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Le Jardin des Ombres Rieuses [Deuxième partie]

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  • Semeur d’échos

Le Jardin des Ombres Rieuses

Deuxième partie

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Illustration réalisée avec le concours de l'IA

 

Comment s’y prendre ? La vieille dame réfléchit longuement et mit au point un plan infaillible. Les ombres dansantes dans le jardin… Les outils horticoles en révolte soudaine contre leur maître abusif… Le doute instillé patiemment dans un esprit fragilisé… Voilà qui était alléchant et qui rendrait à coup sûr Zéphyrin fou, fou de culpabilité et de terreur. À partir de cet instant, Zéphyrine se mit à exécuter son plan. Sans dire un mot, dans le plus grand secret, elle prépara l’assassinat de son mari. Des outils se mirent à bouger tous seuls dans le jardin grâce à un lien indécelable, des seaux d’eau furent déversés sur les cultures les plus précieuses par une main invisible, un râteau, une pelle disparurent, des grincements se firent entendre au milieu de nulle part…

Tout prit vie au jardin, mais une vie maléfique. Zéphyrine, grande ordonnatrice, tirait les ficelles dans l’ombre de ce petit monde. Son époux ne se serait jamais douté que les phénomènes inquiétants et même affolants auxquels il assistait depuis peu étaient l’œuvre de sa femme. Il faisait une confiance aveugle à celle qui était auprès de lui depuis près de cinquante ans. Le caractère de Zéphyrin changea très vite. Il était auparavant confiant et sûr de lui, volontiers dominateur. Il devint nerveux, agité, peureux. Les voisins en furent conscients. Au café-tabac du coin, on lui demanda ce qui lui arrivait, il ne sut que répondre. Il avait honte de sa faiblesse et de ses craintes, sans doute imaginaires.

Car Zéphyrine s’ingéniait à arborer une face paisible, heureuse et sans souci aux yeux de tous. Elle repoussait son mari, désireux d’un peu de soutien, en lui assurant qu’il rêvait et s’inquiétait pour rien. Cela dura deux longs mois. Finalement, la vieille dame indigne jugea que son époux était « mûr ». Le vieil homme avait maigri et prenait régulièrement maintenant des anxiolytiques pour chasser ses angoisses. Il fallait à présent mettre en scène le final grandiose. Un matin de septembre, tandis que Zéphyrin s’activait au jardin pour oublier ses soucis tout en tremblant d’appréhension, elle s’insinua dans son dos en silence telle une vipère et lui asséna un grand coup sur l’arrière du crâne.

Le jardinier amateur s’effondra sur le sol. Zéphyrine n’hésita pas à poignarder le corps groggy du vieil homme dans la poitrine, au niveau du cœur. Devant le vieillard qui convulsait, elle se livra à toute une mise en scène : des outils furent disposés sur le sol, bien rangés, quelques mots gribouillés sur un bout de papier de la main tremblante du vieillard pour informer la postérité de son suicide (elle s’était patiemment entraînée à imiter son écriture). Tout fut vite en place. Zéphyrin décéda même complaisamment à ce moment-là.

La vieille dame rentra chez elle et attendit patiemment une heure. Au bout de ce délai, elle sortit de la maison et fit mine de tomber sur le corps de feu son époux. En poussant des cris, elle alerta le voisinage. Tout le monde accourut, le médecin de famille constata le décès de Zéphyrin Legrand à 11h31 et l’on se hâta de consoler la veuve éplorée. Le commissariat, alerté, envoya très vite un agent pour une enquête rapide. Il conclut vite à un suicide après avoir examiné le corps, bien explicable compte tenu de l’état mental instable de la victime, n’est-ce pas ? Chacun était au courant des errements nerveux de Zéphyrin.

Tout le monde s’était rassemblé devant le corps allongé du vieillard pour un dernier adieu quand un jeune voisin, un adolescent de quatorze ans subitement apparu, osa prendre la parole devant l’assemblée grave et en larmes.

- Excusez-moi, messieurs-dames, il y a méprise, ce monsieur ne s’est pas suicidé, il a été assassiné.

La police, les voisins et Zéphyrine ouvrirent des yeux comme des soucoupes, ébahis. Le jeune homme s’expliqua. Il était entré par effraction dans le jardin le matin tôt et avait assisté à toute la scène, caché derrière la cabane de jardin. Il voulait explorer les lieux, peut-être cueillir un fruit oublié, c’est vrai. Mais il avait filmé sur son portable ce qui s’était déroulé à l’insu de tous et était disposé à confier son précieux enregistrement à la police.

La fin de cette histoire ne fut pas celle qu’espérait Zéphyrine. Elle fut confondue par la vidéo du jeune voisin curieux et passa très vite aux Assises pour assassinat. Toutes les preuves furent rassemblées par le juge d’instruction. Il ne resta pas l’ombre d’un doute. Elle fut condamnée à vingt ans de réclusion criminelle. Il fallut la traîner de force dans le fourgon cellulaire pour rejoindre la prison. Elle se débattit comme une panthère. Dans sa cellule, elle eut largement le temps de réfléchir à l’adage populaire : « Tel est pris qui croyait prendre ».

 

FIN

 

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