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Chronisme

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

 

         C’était le temps où, bien malgré moi, je le jure, je le perdais à lui courir après.

 

         C’en était devenu chronique. Impossible de l’attraper, j’étais dépassé par ce coureur, aussi doué pour le sprint que pour le marathon. Et donc, le rattraper, je n’y pensais même pas. Nul bureau des minutes perdues dans aucun multivers !

 

          Tout le temps dans ma tête, ces paroles de Guy Béart : « Avant l’heure / C’est pas l’heure / Après l’heure / C’est plus l’heure… » Bref, un leurre : croire pouvoir maîtriser ce serpent véloce ! Ou cette tortue, car il arrive qu’il traîne, exprès pour vous faire languir. C’est tout particulièrement dans ce cas qu’on prévoit de faucher la tête de cet ogre de Chronos !

 

          Alors, forcément, j’eus un moment de délire où je rêvai de tuer le temps.

 

         Pour ce faire, je pris ma plume, ouvris et vidai le sablier. A la place, j’instillai l’encre la plus épaisse, une encre poisseuse, noire comme une nuit sans lune, pour mieux nier tout cycle, toute logique liée à la notion d’écoulement successif qui puisse s’inscrire dans un cadre nombrable scandé par quelque horloge. Je voulais écrire un récit aléatoire dont la fin échapperait à toute prévisibilité, où le passé succéderait au futur, sans référence à quelque présent que ce soit : toute temporalité circulant dans tous les sens.

 

          C’est alors que j’ai perdu le Nord ! Je n’y voyais plus goutte dans ma mémoire, rien n’avait plus de sens, ni dessus ni dessous pour deux sous ! J’étais pourtant sûr de l’avoir amené avec moi, ce point éminemment cardinal. Gravé sur ma boussole. Où était-il passé ? Etait-il encore à venir ? A présent, désorienté j’étais. Pour l’instant, prendre le temps d’y remédier, prendre le temps et y remédier… ? En était-il temps ?

 

          Me vint l’idée d’aller à contretemps. Ce serait peut-être le moyen sinon de s’en affranchir, du moins de le noyer, comme le poisson dans l’eau. On était en automne, il faisait un temps épouvantable, ce qui aggravait infiniment les choses. Il me chut sur la tête une pluie de minutes précieuses pour y réfléchir. Mais les secondes passaient tellement vite que je ne pus en saisir l’occasion d’aucune. Tout le temps le temps se rappelait à moi à tout clocher venant. Quelque chose clochait donc. Moi qui rêvais de disposer d’années-lumière, je ne comptais plus que des années-nuit. Et cela m’avait suffisamment nui.

 

          Tandis que j’approchais de façon imminente de la fin du temps imparti à mon récit qui reculait plus qu’il n’avançait, je me trouvai, dans la rue, devant la vitrine d’une librairie qui se targuait d’offrir des « voyages dans le temps ». Sur un présentoir, La Peau de Chagrin, de Balzac. Le temps des secrets, de Pagnol. Etc. Tout autour, des « thèmes de lectures » étaient proposés : le temps des cerises, ou le temps des vacances, ou encore le temps des amours… Bref, le temps à toutes les sauces. Et, bien sûr, cerise sur le gâteau (à la crème Chantilly), les fameuses Riches heures du duc de Berry.

          

          Il était temps de fuir ! Alors, je mis un point final à cette histoire de temps, juste à temps, me sachant indésirable à la table des dieux où Iris sert le nectar – et qu’y verrais-je, sinon la trogne disgracieuse de l’ogre qui me harcèle depuis ma naissance ?

 

          Je finis par comprendre que l’on ne tuait pas le temps, c’est lui qui vous assassine et vous dégrade avant de vous achever, sans pitié, et sans jamais s’achever lui-même.

 

          Plus fort que tous les dieux !

 

          Mais avant de lâcher la plume, ce qui est écrit étant immuable, je me jure sur l’honneur de faire les pires croche-pieds à cet ivrogne !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un récit plein d'humour et d'esprit, jolie fantaisie verbale également, un vrai plaisir de lecture !

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Une chronique subtile et hilarante du temps qui passe, vous dépasse et vous fait trépasser, un peu à la manière de Raymond Devos.

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Malgré cette lucidité, malgré la capitulation, il reste un ultime geste, dérisoire et héroïque : se jurer de "faire les pires croche-pieds à cet ivrogne".

On ne peut pas gagner, mais on peut encore ennuyer l'ennemi.

C'est la philosophie du condamné qui fait un pied de nez à son geôlier.

L'écriture, finalement, aura été cela : une série de croche-pieds magnifiques et littéraires lancés à la face de l'ogre.

C'est un texte superbe, à la fois désespéré et plein d'une vitalité farouche.

Un véritable combat de l'encre contre le sablier.


Posté(e)

Interrogatives, jeux de mots et références érudites se mélangent pour notre plus grand plaisir... et faire un pied de nez au temps qui passe !

Posté(e)

j'ai pris beaucoup de plaisir à lire votre texte, il est à la fois drôle, intelligent et plein de fantaisie. Vous jouez avec le thème du temps de manière originale, réflexions philosophiques, humour absurde sont très originales. J'ai souri en lisant cette belle pirouette contre Chronos, ça donne à réfléchir!!

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