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La chair amère des agrumes

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La chair amère des agrumes

Elle s’allait, vent devant

puis revenait

puis s’allait encore, altière et bleue

puis un jour ne revint

et les vagues sans chevaux

s’adonnèrent aux sables

bateaux gitans

sur les alcools encore brûlants

Il y eut un soir

il sortait de la terre

un vague et lent respir

dans le lit de l’eau dormaient

les lambeaux d’eau

une autre vie prend corps

un cri traverse la savane

l’hirondelle plaisante

volte et virevolte

il se fait tard, je vais rentrer

et l’eau ventre frémit

fragile cheville

s’avance

souffle dans le butô

des bourdaines nubiles

un bouleau s’exile

des cruautés de l’été

le secret perce

les algorithmes du café

je regarde fleurir la mer

Et le soleil défait dévêt la nuit

vierge noire abondant

les rêves faméliques du commun

à la légère bleuité des bois

et de l’ocre des chaumes

l’horizon rosissait

tan lontan les gorgées estivales

le tard des douceurs gagne

la pègre des bois sombres

à l’encre du néant

le royaume des cieux est en vous

je pense, quelque part

dans la fournaise

des étoiles par dessus

Non, ils ne coururent pas

s’écoulent en vain

le verbe et les orangeraies

la douleur écorce la peinture blanche

rejoint à l’étage la béance du ciel

et le panache du chasseur

au loin le tableau

corps et âme illumine la ville

et seulement l’amour

de reste dans ses seins

allaite ses enfants

sous les crachats

et la cantillation des drones

pardonnez !

un jour peut-être viendra la mer

Les feuilles s’envolent

le ciel est encore bleu

mais les oiseaux s’en vont

le bois a brûlé

et les fades escampé la mémoire

hors les masques

et les mensonges de l’Histoire

il porte ses penailles

comme l’Adam humanité

la trace nue dans le désert

où il n’attend des cieux

que mots arides

sous les volières d’alcyons

Ils sont des fleuves

sans embouchure

ces poètes ravinés

qui croisent aux frontières

accrochés à vos bras

ils se penchent aux puits

repêcher leur visage

et ce sont leurs amours qu’ils remontent

pour laissez-passer

quand ils ne savent plus

les jardins

hier encore vous promeniez

Ils portent des pierres

et des restes d’enfants

sur des charrettes

clouées en leur ventre

ils tordent leurs mains

comme si la parole ne tenait qu’à leur doigt

le glissant de l’aveugle

sur des lèvres de cristal

l’ombre d’une persane

là-haut, si haut, le cri de la lumière

A l’heure du train

il vous dira qu’il veut rentrer

qu’il était seul à vouloir la chaumière

mais c’est votre cœur

qu’il n’a pu vider tout à fait

quand ils abandonnaient leur manteau

à l’appel des oiseaux

après que les verres tintaient

et maintenant ils écrivent

dans la chair de Dieu

qu’un gosse joue à la marelle

au bord du gouffre

et rêve qu’on le prenne dans les bras

Et vous lui répondez

qu’il est déjà passé

et que son cœur retarde

qu’il n’a pu retenir le vent ni la parole

ni peindre une couleur sans vos couleurs

mener le moindre sang à vos joues

seule la pluie, et le sable

le iota des poètes

aux pâturages de l’ennui

l’odeur de l’ambre entre les pins

et quel mot serait plus fol que lui

qui ne soit dérisoire

Mais enfin

puisqu’il vous dit qu’il aime

- ah, vous saviez ! -

la chair amère des agrumes

Il y eut un matin

le silence lui coulait dans le dos

et Dieu dit si c’était à refaire, je pense

il jouerait son nombre à la roulette

Chante, toi qui a le cœur gai !

j’apporte le vin pour les noces…

Alors nous irons trouver la couleur ailleurs

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