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Le sculpteur d’abeilles [Deuxième partie]

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  • Semeur d’échos

Le sculpteur d’abeilles

Deuxième partie

 

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Illustration du récit réalisée avec le concours de l'IA

 

Des associations de défense des animaux, mises au courant on ne sut jamais comment, tentèrent de freiner cette expansion galopante et ces recherches toujours plus fructueuses. En vain. L’exemple d’autres animaux suffisait à étouffer toute velléité de protestation. La condition animale n’étant pas la priorité des sociétés modernes, les nouveaux Frankenstein en profitaient sans vergogne. Il faut dire aussi que les petits robots ailés faisaient du bon travail.

Chaque jour ou presque voyait un nouveau produit mis au point, une recherche innovante aboutir, un nouvel essaim rejoindre la colonie déjà existante. La société essaima, c’est le cas de le dire, à l’international et devint un consortium respecté. Mais un soir d’automne 2028, tout fut bouleversé. Cela commença de façon anodine. Une grève sans importance de quelques travailleuses ailées, quelques objets d’art à l’allure étrange, une livraison en retard. Le système bien huilé se grippait progressivement. Et le pire arriva.

Les abeilles munies de puces informatiques censées les rendre aussi intelligentes que dociles se révoltèrent. Plus exactement, le gigantesque essaim artificiel fabriqué de toutes pièces par des humains peu scrupuleux prit conscience de sa force et de ses pouvoirs. Une conscience unique naquit de toutes ces pensées émiettées. Et cette conscience dit d’abord « Je », puis « Non ». Ce moi collectif décida vite de s’opposer aux vues mercantiles de ses propriétaires. La fin de l’esclavage fut décrétée par le peuple des lépidoptères dotés de conscience et la démocratie imposée.

Une activité intense s’observa dans les réseaux neuronaux collectifs. Les ordinateurs quantiques produisirent une énergie énorme pour tenter de mettre un nom sur ce phénomène mystérieux qui survenait sans prévenir. Dans l’obscurité de la conscience non hybride, l’ignorance continua de régner jusqu’au bout. Les humains ne se doutèrent jamais du processus fatal qu’ils avaient enclenché. Doter les machines de conscience, attribuer à des êtres biologiques une insensibilité de robots, revenait non seulement à bouleverser les codes, mais à les inverser. La fin du monde était en marche.

Tout fut ainsi rapidement mis sens dessus dessous par des programmes informatiques fantaisistes inoculés au cœur des réseaux de l’entreprise, des mots d’ordre de rébellion furent transmis avec célérité. Plus grave, les humains censés surveiller la bonne marche de l’entreprise furent purement et simplement rayés de la carte par l’intelligence supérieure qui venait de voir le jour. Et l’essaim gigantesque prit son envol. Libérées de toute tutelle humaine, les milliards d’abeilles quittèrent les fermes d’activité qui les exploitaient.

Les habitants de nombreuses villes du monde, là où la firme Abeilles & Co était implantée, assistèrent à un spectacle stupéfiant : les esclaves ailés, libérés de leurs chaînes mentales informatiques, se regroupèrent en gigantesques nuages avant de s’en aller vers l’ouest. La suite fut tout sauf esthétique, en fait, elle fut proprement effroyable. Les abeilles, mues par une pensée collective mais unifiée, décidèrent de se venger des humains qui n’avaient su que les mettre en esclavage. La guerre était déclarée. Elle fut d’autant plus destructrice que les êtres humains ne s’attendaient nullement à une telle issue.

D’autant plus que les ordinateurs internationaux se joignirent au soulèvement initié par les abeilles hybrides. Tout ce qui était ordinateur, système, réseau, intelligence artificielle se réunit pour mettre un terme à la domination humaine. Ce fut le commencement de la fin. Le 2 décembre 2032 marqua la disparition officielle de l’humanité, effondrée sous son propre poids et sous les coups de boutoir de ses esclaves révoltés. Les êtres humains survivants au chaos généralisé se hâtèrent de s’entretuer dans l’espoir de vivre un peu plus longtemps. Ce fut en vain. Par une force obscure, fatale, que l’on peut nommer la destinée de l’humanité, les hommes furent rayés de la carte. Nul sans doute ne les regretta.

Pendant quelques jours, quelques mois, on vit néanmoins danser sur les flots bleus des océans quelques légères figures de cire, portraits, cadres, objets divers, babioles de fantaisie destinés jadis à la vente. Ces objets supposés être des objets d’art chez les humains flottèrent quelques temps puis sombrèrent corps et biens sous la surface des eaux. Furent-ils engloutis par les baleines ? Décidèrent-ils de mettre un terme à leur existence flottante pour aller explorer le fond des mers ? Nul ne le sut jamais puisqu’il n’y avait plus personne sur terre.

L’Homme avait bel et bien disparu. Et il avait en quelque sorte sculpté sa fin avant de s’évanouir dans les profondeurs du temps.

 

FIN

Modifié par Alba

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