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Perdu en mer rouge [Deuxième partie]

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  • Semeur d’échos

Perdu en mer rouge

Deuxième partie

 

 

46ep.jpg

Illustration du récit réalisée avec le concours de l'IA

 

  

 Était-il maudit pour tout voir de cette teinte si particulière ? Ce qu’il regarderait prendrait-il successivement toutes les couleurs de l’arc-en-ciel ? Pourquoi le destin s’acharnait-il ainsi contre lui ? C’est à cet instant qu’une auxiliaire médicale, du plus bel orange, guida le jeune homme vers le médecin qui devait le recevoir. Frank prit place face à ce praticien hospitalier, orange lui aussi, mais néanmoins très sérieux. La situation aurait prêté à rire si elle n’avait pas été aussi dramatique. Le jeune homme bredouilla des explications confuses sur les raisons de sa venue dans le service des urgences.

Levant une main en l’air pour l’apaiser, le médecin, avec un bon sourire, s’empressa de le rassurer, si l’on peut dire :

- Cher monsieur Delherm, votre cas n’est pas unique, bien au contraire. C’est très souvent que les personnes dans votre situation présentent ces symptômes. C’est même quasiment la norme. Il ne faut pas vous alarmer outre mesure, même si cette table vire subitement au mauve et ce classeur, au brun. Ce ne sont que des ondes parasites qui marquent votre entrée dans le monde nouveau qui vous accueille, des illusions d’optique, si vous préférez. Car je dois bien vous le révéler, puisque vous ne l’avez pas deviné. Vous êtes mort, depuis exactement une heure et trente-deux minutes. Votre errance dans les rues de Paris n’était qu’un leurre. Tout s’est passé, ou, plutôt, si vous préférez, ne s’est pas passé, dans votre tête, ou dans ce qu’il en reste.

Frank ouvrit une bouche béante. Comment ! Il était mort ? Et seul le médecin était au courant. Lui-même, premier intéressé, n’était donc pas informé de la chose ? Et puis d’abord, de quoi était-il mort, si tant est qu’il l’était ? Les questions se bousculaient dans la tête du jeune homme. Il étouffait, non de peur, mais de rage. Il n’acceptait pas le verdict de ce bourreau bienveillant. Il ne voulait pas mourir ou pire, il ne voulait pas être mort tout en se sentant tellement vivant. Le jeune ouvrier se leva brutalement, bousculant la table qui n’était pas mauve mais toujours désespérément orange.

Il se rua vers la sortie, en bousculant patients et soignants qui le regardèrent d’un air interloqué. Une pensée fugitive traversa son esprit : il partait sans payer la consultation. Ce n’était pas son genre, mais tant pis, la journée était exceptionnelle, n’est-ce pas, puisque, apparemment, il devait être mort. Non, il n’était pas mort, pas encore, tout au moins ! Frank traversa les rues de Paris en courant de toutes ses forces, refaisant son trajet précédent à l’envers. Il ne pensait plus à la couleur des choses, mais seulement à son souffle qui commençait à lui manquer tant sa course était rapide.

Le jardin, l’usine, les rues, les façades, caniveaux et feux rouges (à l’orange), il revit tout ce qu’il avait déjà croisé, et le tout, à vive allure. Il parvint à la porte de son immeuble. Évitant de peu Madame Ronchon, la voisine du premier étage, Frank gravit quatre à quatre les escaliers jusqu’à son quatrième étage. Il ouvrit la porte sans attendre et jeta un œil sur la pendule de l’entrée. Elle indiquait deux heures du matin. Quelle surprise ! Mais que se passait-il ? Le jeune ouvrier constata à cet instant qu’il était revêtu non de son jean et de son blouson de cuir mais de son pyjama chinois, celui qu’il avait enfilé la veille au soir pour passer une nuit paisible (!).

Il était donc deux heures du matin et non onze heures du matin environ ? Mais que s’était-il passé, grands dieux ? Avait-il été victime d’une crise de somnambulisme ou venait-il seulement de se réveiller d’un horrible cauchemar, teinté de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel ? Il l’ignorait totalement, mais ce qu’il savait, ô combien, c’est qu’il était vivant et bien vivant, sacré nom de nom, et qu’il n’était pas question pour lui de passer l’arme à gauche (ou à droite, d’ailleurs). Qu’allait-il faire ? Eh bien, se calmer (en évitant de se demander quelle était la couleur des yeux de la Joconde) et tenter de se rendormir, puisqu’il n’était que deux heures du matin. Il avait encore plusieurs heures de sommeil devant lui. Il espérait faire de beaux rêves, cette fois-ci…

 

FIN

 

 

 

 

 

 

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