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L'ange à l'enfant (fin)

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

 

          C’est alors qu’apparut l’ange, devant ses yeux ébahis non moins qu’éblouis. C’était un être de forme humanoïde, longiligne, à la peau de satin. Ses boucles blondes ne tremblaient pas sur sa nuque, son front parfait, ses joues roses, ses yeux d’or, immenses, ses lèvres fines, son cou pur, étaient ceux d’un être dont la jeunesse se serait figée dans un état où l’on ne peut distinguer nulle trace de sexuation. Cela était du reste confirmé par une silhouette d’une grâce magnifique, qui offrait à voir des épaules et des hanches d’égale largeur, à la fois élégantes et vigoureuses, une poitrine à la saillie à peine suggérée, des mains et des pieds nus d’une blancheur troublante. C’est bien là ce qui gênait le n’enfant. Cet ange semblait aussi bien un homme qu’une femme. Il réunissait la beauté de l’un et les caractéristiques de l’autre dans ce qu’elles ont de commun, laissant un énigmatique sentiment de vacuité dès qu’il en cherchait la spécificité apparente, néanmoins peut-être noyé par la robe de velours blanc où vibraient de petites améthystes. Touchait-il terre ? Ses pieds paraissaient effleurer l’herbe pourtant haute. Le j’enfant ne pleurait plus. Béantes, ses lèvres s’agitaient, coites. Il voulait parler, mais l’ange le précéda : « Enfant, ne perds espoir et me dis – car tu mérites en telle souffrance qu’il te soit porté secours : que veux-tu qui permettra à la roue de ton existence de reprendre sa route ? Dis et je t’accompagnerai dans ton vœu. »

 

          La joie illumina les yeux du s’enfant. Un homme comme les autres, mais en pleine régression, decrescendo à l'échelle du temps, et l’ange, lui, prêt au contraire à l’ascension, mais resté bloqué à cet infime étage. L’ch’enfant se réconfortait à l’idée d’être enfin compris dans ses désirs les plus profonds. Les adultes, eux, ne comprenaient jamais rien ! Il s’ouvrit donc sans inhibition à l’ange : « Han! t’as vu ça, dis donc : ch’us redeviendu un t’enfant ! »

L’ange virevolta de surprise sept fois, à l’occasion de quoi il se trouva plusieurs fois la tête en bas. Mais sa robe ne lui descendit point sur la tête, elle n’en eut pas le temps ni le loisir. Frustré, le p’enfant osa : « C’est quoi, ta culotte ? Fille ou garçon ? » Alors l’ange soupira : « Je n’oublie pas que tu es à l’âge de la perversité polymorphique. N’en soyons complice ! » Mais le k’enfant insista : « C’est pour savoir si t’es les deux ou ni l’une ni l’autre. » Alors l’ange s’impatienta : « Tu te fiches de moi, André ? Veux-tu que nous refassions le concile ? Te la joues-tu byzantine ? » Ce fut comme une claque. André se rappela sa véritable identité d’adulte accompli. Il allait congédier l’ange mais préféra le congeler après lui avoir sauté dessus sans lui laisser le temps de convoler, ailes et mains liées et ses petits pieds d’andré… d’andro… gyne, non mais ! Ce serait un excellent sujet de recherche métamorphysicienne* dont André était un des plus éminents spécialistes. Tout cela, se persuada-t-il, n’avait été qu’une fine feinte de la science pour étouffer le reliquat d’un merveilleux auquel même les r’enfants ne croyaient plus.

*Subdivision de la 'pataphysique

Modifié par Thy Jeanin

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Un beau final, aussi esthétique qu'émouvant.

La description du début m'a fait irrésistiblement penser au malheureux jeune dieu vivant de Mort à Venise. Il vient de nous quitter...

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L'acteur Björn Andrésen est mort à l’âge de 70 ans

Posté(e)
  • Auteur
  • Semeur d’échos

Cen'est guère très vieux pour tirer sa révérence. Je crois que Visconti l'avait un peu secoué. Merci de ta fidélité à mes élucubrations, Alba!

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Merci Thy Jeanin !

Pauvre malheureux jeune homme trop heureux ! Un texte en hommage :

"Il est un malheur que personne ne plaint, un danger que personne ne craint, un fléau que personne n’évite ; ce fléau, à dire vrai, n’est contagieux que d’une manière, par l’hérédité — et encore n’est-il que d’une succession bien incertaine, — n’importe, c’est un fléau, une fatalité qui vous poursuit toujours, à toute heure de votre vie, un obstacle à toute chose — non pas un obstacle que vous rencontrez — c’est bien plus. C’est un obstacle que vous portez avec vous, un bonheur ridicule, que les niais vous envient ; une faveur des dieux qui fait de vous un paria chez les hommes, ou — pour parler plus simplement — un don de la nature qui fait de vous un sot dans la société. Ce malheur donc, c’est le malheur d’être beau."

Delphine de Girardin, La Canne de Monsieur de Balzac (1836)

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L'acteur Björn Andrésen en 2021.

Modifié par Alba

Posté(e)

Enfin la suite et très réussie! Un texte audacieux, poétique et profondément original, qui interroge avec finesse l'identité, le genre et le merveilleux à travers une langue inventive et une narration troublante. Mon attente de la suite n'est pas déçue!

Posté(e)

Une chute piquante qui s'amuse à détourner les codes d'un conte pour mieux les réinterpréter et questionner l'enfant qui est en chacun de nous...

Posté(e)
  • Semeur d’échos

Où l’on voit que s’interroger sur le sexe d’un ange n’est pas totalement vain, puisque cela revient à croire au merveilleux.

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