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Accents poétiques

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Divagations de sept ambres (1)

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  • Semeur d’échos

Plume libre

Je ne crois pas aux coïncidences.

C'est une phrase que je me répète souvent, comme un mantra.

Il faut dire que j'ai été à bonne école avec mon oncle Vincent Skrit qui m'avait appris très tôt à m'occuper de mes affaires et de mes chakras.

J'avais particulièrement pris soin de mon chakra sacré, celui de la créativité et des émotions, il était donc au top sous mes crayons.

En matière de coïncidence, j'avais besoin de comprendre, de relier, de trouver le fil.

Là encore, cela s'explique sans doute : j'allais souvent, en sortant du lycée, chez une vieille tante, Ariette Dumans, que j'aimais beaucoup.

Elle me faisait des tartines de rillettes, on riait d'un rien et je l'aidais à reconstituer des pelotes avec des pulls qu'on détricotait en chantant à tue-tête.

Franchement, il n'est guère d'occupation plus apaisante que de former une pelote jusqu'à arriver au mouton avant la tonte, surtout avec sa tante.

D'ailleurs, l'expression avoir les nerfs en pelote signifie bien qu'il faut suivre le fil afin qu'il ne s'emmêle pas.

Dans le tourbillon de mes pensées, d'une chose et l'autre, je revoyais mon oncle Jean-Phil Monpul qui s'emmêlait parfois les pinceaux, et dont les toiles me semblaient bien plus belles que celles de Picasso ; mon petit cousin Jerry Kan qui était pompiste alors qu'il rêvait d'être violoniste m'apprit la nostalgie et l'intime du bout de son archet.

Je ne suis absolument pas rigolote, mais j'avoue que j'aime bien les anecdotes et si je radote, c'est la faute à ... (ni à Voltaire, ni à Rousseau) Lucie Fer, ma cousine du côté du frère de ma mère qui avait un cottage dans le Finistère, où j'allais en vacances à Lanneuffret : c'est là que j'ai appris la solitude et le parfum du blé.

C'est extraordinaire, je ne sais pas si vous avez essayé, de laisser divaguer la mémoire sans la diriger.

C'est un exercice que je recommande à tous ceux qui aiment écrire.

Il suffit de trois ingrédients principaux : silence, solitude, liberté.

La plume se fait légère et glisse sur le papier sans contraintes austères ; cela ne constituera point un roman digne du prix qui court, mais une petite histoire ordinaire qui peut bien arriver tous les jours dans n'importe quelle chaumière.

Je me souviens d'un grenier chez Pénélope Sollette, encore une tante du côté d'un neveu de mon père, où j'ai lu Homère avec délectation.

C'est là que j'ai commencé à écrire des poèmes ; j'aimerais me souvenir du premier, de mon premier frisson.

Ce dont je suis sûre, c'est qu'il parlait d'amour ; quel en était le titre ? J'ai peut-être fait le pitre, ou bien étais-je en pleine mélancolie ? Généralement, c'est ainsi que tout commence : une crise d'adolescence, un premier chagrin ; la première muse se présente : bonsoir, je m'appelle Spleen ...

Si tu prends sa main tendue, tu es foutu, elle ne te lâchera plus.

Donc, je ne crois pas aux coïncidences.

Si j'ai écrit ce texte ce soir, que je me suis quelque peu égarée, c'est qu'il m'est arrivé quelque chose dont je voulais parler.

J'ai l'impression que mon osthéopathe me manipule.

J'ai adopté un yack et je suis paranoïaque, je voudrais aménager mon vestibule, ma voisine Ernestine a mauvaise mine, mon cousin Ludovic vend des bics, ma tante Hélène habite près de la Seine et c'est là où je voulais en venir.

Je passe une semaine près du pont des soupirs.

J'ai commencé à voir le même homme partout.

Je n'ai pas dit quelle coïncidence !

J'ai écrit qui est-ce ? Que me veut-il ?

Mon cœur s'est emballé comme quand je monte les trois étages en courant jusqu'à la porte de mon palier et que la concierge me crie : vous avez du courrier !

Je dois redescendre, et puis remonter en courant beaucoup moins, avec une lettre bleue dans la main, avec l'image d'un homme très brun vêtu d' un ciré jaune.

- à suivre -

(joailes -) 2 septembre 2026 - 22h 20




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