Aller au contenu
View in the app

A better way to browse. Learn more.

Accents poétiques

A full-screen app on your home screen with push notifications, badges and more.

To install this app on iOS and iPadOS
  1. Tap the Share icon in Safari
  2. Scroll the menu and tap Add to Home Screen.
  3. Tap Add in the top-right corner.
To install this app on Android
  1. Tap the 3-dot menu (⋮) in the top-right corner of the browser.
  2. Tap Add to Home screen or Install app.
  3. Confirm by tapping Install.

Sur le champ

Featured Replies

Posté(e)
  • Semeur d’échos

 

          Au-dessus de la terrasse du manoir de Saint-Fiacre-du- Coche- Dia, Une sorcière chevauchait son balai, les deux mains sur le manche. Ses virevoltes, comme nos modernes avions, traçaient une ligne écumeuse et blanche, plus ou moins arrondie. Elle était en train d’en achever la boucle et les avis divergeaient, les uns y voyant la forme d’un cœur, les autres une sommaire tête de mort – lorsque tout à coup la mère Michèle se fâcha tout rouge.

 

          Elle venait de retrouver enfin son chat, enfermé dans une de ces cages où de laborieux laborantins les font patienter dans l’angoisse avant de tester sur eux leurs immondes expériences ! Le père Lustucru, certainement, leur avait vendu son Mistigri pour la punir de son indifférence.

 

          « Viens, mon Mimi, dit-elle en délivrant le malheureux. J’en tirerai vengeance. »

 

          Labile, l’un des laborantins, qui habitait Romorantin, tenta de faire valoir les arguments en faveur du label de la science et du bien-être de l’homme – la mère Michèle s’emporta sur le champ : le père Lustucru était un homme et pourtant il ne méritait pas qu’on s’occupât de sa santé ! Et celle du chat, alors ? Face à la nature, tous les êtres vivants n’étaient-ils pas égaux ?

 

          « Justement, répliqua le laborantin, mes recherches bénéficient aussi à la médecine vétérinaire ! » Ce disant, il s’était rapproché à pas de loup de son interlocutrice et sa main s’avançait sournoisement vers le chat qu’elle tenait serré contre elle. C’est ce qui le perdit. Grande connaisseuse de la faune, la mère Michèle était capable d’ouïr, en dépit de son grand âge, le bruit feutré des pattes d’un canis lupus. Elle comprit sur le champ (le même que supra) la ruse de renard du laborantin. Sans hésiter, elle se saisit de ce qu’elle trouva à portée de la main – en l’occurrence une casserole, peut-être don du père Lustucru à la recherche scientifique – et en asséna un coup magistral sur l’occiput de son contradicteur.

 

          « Vous raisonnez comme cette casserole ! » commenta-t-elle.

 

          Dans l’affaire, Mistigri, effrayé par le comportement farouche de ces deux idiots d’humains, bondit et s’enfuit.

 

          Et depuis, sapristi ! la mère Michèle le cherche encore et toujours.

 

          Sur ces entrefaites, voici, récemment, qu’un lecteur me téléphone. Il avait trouvé un chat, me dit-il, au comportement curieux. Il se mettait en boule et se hérissait s’il voyait approcher quelqu’un coiffé d’une toque, crachait à la seule vue d’une blouse blanche et articulait des « mimi » qui ne manquaient pas d’évoquer, d’après lui, le nom de Michèle.

 

          « Ne voulez-vous pas m’aider à rendre ce chat à qui de droit ? me fut-il demandé.

 

          Depuis, c’est moi qui suis à la recherche de ladite Michèle.

 

          Pour m’aider, j’ai demandé l’appui d’un chien. Il a tout de suite accepté et s’est même proposé pour m’adopter.

 

          Peu de temps après, une lectrice, cette fois, m’adressa une vigoureuse protestation épistolaire. Elle me faisait à juste titre remarquer que j’avais commencé mon récit en parlant de sorcellerie. Elle supputait que, n’abordant plus le sujet ensuite et faisant surgir à la place un laborantin de sexe masculin, non seulement je n’étais pas cohérent, mais je prêtais le flan à la suspicion atroce de préjugés misogynes.

 

          Cette lettre m’édifia. Je perdais donc l’esprit ! Ou était-ce ma plume qui se moquait de moi ?

 

          C’est alors que j’entendis un rire sardonique au-dessus de moi. Je reconnus ma muse qui me fixait de ses yeux d’encre.

 

          « Tu préfères le cœur ou la tête de mort ?  interrogea-t-elle.

 

          - Les deux, ma colonelle » bégayai-je.

 

          Nous nous épousâmes sur le champ.

 

          « C’est souvent en fin de parcours que la plume fourmille » fit remarquer ma muse amusée.

 

          En effet, sur ledit champ, nous rencontrâmes Mistigri. Avec sa permission, je le pris dans mes bras. Il me jeta un regard plein d’une verte gratitude (c'est un chartreux - mais défroqué grâce à Dieu) et accepta que je m’occupe de lui, si le chien s’en allait. Or, n'était-il pas le mieux placé pour retrouver la piste de son ex ? Le chat opina du chef. Le chien put rester.

 

          « Pas de doute, dis-je en croisant les prunelles de mes nouveaux amis : nos amies les bêtes ont une âme. A l'homme la bêtise!»

 

          Nous enfourchâmes tous quatre le balai de ma muse et nous rentrâmes en ronronnant à qui mieux mieux.

Modifié par Thy Jeanin

Posté(e)
  • Semeur d’échos
L'accès aux commentaires est réservé aux membres du site
Posté(e)
  • Semeur d’échos
L'accès aux commentaires est réservé aux membres du site

Account

Navigation

Configure browser push notifications

Chrome (Android)
  1. Tap the lock icon next to the address bar.
  2. Tap Permissions → Notifications.
  3. Adjust your preference.
Chrome (Desktop)
  1. Click the padlock icon in the address bar.
  2. Select Site settings.
  3. Find Notifications and adjust your preference.