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Le sculpteur d’abeilles [Première partie]

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  • Semeur d’échos

Le sculpteur d’abeilles

Première partie

 

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Illustration du récit réalisée avec le concours de l'IA

 

Max Duclos était sculpteur d’abeilles. Cette profession n’existait évidemment pas, c’était le nom séduisant qu’il avait trouvé pour désigner son activité professionnelle. En réalité, professeur de sport reconverti dans l’artisanat d’art, Max était commerçant et vendait de petites réalisations en cire d’abeille : des fleurs, des symboles, des objets divers et variés, des visages de personnalités célèbres également. Il tenait une boutique dans le centre-ville de Nice qui connaissait une certaine affluence. Les prix étaient raisonnables et les babioles, fort charmantes.

Certains clients l’interrogeaient sur son art, ses techniques, sa méthode. Il répondait invariablement que c’était un secret, que nul ne devait savoir comment ces curiosités étaient fabriquées, sinon, il perdrait vite son label et toute sa clientèle. Il n’était pas de taille à rivaliser avec l’empire commercial chinois, par exemple. Nul n’insistait et le secret restait bien gardé. Les clients continuaient à affluer. En fait, ce soi-disant sculpteur était incroyablement un dresseur d’abeilles. Il avait trouvé un moyen de transformer ces petits insectes en employés zélés (autant qu’ailés).

Max dialoguait ainsi avec les abeilles, leur transmettait ses ordres, ses consignes et n’était jamais déçu par le résultat. Ses méthodes étaient infaillibles. Avec beaucoup de subtilité et de façon empirique, il avait trouvé le moyen de domestiquer en quelque sorte tout un essaim de ces insectes hyménoptères. Leur langage était codé, il avait appris à maîtriser ce code et à leur imposer le sien. Tout se passait comme s’il avait pris la place de la reine des abeilles. Il transmettait ses ordres selon un codage spécifique. Les abeilles le décodaient et suivaient ses instructions.

Les petits employés du maître des insectes s’activaient ainsi aveuglément à son service, seulement préoccupés de bien faire leur besogne, comme des chiens bien dressés. L’instinct faisait le reste. Les abeilles étaient des artistes nées. Les objets vendus dans la boutique niçoise connaissaient un beau succès. Tout se passait au mieux sous le soleil de la côte d’azur lorsqu’un beau matin, l’improbable survint. Un client, ordinaire en apparence, sut poser les bonnes questions et faire preuve d’un discernement remarquable.

Max se sentit piégé, percé à jour, et vite menacé. Le client mystérieux avait compris que tout reposait sur un dialogue de nature quasi binaire avec le petit peuple ailé tenu en esclavage. Mais Pierre Fernal, c’était son nom, fit tout pour rassurer son interlocuteur. Il ne représentait pas un danger mais un allié potentiel, un associé loyal. À eux deux, ils pouvaient réaliser de grandes choses et dompter toujours davantage le monde tout-puissant et innombrable des insectes. Les hyménoptères étaient en fait aussi bien le passé que l’avenir de l’homme. Ils feraient leur bonheur et leur richesse. Leur potentiel était sans borne.

Les grands discours et les comptes très précis de ce client hors du commun impressionnèrent à juste titre Max. Pierre se présenta comme un bio-informaticien de renom mais voyageant sous le couvert de l’anonymat. Il avait pour but d’implanter dans des organismes vivants des puces informatiques composées de neurones humains. Le résultat serait stupéfiant : tout une colonie de robots vivants dressés à agir dans le bon sens et aptes à mener à bien des processus complexes. Les puces hybrides dépasseraient en efficacité toute l’intelligence artificielle du monde.

C’est ainsi que naquit le vaste conglomérat de recherches et développement Abeilles & Co. Pierre Fernal était aux commandes, Max Duclos gérait le tout courant et se chargeait de la logistique. Il fut vite nécessaire d’embaucher toute une équipe d’employés tenus au secret le plus absolu. La production d’objets artisanaux en cire devint rapidement industrielle. Las abeilles dotées de puces informatiques accomplissait des tâches complexes et hautement spécialisées. Cette ferme d’abeilles perfectionnées se développa très vite. Et les ambitions des deux compères grandirent en parallèle.

Pourquoi se borner à la cire ? Le miel entra dans la chaîne de production, de même que l’édification de ruches perfectionnées, pavillons de banlieue pour cadres aisés, nouveaux habitats pour des humains en quête de nouveauté et de perfection écologique. Des rayonnages, rangements et alvéoles spécifiques et finement équipés, multifonctionnels, furent mis au point. Des dispositifs mortuaires virent également le jour. Les abeilles étaient à présent des millions à travailler bénévolement et vingt-quatre heures sur vingt-quatre au service de leurs nouveaux maîtres.

 

(À suivre…)

 

Modifié par Alba

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