mère, et ainsi de suite jusqu'à la reine Claude elle-même ! Tu comprends ? Tu fais partie d'une très longue chaîne dorée de gourmands qui remonte jusqu'à...

Le petit fruit d’émeraude ne put terminer sa phrase. Margot venait d'avaler le dernier morceau d'un seul coup, noyau compris. C’était pourtant une belle sentence philosophique sur la beauté de la tradition culinaire et la magie de la trans...

 

FIN

Modifié par Alba

Posté(e)

Ce texte est une ode à la simplicité et à la mémoire affective . J'aime beaucoup le dialogue magique entre Reine - Claude et Margot : le récit est vivant et poétique . Il décrit avec finesse les couleurs, les textures , les goûts et les odeurs. Margot, elle, est très bien représentée à travers son langage spontané et naïf. Un très beau récit.... qui m'a fait saliver devant une prune !

Posté(e)

"Cet âge est sans pitié" : il est dommage que Margot (une référence à la célèbre "Reine" ?) n'ait pas pris le temps d'écouter l'ultime leçon de la Reine-claude, le lecteur ne sera pas resté... sur sa faim !

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci à vous pour vos remarques si pertinentes !

Oui, bien des enseignements dans ce conte historico-poético-fantastique !

La légende de le reine Claude est rapportée avec fidélité par le petit fruit. Quant à la gourmande, je m'en vais lui tirer les oreilles : quelle idée d'avaler le conte et la conteuse ! Place au savoir, voyons, vade retro, la gourmandise !

。^‿^。

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Exquis apologue qui joint la connaissance à la gourmandise. Et si c'était au fond la même chose?

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Merci Thy Jeanin pour ce regard avisé sur ce conte.

Le compte à rebours qui touche la reine-claude est bien effrayant. Ses moments sont comptés, elle écrit sous nos yeux son testament. Belle oblation d'un fruit que celle de cette prune, tout entière tournée vers la transmission d'un savoir.

Elle me fait penser à la destinée tragique et à Socrate, toutes proportions gardées. : "Il mourut en discourant"...

Quant à Margot, on peut voir en elle un avatar de Gargamelle. Il y a du Rabelais en elle, comme chez tous les gourmands !

。^‿^。

Posté(e)

Ce conte délicieux tisse avec grâce la gourmandise et l’histoire, transformant une simple prune en héritage vivant.

Le dialogue entre l’enfant et le fruit devient un prétexte tendre pour parler de mémoire, de transmission et de la beauté des choses éphémères.

La reine Claude, disparue jeune, trouve son éternité non dans les livres, mais dans le parfum d’un fruit estival et dans le sourire d’une enfant qui, en croquant, relie les siècles.

Une belle fable sucrée, pleine de jus et de nostalgie !

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Meri beaucoup, Joailes, pour cette analyse !

j'ai choisi après réflexion la forme du dialogue pour instiller de la vie et de l'humour dans le récit, du fait de la mise en présence de ces deux figures aussi contrastées, le petit fruit sage et l'enfant gourmande

Cet échange fait bien ressentir le passage lent et impitoyable du temps. La douce prune, nouvelle Shéhérazade, ne sera pas épargnée cette fois-ci, en dépit de ses prouesses verbales !

Ses heures sont comptées et s'amenuisent au fil du récit, rappelant la peau de chagrin balzacienne !

(>﹏<)

Modifié par Alba

Posté(e)
  • Semeur d’échos

La pervenche avait un prénom prédestiné : Reine-Claude. Elle m’a mis une prune !

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Bienvenue sur les routes du bonheur ! Merci jeep pour ce regard sur la circulation automobile !

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